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La bonne santé du pharisianisme

Christ, apôtres, repas, cène, disciples

Philippe de Champaigne, Public domain, via Wikimedia Commons

Le Repas chez Simon (Philippe de Champaigne) 1656, huile sur toile.

Jean-François Thomas, sj - publié le 03/02/24

Être pharisien, c’est mettre la morale au centre de la foi, soit pour tout justifier, soit pour tout maudire. Au contraire, le soin des âmes se revêt de douceur, même lorsqu’il faut inciser, sans tromper ni désespérer, pour soulager celui qui souffre.

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Si beaucoup de choses sont malades aujourd’hui dans notre monde, en revanche, le pharisianisme pète de santé. Et chacun le mange à sa propre sauce, moderniste ou traditionnelle. Tous se réclament de l’amour du pécheur et de la haine du péché, souvent en utilisant des arguments retors et en appelant à la rescousse maintes citations bibliques sorties de leur contexte ou carrément faussées. Certains contemplateurs de notre société et de notre Église avancées mirent le doigt — il y a déjà longtemps — sur ce vice transformé en vertu, diagnostiquant en lui la crise de notre temps. Le pharisianisme a toujours existé, bien avant les pharisiens, mais ces derniers mirent leur point d’honneur et consacrèrent toutes leurs forces à le transformer en arme politique, en science appliquée, ceci dans tous les domaines. 

Dans le monde catholique

Lorsque ce mal touche les clercs, le sens de l’honneur est foulé aux pieds, ainsi que la justice la plus élémentaire. Le monde catholique souffre de graves, profondes et durables perturbations. D’un côté, ceux qui transforment le péché en simple erreur humaine et qui n’aident plus le pécheur à se redresser ; de l’autre, les intransigeants, qui choisissent dans la liste des vices ceux qui ont droit à leurs foudres et qui laissent de côté la charité, la compassion, la miséricorde. Les uns et les autres, par textes interposés, tirent la couverture à eux et prennent Dieu en otage, Le réclamant dans leur camp. Notre Seigneur mena une lutte historique contre le pharisianisme et Il risqua sa peau pour une femme de mauvaise vie qui devint l’Apôtre des Apôtres et la première des pécheresses repenties contemplatives. Le jésuite argentin Leonardo Castellani s’est penché sur ce cas d’école qui, normalement, devrait être imité par tous ceux qui se réclament disciples du Christ. Il écrit, avec son humour habituel :

« Lorsqu’un pharisien effleurait l’ombre d’une femme de ce genre dans la rue, il devait se purifier immédiatement. Cela étant dit, d’après ce qu’on sait, en dehors de la rue, ils ne faisaient pas qu’en effleurer l’ombre. La pruderie et la pudibonderie sont des signes pharisaïques éloquents ; ces saints de façade repoussent tout le charnel dans les ténèbres de leurs malédictions comme s’ils n’étaient pas eux-mêmes nés du ventre d’une femme, leur mère ; et cela n’est pas signe d’une grande chasteté, bien au contraire. Ils font semblant de considérer la sexualité comme essentiellement non sainte » (« Le Doux Nazaréen » dans La Vérité ou le Néant). 

Mettre la morale au centre de la foi

L’obsession actuelle de tant d’hommes d’Église envers les choses de la sexualité, soit pour tout bénir, soit pour tout rejeter — toujours avec leurs propres critères et leur propre regard nécessairement biaisé et peccamineux — est le triomphe du pharisianisme. En quoi est-elle pour le service de l’Église de Dieu ? Elle est d’abord pour leur propre service, pour cacher leurs propres faiblesses, pour accabler de médisances, de calomnies, de haine, tous ceux qui ne correspondent pas à leurs règles. Ils travaillent peut-être pour l’Église, mais pas pour l’Église du Christ, d’essence divine : simplement pour une Église construite selon leurs plans. Il faut toujours être prudent lorsqu’on se réclame de la Loi de Dieu : il faut vraiment qu’elle soit sa Loi, et pas la nôtre, et qu’elle demeure sa Loi, qu’elle vienne uniquement de Lui et non pas des lubies, des modes, des peurs, des rejets des hommes. 

Le pharisianisme, c’est se servir du Christ, soit pour épouser le monde, soit pour le mépriser y compris dans ce qu’il a de bon.

Être pharisien, c’est se draper dans une fausse noblesse, mettre la morale au centre de la foi — alors qu’elle n’en est que l’auxiliaire — soit pour tout justifier, soit pour tout déclarer impur. Nous sommes à une époque qui, malgré ses apparences de liberté envers la moralité, est hantée par le pur et l’impur, l’un et l’autre étant interchangeables selon les choix de chacun. Les religions dont la fondation est constituée de telles règles se portent bien, se refermant sur une violence terrible et une outrance mortelle. Le christianisme n’est pas tel dans son origine, mais les hommes ont vite fait de transformer le meilleur en leur propre ouvrage, et là commencent les infidélités. Le pharisien ne croit qu’en ses propres lois, celles qu’il décide comme venant de Dieu, soit pour amollir les âmes, soit pour les écraser. Le pharisianisme, c’est se servir du Christ, soit pour épouser le monde, soit pour le mépriser y compris dans ce qu’il a de bon. C’est un attentat contre le Christ que de prêcher en faisant croire que tout est bien, ou au contraire en assénant que tout est mal. 

Le pharisianisme tue même sans le vouloir

Alors, pensera-t-on, faut-il donc marcher sur une ligne de crête, trouver un juste milieu ? Être tiède en quelque sorte ? Non point, il ne s’agit pas de transiger avec ce qui est vrai et beau, mais sans se croire investi d’une tâche de justicier, de chevalier sans peur et sans reproche. Notre Seigneur prenait en compte, ô combien, l’humain, le pauvre humain bien sale et bien repoussant, et, lorsqu’Il se laissait baiser les pieds, baignés et parfumés par les larmes de la  pécheresse, c’était cette dernière qui était lavée, et non point Lui qui était sans tache.

Le pharisianisme arrête le lynchage, non point pour sauver l’accusé, mais pour le tuer en temps voulu, comme les pharisiens le firent pour Jésus.

L’orgueil spirituel, celui du relativiste et celui de l’intégriste, est homicide et déicide. Leonardo Castellani souligne cette tare : « Le pharisianisme tue même sans le vouloir — non à cause de ce que sa victime a de mauvais, mais précisément à cause de ce qu’elle a de divin. Bien sûr, en apparence il ne veut pas la mort : sa volonté est de pourvoir au bien commun et aux intérêts de la religion qui lui a été confiée par Dieu, pour le “salut du peuple” » (« Les Trois Attentats », dans La Vérité ou le Néant). Le pharisianisme arrête le lynchage, non point pour sauver l’accusé, mais pour le tuer en temps voulu, comme les pharisiens le firent pour Jésus, car ils surent attendre leur tour et porter le coup à un moment où ils apparurent comme les défenseurs de Dieu, alors qu’ils tombèrent dans la haine formelle de Dieu, péché du diable et de l’Antéchrist, ce péché qui éradique toute trace de charité, à jamais. Si le christianisme n’est qu’épouvante — et celle-ci saisit bien le pécheur qui se jette aux pieds du Christ lorsqu’il se voit défiguré — il ne s’arrête pas à cette dernière qui n’est que la porte ouverte, le tremplin vers la consolation.

L’amour qui aide les âmes à se réformer

Dans les débats présents qui secouent le monde ecclésiastique (pas l’Église, car cette dernière est imperturbable face à la folie des hommes), tant ceux qui veulent persuader que tout est selon le plan divin que ceux qui brandissent des préceptes de mort, ne font que semer le chaos, l’angoisse, la confusion, n’aidant aucune âme à se réformer, à prendre son envol, en boîtant, pataude, penaude mais soulevée par le regard du Christ qui n’est point celui d’un nouveau Simon le pharisien, mitré ou non. Il y a grande sagesse dans ces paroles de Georges Bernanos : 

« Dieu est l’Amour absolu. L’Amour absolu ! Au mouvement de notre misérable cœur, tâchez de mesurer cette force inouïe ! Nous vivons à l’aise, inconscients, au milieu de ce tourbillon formidable dont le moindre écart de son inflexible spire, s’il était toutefois possible, irait déracinant les mondes. Pour l’amour, rien n’est médiocre, tout est grand. La plus petite part de ce qu’il aime lui est non moins précieuse, urgente, nécessaire. La raison rebrousse au seul penser de ce prodigieux appel qui a fécondé le chaos, qui emporterait le plus puissant des anges comme un fétu et qui vient pourtant expirer, suppliant, insatiable, inassouvi, à l’oreille d’un petit enfant ! » (« Lettre à Frédéric Lefèvre », dans Essais et Écrits de combat.)

Les vrais hommes de Dieu

Face à ce mystère d’amour de feu qui balaie et qui dévore tout, nous sommes las des discours et des écrits des nouveaux pharisiens qui utilisent leur plume ou leur langue pour conduire les troupeaux un peu davantage au sein des ténèbres en leur faisant espérer la lumière à bas prix ou en les faisant bêler d’horreur dans des voies sans issue. Cela suffit de tant d’hypocrisie ou bien de mollesse ! Le soin des âmes doit se revêtir de douceur, même lorsqu’il faut inciser, non pas pour satisfaire sa propre méchanceté, mais pour soulager celui qui souffre. 

Il ne suffit pas d’être assis dans la chaire de Moïse pour annoncer le Verbe qui lave et qui purifie : il est nécessaire de plonger à l’intérieur des cœurs pour se rendre compte à quel point ils saignent.

Assez de la falsification ! Être contre le péché n’est pas suffisant pour soigner les âmes. Encore faut-il trouver avec prudence, sagesse, patience et charité, le remède qui pourra soulager dans un premier temps, et peut-être guérir, à la longue, avec sans doute bien des rechutes. Les vrais hommes de Dieu se résignent à tout, ne se lassent jamais, ne collent jamais d’étiquette sur le dos des brebis flageolantes et ne les envoient pas à l’abattoir des hommes, fussent ces derniers des pontifes et des abbés. Il ne suffit pas d’être assis dans la chaire de Moïse pour annoncer le Verbe qui lave et qui purifie : il est nécessaire de plonger à l’intérieur des cœurs pour se rendre compte à quel point ils saignent. Le Christ, si pur, ne traita jamais personne d’impur. Il est bien dommage que certains de ses disciples Le trahissent à nouveau en trompant ou en désespérant les hommes blessés.

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Fiducia supplicansPharisienSexualitéSpiritualité
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