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Frère Mutien-Marie, le saint des petits riens

Frère Mutien Marie Wiaux

Grentidez, Public domain, via Wikimedia Commons

Frère Mutien Marie Wiaux.

Anne Bernet - publié le 29/01/24

Il était bon à rien, et les Frères des écoles chrétiennes de sa communauté de Namur ne savaient pas quoi faire de lui. Mais sa prière était d’une efficacité redoutable : on venait de partout pour lui confier ses intentions ! Canonisé en 1989, l'Église le fête le 30 janvier.

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C’est une erreur de s’imaginer qu’il faut faire de grandes choses pour devenir un grand saint. La très simple histoire du petit frère Mutien-Marie démontre le contraire. Heureusement car, sans cela, l’excuse serait trop facile pour ne rien essayer afin de devenir saint sous prétexte que le Ciel ne nous en a pas fourni l’occasion.

Louis-Joseph Wiaux est né à Mellet, dans le Hainaut, le 20 mars 1841. Cette région de Belgique est catholique, ancrée dans la foi et la pratique religieuse. Chez les Wiaux — lui est forgeron, elle tient l’unique boutique du village, mercerie, épicerie et estaminet — on élève six enfants, on assiste à la messe tous les jours, on a une profonde dévotion eucharistique, on dit le chapelet au moindre instant libre. Loin d’apparaître une corvée à Louis-Joseph, ces usages sont pour lui source de joie et d’équilibre, ce qui explique pourquoi le petit garçon, scolarisé, se révèle ardent zélateur du Sacré Cœur et du culte marial. 

Trop aux yeux de certains camarades de classe qui le surnomment « saint Louis de Gonzague », allusion au jeune saint jésuite donné en exemple par les éducateurs catholiques. Est-ce cela, ou plus sûrement le fait qu’un de ses frères aînés soit entré au juvénat de la Compagnie, mais, à la fin de ses études primaires, le garçon pense aux Fils de saint Ignace, vocation que son curé balaie d’un revers de main, ne le croyant pas capable de répondre à leurs exigences. Certain, cependant, que Louis-Joseph a entendu l’appel divin, ce prêtre l’oriente vers les Frères des écoles chrétiennes, éducateurs, eux aussi, mais dont les ambitions intellectuelles correspondent mieux aux capacités de l’adolescent. 

Que faire d’un tel incapable ?

En 1856, Louis-Joseph est admis au noviciat lasallien de Chimay, puis poursuit sa formation au collège Saint-Georges de Bruxelles. Le 11 septembre 1859, il est envoyé de Malonnes près de Saint-Berthuin, établissement scolaire qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort. Pourtant, bien qu’il ait prononcé ses vœux temporaires dès le 14 septembre, ce jeune homme de 17 ans qui prend en religion le nom de Frère Mutien-Marie se révèle aussitôt inapte à la vocation vers laquelle on l’a orienté. Les Frères des écoles chrétiennes, dit familièrement « frères quatre bras » à cause des manches de leur habit qu’ils laissent flotter, sont des enseignants et, même s’ils se dévouent essentiellement à la formation primaire d’enfants de milieux modestes qui seront tôt déscolarisés, il faut cependant des capacités d’enseignant et frère Mutien-Marie n’en a pas… Est-il trop jeune, sa formation a-t-elle été insuffisante ? Les supérieurs, découragés, envisagent de le renvoyer, ne voyant quoi faire d’un tel incapable… La décision de le chasser, qui le bouleverse, est quasiment prise lorsque l’un des professeurs, touché de sa détresse, convainc les responsables de le garder en le cantonnant à des tâches à la mesure de son manque de talents. Il est incapable d’enseigner, certes, et c’est fâcheux, mais il peut assurer la surveillance des études. Certaines matières secondaires comme l’apprentissage de la musique ou du dessin dans les petites classes seraient dans ses cordes. On ne tardera pas à constater que Mutien-Marie n’a pas de dispositions artistiques mais déborde de bonne volonté. 

J’ai demandé à la bienheureuse Vierge Marie de m’accompagner toujours et partout, de sorte que je reste toujours à ses côtés. Elle m’a fait cette grâce.

On lui dit d’étudier la musique : il s’y attelle, apprend à jouer de l’harmonium, de l’orgue, du bombardon, et d’autres instruments, ce qui lui permet de tenir un rôle important dans la chorale et l’orchestre du collège. Il obtient car, en ce domaine, il est doué, la permission d’enseigner le catéchisme, ce qu’il fait deux fois par semaine au village mais aussi pour les enfants pauvres qui bénéficient au collège d’une scolarité gratuite, charisme de l’Institut que certains dédaignent. On lui confie aussi la tâche de réveiller la communauté chaque matin à 4h30, tâche ingrate qui l’oblige à se lever plus tôt que les autres mais qu’il remplit tant que sa santé le lui permet. 

« Le frère qui prie tout le temps »

Ce qui frappe ses supérieurs, c’est sa totale obéissance à leurs exigences, même quand elles ne correspondent pas à ses aspirations. Plus tard, l’un de ses compagnons dira que l’on pouvait prendre un à un tous les articles de la Règle : il ne s’en trouverait pas un que le frère Mutien-Marie n’ait observé à la lettre tout au long de sa vie. C’est déjà en soi admirable.

Qu’on est heureux quand on est comme moi sur le bord de la tombe, d’avoir toujours eu une grande dévotion à la Très Sainte Vierge Marie.

L’autre fait remarquable est qu’estimant avoir des loisirs puisqu’il n’enseigne pas, Mutien-Marie se voue à la prière. Les enfants ne s’y trompent pas qui le surnomment « le frère qui prie tout le temps » ! Il passe des heures devant le Saint Sacrement, défile interminablement les dizaines du rosaire, appartient à la Garde d’honneur qui vénère le Sacré Cœur, construit jusqu’à la réplique de la Grotte de Lourdes installée près du collège. Sa prière constante frappe ceux qui en sont témoins et bientôt des gens viennent lui confier leurs intentions et se recommander à ses prières. Le bruit court qu’elles sont très souvent exaucées. À la fin de ses jours, Mutien-Marie dira : « J’ai demandé à la bienheureuse Vierge Marie de m’accompagner toujours et partout, de sorte que je reste toujours à ses côtés. Elle m’a fait cette grâce. » Tel est le secret de cette prière constante dont cet humble est le seul à ne pas mesurer les fruits de grâce.

Le temps de la gloire

En 1912, ses forces déclinent, obligeant à le décharger de ses occupations, hormis la prière. L’hiver 1917, en Belgique occupée, est très froid, les privations immenses. Mutien-Marie tombe malade. Fin janvier, il est perdu. La veille de sa mort, il dit à son confesseur : « Qu’on est heureux quand on est comme moi sur le bord de la tombe, d’avoir toujours eu une grande dévotion à la Très Sainte Vierge Marie… » Il s’éteint dans la matinée du 30 janvier. On l’enterre humblement mais, en 1926, il faut déplacer sa tombe tant l’afflux des pèlerins y est ahurissant, au point de nuire à leur sécurité. On parle des guérisons, de miracles. La gloire du frère qui prie tout le temps se répand à travers le monde. Il est canonisé en 1989 sans avoir jamais rien fait de ces merveilles extraordinaires que l’on imagine nécessaires à la sainteté. 

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