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Guerres : comment négocier ?

BENJAMIN NETANYAHU; ISRAEL; PRIME MINISTER; PARIS; FRANCE; VISIT;

STEPHANE MAHE / POOL / AFP

Le Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou.

Jean-Baptiste Noé - publié le 11/04/24

Au lendemain de Pâques, le pape François a réitéré ses appels à la négociation, tant en Ukraine qu’en Israël. Une négociation nécessaire pour mettre un terme au conflit et aboutir à une paix juste, mais qui n’est pas évidente à faire appliquer, observe le géopoliticien Jean-Baptiste Noé.

Au cours du Regina Cæli du dimanche de la Divine Miséricorde, le Pape a renouvelé ses appels à la négociation, des propos qui avaient suscité le courroux des Ukrainiens et notamment des gréco-catholiques. “Que l’Esprit du Seigneur ressuscité éclaire et soutienne ceux qui travaillent à faire baisser les tensions et à encourager les gestes qui rendent les négociations possibles”, a-t-il lancé. “Que le Seigneur donne aux dirigeants la capacité de s’arrêter un peu pour négocier.”

Faire baisser les tensions

Chaque mot compte et illustre le parcours difficile de la négociation. “Faire baisser les tensions” est la première démarche indispensable, ce qui est nécessaire pour conduire à une désescalade et rompre la course à la guerre qui prend le risque de devenir sans fin. Faire baisser les tensions, c’est être attentif aux mots employés, aux symboles maniés, aux images utilisées. Dans la guerre, les paroles, surtout celles des dirigeants, ont de lourdes conséquences en matières humaines et militaires. 

“Encourager les gestes qui rendent les négociations possibles”, fait penser à des replis militaires, à des cessations de combat, à l’arrêt des bombardements. Des propos qui vont à l’encontre de ce qui est habituellement mené par les États où, pour négocier, il faut être “en position de force”. Donc au contraire promouvoir l’offensive afin de contraindre l’opposant à négocier, c’est-à-dire à accepter les conditions de l’adversaire. 

Négociations possibles ? 

C’est ici que les propos du Pape rejoignent les accusations récurrentes en idéalisme et irénisme. Les Ukrainiens répondent qu’il n’y a rien à négocier tant que la Russie occupe le Donbass et la Crimée, que Kiev revendique comme territoires ukrainiens. Négocier, pour l’Ukraine, ce serait reconnaître la victoire russe et le succès de l’invasion menée en février 2022. Idem en Palestine, où la vision de Benjamin Netanyahu est radicalement différente de celle du Hamas. Le premier explique qu’il ne peut pas y avoir de cessez-le-feu tant que le Hamas conserve des otages quand les dirigeants du Hamas affirment qu’ils sont contre une solution à deux États puisqu’ils veulent la disparition d’Israël. 

Négocier suppose deux parties qui sont prêtes à cela, soit parce qu’elles y sont contraintes, soit parce qu’elles ont une vision politique plus large.

Négocier suppose deux parties qui sont prêtes à cela, soit parce qu’elles y sont contraintes, soit parce qu’elles ont une vision politique plus large. La négociation ne se fait pas qu’entre chefs d’État, mais également entre le chef de l’État et son peuple, à qui il doit faire accepter le prix de la négociation, qui est souvent une perte en vue d’obtenir un bien plus grand. Le Proche-Orient garde encore la mémoire de négociateurs assassinés : Anouar el-Sadate (1981) et Yitzhak Rabin (1995), le premier tué par des Frères musulmans pour avoir négocié avec Israël et reconnu l’existence de l’État hébreu, le second abattu par un juif extrémiste opposé aux accords d’Oslo (1993). Celui qui négocie déçoit la population qui adhère au maximalisme et qui ne veut aucune concession avec l’adversaire. Il risque l’assassinat ou la défaite de son parti dans les urnes. 

La négociation, c’est ce que tente Nikol Pashinyan, Premier ministre de l’Arménie. En reconnaissant la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur le Karabagh, il est vu comme un traître par bon nombre d’Arméniens de l’Artsakh et de la diaspora. Lui explique que c’est la seule façon de sauver l’Arménie et qu’il faut tourner la page du conflit du Karabagh. Une position inaudible pour une grande partie de la population. 

Une “paix juste et durable”

La paix “juste et durable”, c’est ce que soutient le Pape comme moyen de résoudre les conflits, comme il l’a de nouveau affirmé lors du Regina Cæli : “Que notre prière pour la paix, une paix juste et durable, n’échoue pas, en particulier pour l’Ukraine martyrisée et pour la Palestine et Israël.” Pour le Saint-Siège, la paix est durable seulement si elle est juste. En son temps, Benoît XV avait critiqué le traité de Versailles comme étant une paix injuste ; injustice qui fut un vecteur du retour de la guerre dans les années 1930. 

Problème : la “justice” d’un traité est souvent chose plus subjective qu’objective. Si la négociation est perçue par la population comme un abandon de ses droits historiques, comme une capitulation face à l’ennemi, le traité conclu pourra être juste pour les signataires mais injuste pour le peuple. C’est bien le problème rencontré par Sadate et Rabin en leur temps. D’où la nécessité d’un tiers, impartial, qui peut servir de médiateur. C’est justement l’une des fonctions principales de la diplomatie vaticane

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diplomatieGuerreGuerre en UkrainePaixPape FrançoisVatican
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