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À l’heure des choix, que peut-on espérer de la COP 28 ?

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Hans Lucas via AFP

Les présidents présents à la COP 28. Dubaï, décembre 2023.

Hubert de Boisredon - publié le 12/12/23

À la veille de la fin de la COP 28 à Dubaï, les énergies fossiles sont au cœur des discussions. Les positions semblent bloquées sur la planification de la sortie du charbon, du pétrole et du gaz. Le chef d’entreprise Hubert de Boisredon, qui a appelé au boycott de la COP, constate qu’un accord est loin d’être acquis parmi les 197 États représentés.

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À l’heure de l’écriture de ces lignes, le projet d’accord proposé par le président émirati de la COP 28, Sultan Al-Jaber, n’appelle pas à la « sortie » des énergies fossiles. Il ne mentionne que « la réduction de la consommation et de la production des énergies fossiles », au grand dam de nombreux défenseurs du climat. Et il inclut désormais des propositions des pays producteurs ou exportateurs de pétrole, de développer des technologies balbutiantes de captage ou de stockage de carbone, qui leur permettraient de continuer à pomper des hydrocarbures. Ce projet a suscité de nombreuses critiques. Le ministre français de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a déclaré que le texte était une « déception », et l’Union européenne a qualifié cette première ébauche d’«insuffisante ». Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé lundi 11 décembre la COP 28 à la « sortie de toutes les énergies fossiles ».

Sortir progressivement des énergies fossiles

La COP 28 n’avait pourtant pas trop mal débuté avec la mise en œuvre d’un fonds sur les pertes et dommages des pays vulnérables, adopté dès le premier jour. Le fonds doit permettre d’aider les pays du Sud à faire face aux événements météorologiques extrêmes, puisque les effets du dérèglement les touchent en premier lieu. Il doit aussi les aider à faire face à des problématiques de long terme, telle que la sécheresse ou la montée du niveau de la mer. Mais cet accord n’est pas contraignant pour les pays du Nord. Les pays du Sud doutent de la sincérité de l’engagement des pays développés. En 2009, ces derniers avaient promis 100 milliards de dollars par an aux pays en développement pour les aider à lutter contre le changement climatique. « Cet objectif n’a pas été atteint une seule fois depuis », souligne l’Institut de l’économie pour le climat.

La sortie progressive des énergies fossiles constitue bien l’enjeu principal de cette conférence du climat. Rappelons que les hydrocarbures sont responsables de plus de trois quarts des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Certains croient qu’il suffira de développer l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables pour atteindre la neutralité carbone. Mais cela ne servira à rien si, en parallèle, on ne stoppe pas l’extraction des hydrocarbures, ce qui signifierait concrètement arrêter d’accorder des autorisations d’ouverture de nouvelles mines de charbon ou de nouvelles exploitations de pétrole et de gaz. Le cycle de diminution a démarré pour le charbon, mais les entreprises pétrolières continuent à lancer de nouveaux forages de pétrole. 

Juges et parties à la COP 28

Deux camps s’opposent. Les partisans de l’élimination progressive des énergies fossiles et les partisans de la réduction progressive. 80 pays, dont la France, les Européens et les Américains, ainsi que les petits pays les plus menacés par la montée du niveau des océans, sont pour l’élimination à terme des énergies fossiles. Dans le camp adverse se trouvent les producteurs de pétrole, dont la Russie. La Chine n’a pas encore clairement donné sa position. Pourquoi est-ce si difficile de décider de sortir progressivement des énergies fossiles ? Parce que nous-mêmes, consommateurs, résistons à modifier nos habitudes de vie. Et parce que certains pays et certaines entreprises ont beaucoup à perdre, à commencer par les Émirats Arabes Unis, pays hôte de la COP 28 et l’Abu Dhabi National Oil Company, que dirige Sultan Al-Jaber, qui n’est autre que le président de la COP 28. 

Nous pouvons honnêtement douter du bien-fondé d’une conférence du climat organisée par des acteurs qui sont totalement juges et parties, et n’ont objectivement aucun intérêt à favoriser un accord de sortie des énergies fossiles.

Nous pouvons honnêtement douter du bien-fondé d’une conférence du climat organisée par des acteurs qui sont totalement juges et parties, et n’ont objectivement aucun intérêt à favoriser un accord de sortie des énergies fossiles. L’OPEP, le syndicat qui rassemble 23 des plus gros pays producteurs, par la voix de son secrétaire général, qui est koweïtien, a appelé ses membres à rejeter fermement tout texte qui ciblerait les énergies fossiles. L’Arabie saoudite est à la pointe de ce combat.

Dénoncer les incohérences

Alors, que peut-on espérer ? Cette COP servira-t-elle à quelque chose ? Quelle posture avoir comme chrétiens ? Faut-il pour autant sombrer dans la désespérance ? Attendons d’une part les conclusions de la COP car on ne sait jamais. Al Jaber pourrait encore créer la surprise au dernier moment car il a besoin de réussir « sa COP » pour renforcer sa position. Il faut en parallèle oser dénoncer les incohérences et les hypocrisies. Est-il acceptable que 2.500 lobbyistes pro-énergies fossiles participent à une telle conférence sur le climat ? Est-il normal que Vladimir Poutine soit accueilli en grande pompe à Abou Dhabi par les même Emiratis que ceux qui organisent la conférence de Dubaï ? Certains dirigeants d’entreprises, dont moi-même, ont appelé au boycott de la COP pour réveiller les consciences et provoquer un sursaut d’engagement.

Enfin, pour ceux qui sont chrétiens, rappelons l’importance de la prière. Se recommandant de la lettre du pape François Laudate Deum, constatant que les résultats ne sont pas au niveau et que la trajectoire actuelle ne nous permettra pas de limiter le réchauffement climatique bien en-dessous de 2 C° d’ici la fin du siècle, un collectif de chrétiens, à l’initiative du mouvement Lutte et Contemplation, s’est mobilisé dans différentes villes de France pour une heure de silence dans l’espace public, afin de « porter le cri de la terre et des pauvres ». Pour eux, ces « cercles de silence » sont une manière visible, à travers ce geste humble, d’interpeller les décisionnaires sur leur pouvoir d’agir. Toute personne y est conviée, quelles que soient ses croyances. Les chrétiennes et les chrétiens engagés prient pour que les personnes participant à la COP soient inspirées par l’Esprit saint et qu’elles prennent leurs responsabilités. Différents mouvements y participent, dont Fondacio, Justice et Paix, la Fédération protestante de France, la province jésuite d’Europe occidentale francophone, le MCC, la Communauté du Chemin Neuf, CVX, la maison Magis… Au-delà des résultats pour l’instant décevants, osons porter dans la foi le projet que la COP 28 contribue à réaliser les paroles du prophète Isaïe (Is 35, 1-10) : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! […] La bouche du muet criera de joie ; car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride. »

Tags:
Écologieenvironnement
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