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Transidentité des mineurs : un retour à la raison ?

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Katya Rekina I Shutterstock

Mathilde de Robien - publié le 21/03/24

Un rapport sénatorial dénonce la rapidité avec laquelle le diagnostic de dysphorie de genre est posé en France pour les mineurs, en dépit de la gravité des conséquences qu'il peut entrainer. Un premier frein dans l’approche transaffirmative ? Une proposition de loi pourrait être déposée avant l’été pour interdire toute transition médicale en France avant l’âge de 18 ans.

Les demandes de changement de sexe sont de plus en plus nombreuses, et les patients de plus en plus en jeunes. Les prises en charge médicales aboutissant très rapidement à une transition de genre (avec prescription de bloqueurs de puberté, d’hormones croisées, et/ou de chirurgie de réassignation sexuelle), il devenait urgent de s’intéresser au sujet. Les sénateurs LR ont auditionné une soixantaine de personnes – psychiatres, psychologues, éducateurs, responsables associatifs, enfants, parents… – afin de dresser un état des lieux de cette tendance observée dans tous les pays occidentaux. Après un an de travail, 35 heures d’audition et 67 entretiens, un rapport de 400 pages démontre la prégnance d’une idéologie transaffirmative chez les professionnels de santé dans l’accompagnement des enfants et des adolescents qui se sentent en décalage avec leur corps.

Devançant les recommandations en cours de rédaction à la Haute Autorité de santé (HAS), attendues courant 2025 pour les mineurs, les sénateurs LR ont annoncé le dépôt d’une proposition de loi avant l’été pour interdire toute transition médicale en France avant l’âge de 18 ans. Le rapport, qu’Aleteia s’est procuré, donne la parole à de nombreux médecins, et laisse espérer un retour à la raison.

Des demandes en augmentation

Les pays occidentaux observent une augmentation très importante du nombre de mineurs en questionnement de genre. Si aucune étude sérieuse n’existe pour la France, des données sont disponibles pour la Norvège, le Danemark, le Royaume-Uni, l’Espagne, la Belgique, les USA, le Canada et l’Australie. Toutes révèlent une augmentation exponentielle des demandes de prises en charge chez les mineurs ces dix dernières années. Et la France ne semble pas échapper à ce phénomène.

Certes, il n’y a pas de chiffres sur les demandes de transition des mineurs à l’échelle nationale, mais plusieurs éléments indiquent que ces demandes sont en expansion et qu’elles concernent les enfants de plus en plus jeunes. Depuis 2013, des centres spécialisés ont ouvert dans toutes les grandes et moyennes villes de France. En 2018, on comptait déjà neuf consultations spécialisées en milieu hospitalier : six en province (Lille, Rouen, Tours, Bordeaux, Toulouse, Marseille) et trois à Paris (La Pitié-Salpêtrière, le CIAPA et Robert Debré). Actuellement, il existe une vingtaine d’équipes pluridisciplinaires dédiées aux mineurs en questionnement de genre. Selon la note de cadrage publiée par la HAS en septembre 2022, 9.000 personnes sont titulaires d’une affection de longue durée (ALD) pour “transidentité” en 2020. Parmi elles, 300 sont âgées de 17 ans et moins. Ils étaient huit mineurs en 2013. Un simple indicateur dans la mesure où tous les parents de mineurs ne demandent pas l’ALD pour leur enfant.

De manière plus empirique, les nombreux professionnels auditionnés dans le cadre du rapport témoignent tous d’une nette augmentation des demandes de transition. Le professeur David Cohen, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris, rapporte que 239 mineurs ont consulté pour une exploration de l’identité de genre dans cet établissement, ce qui représente entre 30 et 40 demandes nouvelles par an. Les jeunes de moins de 12 ans représentent 16% des patients. Au CHU Robert-Debré, à Paris, une équipe spécialisée dans l’accompagnement des transidentités (EPAT) a vu le jour il y a 10 ans (2013) et a suivi 313 patients (mineurs et jeunes majeurs). Au début de sa création, l’EPAT recevait pour l’essentiel des jeunes de 16 à 18 ans. Au fil des années, l’âge de la première consultation a avancé, et les jeunes patients sont aujourd’hui âgés en moyenne de moins de 12 ans. Quant au Dr Jean Chambry, pédopsychiatre, responsable du Centre Intersectoriel d’Accueil pour Adolescent (CIAPA) au Groupe Hospitalier Universitaire Paris psychiatrie & neurosciences, il a reçu 200 jeunes en 13 ans, “des mineurs non accompagnés du 93 aux enfants favorisés des quartiers parisiens”. Les deux premières années de sa consultation, il a reçu une dizaine de patients qui se présentaient dans un contexte traumatique (tentatives de suicide, harcèlements…). Aujourd’hui, il reçoit dix demandes par mois. La grande majorité des enfants ont entre 14 et 15 ans.

L’accompagnement transaffirmatif remis en question

Le grand mérite de ce rapport est de remettre en question le type d’accompagnement prodigué généralement en France par les équipes des consultations dédiées aux enfants en questionnement de genre. Selon les auteurs, la prise en charge peut être qualifiée de transaffirmative dans la mesure où elle accompagne les jeunes vers la transition médicale, et ce dès la puberté. Le diagnostic de “dysphorie de genre”, tel que façonné par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), semble accélérer le parcours de nombreux adolescents en détresse pubertaire vers une transition médicale, au motif que leur ressenti a valeur de diagnostic, peu important les éventuelles comorbidités, l’influence des réseaux sociaux ou encore celle des pairs.

Lors de son audition, le professeur David Cohen évoque les changements intervenus dans les référentiels internationaux : alors que la classification américaine (DSM-V) couplait la dysphorie de genre à une importante souffrance de l’individu, une classification récente (CIM-11 / 2018) ne retient même plus la souffrance ressentie comme critère nécessaire au diagnostic : seule l’incongruité du genre suffit à l’établir. Pourtant, c’est sur le diagnostic de dysphorie de genre que l’on va médicaliser une transition.

Plusieurs études internationales soulignent les effets indésirables des bloqueurs de puberté, qui n’ont pas fait l’objet de recherches suffisantes sur leurs incidences à long terme. Le Dr Danielle Sotto, pédiatre et psychothérapeute, s’interroge sur les risques de prescrire ces traitements à des mineurs qui ne souffrent pas de puberté précoce. Elle évoque notamment des effets sur la maturation osseuse, cognitive, la fertilité, le développement de cancers, soulignant que l’on ne connait pas l’étendue exacte des risques.

L’accompagnement transaffirmatif est actuellement remis en question dans les pays ayant davantage de recul sur les transitions de genre des mineurs. Les pays scandinaves et le Royaume-Uni ont modifié leurs anciennes politiques visant à faciliter les soins affirmatifs pour les mineurs et les ont nettement réduites au profit des soins de santé mentale. La Finlande, la Suède et le Royaume-Uni régulent désormais la prescription de bloqueurs de puberté, et au moins 17 États des Etats-Unis l’interdisent. Au Danemark, en mai 2023, le ministre de la Santé a promis la fin du changement de sexe pour les enfants atteints de dysphorie de genre à apparition rapide et la fin des chirurgies de genre pour les mineurs. En juin 2023, la Direction norvégienne de la santé a décidé que les enfants de moins de 18 ans atteints de dysphorie de genre ne devaient être traités que dans les services de santé spécialisés, et non par des prestataires municipaux ou privés.

Les cas de “détransition” démontrent enfin que les transitions de genre des mineurs ne sont pas satisfaisantes, en raison notamment de leur irréversibilité. Les détransitions ne sont pas des cas isolés et les jeunes qui souhaitent revenir à leur identité sexuée d’origine sont en augmentation. Plusieurs études montrent que leur nombre est sous-estimé et qu’il devrait encore s’accroître dans les années à venir. Ils seraient entre 10% et 20% actuellement. Le groupe de travail des sénateurs LR a auditionné une jeune détransitionneuse. “Elle estime a posteriori qu’à aucun moment de son cheminement de vouloir changer de sexe (fille vers garçon), elle n’a été remise en question par les médecins”, pointe le rapport. Des traitements hormonaux (testostérone) lui ont été prescrits au bout d’un an, puis elle a subi une mastectomie deux ans plus tard, à l’âge de 16 ans, dans un hôpital privé français. Elle explique avoir choisi de faire une “détransition” à 18 ans.

Une alternative : l’approche holistique

Sans nier le mal-être qui peut être lié à l’adolescence, les professionnels de santé qui s’opposent à un accompagnement de type transaffirmatif prônent une approche holistique, globale, de la souffrance. Ils estiment que la demande de changement de genre de l’adolescent est à entendre et à questionner, par une approche psychothérapeutique, sans y apporter de réponse par un traitement médical immédiat. “A l’adolescence, le mal-être est majeur pour nombre de jeunes”, souligne le Dr Nicole Athea, médecin gynécologue-endocrinologue. Faut-il pour autant médicaliser la détresse adolescente ?

“La médicalisation hormono-chirurgicale est un risque majeur que courent nombre d’adolescents, avec ses effets irréversibles et ses complications.”

“Les adolescents qui demandent un traitement hormonal sont dans une période développementale difficile, mais qui ne dure pas toute la vie”, affirme Nicole Athea. C’est pourquoi elle invite plutôt à différer la prise en charge médicale. “La médicalisation hormono-chirurgicale est un risque majeur que courent nombre d’adolescents, avec ses effets irréversibles et ses complications dont certaines sont graves alors que débuter les traitements plus tardivement permet une décision plus libre et plus assurée, sans avoir à pâtir de l’absence de traitements qui n’ont pas fait la preuve de leur intérêt à l’adolescence.” A l’instar des pays scandinaves, qui ont drastiquement réduit la médicalisation, elle recommande une prise en charge holistique dans des services de pédopsychiatrie générale.

Une proposition de loi pour encadrer les prises en charge

Après la publication du rapport, la droite sénatoriale a annoncé le dépôt d’une proposition de loi pour interdire toute transition médicale en France avant l’âge de 18 ans. “Je déposerai avant l’été au Sénat une proposition de loi pour encadrer les pratiques médicales mises en œuvre dans le cadre de la prise en charge des mineurs”, a déclaré la sénatrice du Val d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio au Figaro. Il s’agirait en premier lieu d’imposer l’évaluation et le diagnostic de la transidentité des mineurs par des équipes pédopsychiatriques de proximité (CMP, services pédopsychiatriques, Maison des adolescents, CMPP, pédopsychiatres de ville etc…), et, en présence de troubles psychopathologiques et/ou neurodéveloppementaux, prévoir, en première intention, une prise en charge psychiatrique et/ou psychothérapeutique de l’enfant et de sa famille. “Seuls les enfants qui ne présentent pas d’autres troubles psychopathologiques majeurs pourront, si leur détresse liée au genre perdure, être redirigés vers des services spécialisés dans l’incongruence de genre”, précise-t-elle. A l’instar du Royaume-Uni, la loi interdirait la prescription de bloqueurs de puberté aux mineurs à qui l’on diagnostique une dysphorie de genre, ainsi que la prescription d’hormones croisées aux mineurs et la chirurgie de réassignation sexuelle.

“Primum non nocere” (“D’abord ne pas nuire”)

En plus de cette proposition de loi, les sénateurs LR préconisent d’abroger la “circulaire Blanquer” du 29 septembre 2021. Selon eux, elle crée un régime d’exception pour les élèves transgenres et remet en cause les principes de neutralité et d’égalité au sein de l’institution scolaire. La circulaire serait remplacée par une note de service incitant le personnel scolaire à rester neutre à l’égard des enfants qui s’interrogent sur leur genre. Une neutralité qui commencerait avec un changement d’appellation : “enfants en questionnement de genre” au lieu d’ “enfants transgenres”. Ce qui prévaut à cette neutralité, c’est le principe de prudence. La locution latine “Primum non nocere” (“D’abord ne pas nuire”), enseignée aux professionnels de santé, a été régulièrement rappelée lors des auditions. C’est également par mesure de prudence que la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark et le Royaume-Uni ont rompu avec l’approche transaffirmative. “La France doit leur emboîter le pas”, estime Jacqueline Eustache-Brinio.

La prudence, une vertu dont le Pape a fait l’éloge ce 20 mars, à l’audience générale. La personne prudente “raisonne, évalue, cherche à comprendre la complexité de la réalité et ne se laisse pas submerger par les émotions, la paresse, la pression des illusions”, a-t-il rappelé. Être indifféremment homme ou femme, effacer les différences qui nous constituent… tout cela n’est-il pas pure illusion ? Le 1er mars dernier, lors d’un colloque international sur la vocation de l’homme et de la femme, le pape François a décrit l’ “idéologie du genre” comme une “mauvaise maladie de notre temps”, et a expliqué qu’ “effacer les différences, c’est effacer l’humanité, homme et femme, toujours en tension”. “Il est très important qu’il y ait cette rencontre entre hommes et femmes, parce qu’aujourd’hui, le pire danger est l’idéologie du genre qui annule les différences”.

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AdolescenceBioéthiqueGenreSexualité
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