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Peut-on se chamailler entre chrétiens ?

paroissiens, prêtre, messe, discussions, débats

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Jean Duchesne - publié le 09/01/24

La foi a toujours suscité des débats, observe l’essayiste Jean Duchesne, mais les passions excèdent le plus souvent les enjeux.

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Les bisbilles n’ont jamais manqué au sein de l’Église. Il suffit de lire les Actes des apôtres (chapitres 11 et 15) et les épîtres (surtout Ga 2 : conflit entre Paul et Pierre) pour voir que les différends n’ont pas tardé. Les querelles avaient d’ailleurs commencé en présence de Jésus, dans son dos mais sans qu’il l’ignore (Lc 9, 46 ; 22, 24). Tout va comme d’habitude donc, en ces temps-ci où les disputes surabondent. On peut citer pêle-mêle, sans sélection ni exclusion délibérée, rien qu’en voyant clignoter les sismographes médiatiques : des menaces de schisme chez les Syro-Malabares, la condamnation par la justice du Vatican d’un cardinal qui proteste, la polémique autour de vitraux de Viollet-le-Duc à Notre-Dame de Paris, la cacophonie déclenchée par la déclaration Fiducia supplicans du dicastère pour la Doctrine de la foi…

À fronts renversés

Ces « affaires » sont d’ordres fort divers. Elles ont cependant en commun que, dès qu’on s’informe pour essayer de comprendre, on se retrouve avec plus de questions que de réponses. Ainsi, dans cette Église orientale d’Inde unie à Rome, qui s’honore d’avoir été fondée en l’an 52 par l’apôtre Thomas (le fameux incrédule de Jn 20, 24-29), les fronts sont bizarrement inversés : ceux qui encourent une excommunication veulent continuer à célébrer la messe face au peuple, conformément à la réforme liturgique de Vatican II, mais contre une décision de leur propre synode qui, soutenu par Rome, cherche à préserver d’antiques traditions. Quand on découvre cela, on est un peu perdu. De sorte que, sans pour autant rester indifférent, on doute de réussir à s’instruire assez pour contribuer si peu que ce soit à un apaisement.

Tous ces méfaits sont assurément condamnables et constituent des contre-témoignages, comme l’ont été les scandales du Banco Ambrosiano sous Jean Paul II et du « Vatileaks » sous Benoît XVI. Ce n’est cependant pas sans précédent.

Si le bruit de cette querelle résonne jusqu’à nos oreilles, c’est sans doute en raison de la gravité aujourd’hui exceptionnelle de la sanction évoquée. Il en va un peu de même dans le cas du verdict rendu à l’encontre du cardinal Becciu. C’est certes son rang qui fait sensation, mais la peine intrigue un peu, avec d’un côté « du lourd » : prison ferme pour cinq ans et demi (cinq ne suffisaient donc pas et six auraient été trop ?), et de l’autre une amende de quelques milliers d’euros pour une malversation portant sur autour de 200 millions. 

« Tolérance zéro »

Et tout cela, semble-t-il, pour de la mauvaise gestion, de l’incompétence rendue désinvolte par une impunité présumée, mais pas exactement du « crime en col blanc », puisque (du moins dans le cas du haut prélat déchu) il n’y a pas eu d’accusation d’enrichissement personnel. Ce qui, de surcroît, retient de conclure est qu’il s’agit d’un jugement de première instance et qu’il en est fait appel, ce qui en suspend l’application. Le message est néanmoins (et heureusement) en train de passer d’une « tolérance zéro » pour ce genre de prévarication, comme d’ailleurs pour tout type de détournement de l’autorité dans l’Église. 

Tous ces méfaits sont assurément condamnables et constituent des contre-témoignages, comme l’ont été les scandales du Banco Ambrosiano sous Jean Paul II et du « Vatileaks » sous Benoît XVI. Ce n’est cependant pas sans précédent. C’est même originel : déjà Judas piquait dans la caisse (Jn 12, 6). Si nouveau il y a, c’est d’abord (et tant mieux) que les abus sexuels sont désormais reconnus intolérables tandis que la sécularisation décourage la simonie (vente de biens spirituels), et puis (plus gênant) que les magouilles financières sont devenues si sophistiquées que la suffisance irresponsable est plus flagrante que la filouterie cynique.

Perplexité

Mais il n’y a pas que l’immoralité qui fasse jaser : l’esthétique — affaire de justesse plutôt que de justice — peut aussi soulever des passions. Un exemple est l’agitation provoquée par une proposition de l’archevêque de Paris qu’a adoptée le président de la République : remplacer à Notre-Dame des verrières datant de sa réfection au XIXe siècle par des vitraux contemporains qui « signeraient » sa restauration après le terrible incendie de 2019. Les arguments contre (protestataires) et pour (défensifs) sont vigoureux, au point qu’on se sent dépassé, imaginant mal ce qui remplacerait ce dont on n’a pas de souvenir marquant.

Il en va un peu de même en ce qui concerne la possibilité signalée par Rome de bénir des unions « irrégulières » (sans mariage, de divorcés ou de même sexe). D’aucuns rouspètent qu’on va trop loin. D’autres se plaignent à l’inverse que c’est encore trop timide.

Faut-il s’en inquiéter ? C’est un embarras dont il n’y a certes pas lieu d’être fier, mais qui n’est pas sans précédent : on se chamaille depuis au moins le XVIIIe siècle sur les vitraux de Notre-Dame. Et l’on n’est finalement pas si loin de la perplexité qu’inspirent la controverse liturgique en Inde et la sanction que méritent les investisseurs véreux ou mal avisés de fonds du Vatican : contrairement à ce que suggère l’excitation du sensationnel ou des polémiques, ce ne sont pas pour l’Église des questions de vie ou de mort. Tous ces affrontements, quelle qu’en soit l’issue, ne vont pas susciter des apostasies ni des conversions en masse historique. 

Du nouveau sans que rien ne change ?

Il en va un peu de même en ce qui concerne la possibilité signalée par Rome de bénir des unions « irrégulières » (sans mariage, de divorcés ou de même sexe). D’aucuns rouspètent qu’on va trop loin. D’autres se plaignent à l’inverse que c’est encore trop timide. D’autres encore ont du mal à s’y retrouver, puisqu’il y aurait de l’inédit sans que rien n’ait changé. Le Vatican a d’ailleurs estimé utile de publier la semaine dernière un communiqué explicatif.

C’est moins le texte qui interroge que l’accueil qui lui a été fait, souvent sans qu’on l’ait lu. À entendre les réactions, on pourrait croire qu’il parle principalement voire exclusivement des personnes « LGBTQ+ », en légitimant leurs « orientations ». Mais il ne s’agit que de celles qui vivent en ménage durable : apparemment une minorité parmi toutes ces particularités pas si aisément banalisables dans la conjugalité, et plus marginale encore au milieu de l’immense majorité de ceux que peut concerner la déclaration romaine, à savoir les couples « ordinaires » recomposés, innombrables aujourd’hui où, paraît-il, près d’un mariage sur deux ne tient pas. 

Réalisme

À quoi il faut ajouter que la bénédiction (privée, et non sacramentelle ni même liturgique) doit être demandée, ce qui requiert une démarche de confession de foi, et donc aussi, du côté « pastoral », un dialogue et un discernement de la motivation et de l’opportunité. C’est là, en un sens, ne pas ignorer la réalité — chaotique jusque dans l’intimité — des comportements des êtres humains, dont aucun n’est a priori rejeté s’il se tourne sincèrement vers Dieu. 

La priorité pour l’Église n’est pas de plaire à ceux qui la jugent de toute façon vouée au triste sort des dinosaures, ni aux croyants qui préféreraient renvoyer au « monde » son mépris et que tout soit déjà aussi simple qu’à la fin des temps.

On peut noter que ce genre de réalisme sans complaisance a été pratiqué par deux cardinaux français d’une indubitable orthodoxie : Jean Daniélou (1905-1974) célébrait discrètement des messes pour les homosexuels (son frère Alain en était un) ; et, en 1988 (à l’époque où sévissait le sida), Jean-Marie Lustiger (1926-2007) a recommandé le préservatif aux séropositifs incapables de continence, afin de « ne pas ajouter à un mal un autre mal ».

La bonne question

On voit au moins ici que la priorité pour l’Église n’est pas de plaire à ceux qui la jugent de toute façon vouée au triste sort des dinosaures, ni aux croyants qui préféreraient renvoyer au « monde » son mépris et que tout soit déjà aussi simple qu’à la fin des temps. En attendant, l’équilibre n’est pas évident et peut être sujet à dispute entre rigueur et ouverture, autorité et séduction, perfection et pragmatisme, certitude et humilité… Dans l’Évangile, Jésus demande aux siens deux fois (Mc 9, 33 et Lc 24, 17) : « De quoi débattiez-vous en chemin ? », avant (et même afin) de les recentrer sur leur destination. C’est une question à réentendre pour ne pas s’empêtrer dans la pierraille qui rend cahoteuse la route frayée au jour le jour. 

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