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Saint Injurieux le mal nommé, patron des vrais amants

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Anne Bernet - publié le 24/05/23 - mis à jour le 09/08/23

Attiré par la vie religieuse, il succomba au charme de la belle Scolastique, sans renoncer à ses vœux… Leur amour était si fort que même la mort ne réussit pas à les séparer ! Telle est l’histoire du saint clermontois Injuriosus, que l’Église fête avec son épouse le 25 mai.

Comme chacun sait, saint Valentin est le patron des amoureux mais savez-vous qu’il possède à Clermont-Ferrand un concurrent des plus sérieux à ce titre ? L’histoire se passe au IVe siècle. En Auvergne vit un jeune homme appartenant à l’aristocratie gallo-romaine dont le patronyme est Injuriosus, “Injurieux” en français, ce qui, certes, n’est pas un prénom que l’on donnera facilement à un nouveau-né… Voilà près de deux siècles que le christianisme s’est bien implanté dans la région et toute la bonne société y est convertie de longue date. Beaucoup de ces catholiques vivent intensément leur foi et aspirent à être tout au Christ, ce qui explique la floraison de vocations religieuses.

Il semble qu’Injuriosus soit, lui aussi, attiré par la vie monastique mais tels ne sont pas les projets de sa famille pour lui. Il y a une fortune à gérer, des terres à entretenir, un patrimoine à accroître, une descendance à assurer. L’héritier doit assumer ses responsabilités mondaines, se marier et faire souche. Ses parents lui ont déjà trouvé une fiancée. Cette jeune fille se prénomme Scholastique, elle est pieuse, bien née, et d’une beauté remarquable, détail qui n’est pas anodin puisque les charmes rayonnants de sa future épouse doivent arracher le garçon à ses rêveries mystiques. 

Ce que les deux familles ignorent, ou feignent d’ignorer, obsédées par leurs projets trop terrestres, c’est que la belle Scholastique, elle aussi, voudrait se donner à Dieu et consacrer sa virginité au Christ… Quoiqu’il en soit, nul ne tient compte de l’opinion des jeunes gens qui se retrouvent contraints à un mariage dont ils ne veulent pas. Mais, et les parents comptent là-dessus pour obtenir la descendance attendue, il a suffi d’un regard à Injuriosus et Scholastique pour tomber amoureux fous l’un de l’autre. Rien de mal à ce sentiment conjugal béni par l’Église et le couple pourrait sans faute consommer cette union, s’il ne se sentait tenu par les engagements secrets pris auparavant. N’ont-ils pas tous deux fait vœu de rester purs ? 

Confrontés aux mêmes difficultés, contraints par leurs parents au mariage, certains de leurs contemporains acceptent un petit arrangement avec le Ciel : consommer leur union, vivre comme mari et femme jusqu‘à la naissance de deux ou trois enfants qui assureront la lignée puis se séparer afin d’aller vivre chacun de son côté dans le “saint propos” au couvent et au monastère. Cela concilie tout et l’Église ne s’en offusque nullement qui portera sur les autels Mélanie la Jeune et Pinus, son époux. Saint Grégoire le Grand descendra lui-même d’une famille où cela s’est pratiqué couramment, ce qui lui permettra de pouvoir se targuer de compter parmi ses ascendants des prêtres et même un pape, parvenus au sacerdoce après s’être séparés de leur femme.

Leur droiture y répugne

Pourquoi nos époux auvergnats n’en font-ils pas autant ? Parce que leur droiture y répugne et que les compromis mondains ressemblent un peu trop à leurs yeux à des compromissions… Donc, le soir de leurs noces, Injuriosus et Scholastique se confient mutuellement leur secret et décident, d’un commun accord, de vivre comme frère et sœur sans en rien dire à quiconque. Ce qu’ils n’ont pas prévu, c’est que, amoureux comme ils le sont, vivre côte à côte jour après jour sans jamais se toucher, deviendra un supplice et qu’ils devront lutter pour ne pas manquer à leur vœu…

Et cela durera jusqu’à leur vieillesse, quand l’ardeur se refroidissant, ils seront moins tentés de succomber à leur passion, de sorte que, comme le dira joliment un hagiographe :

Ce qui leur parut d’abord si pénible leur devint plus doux vers la fin de leurs jours et les chastes délices qu’ils goûtèrent dans le service de Dieu les dédommagèrent au-delà de toute expression des sacrifices qu’ils furent obligés de faire pour rester constants dans leur résolution.

Ce mariage blanc torturant durera plusieurs décennies sans que leur entourage, désolé de la stérilité persistante de ce couple si beau et si épris, soupçonne leur secret. Même après la disparition de leurs parents, les époux vierges ne révéleront pas sur quel faux-semblant repose leur union, parce que l’affection sublimée qu’ils se portent leur rend intolérable l’idée de se séparer pour entrer en religion. 

Ce trésor sans tache

Hélas, la vie est ainsi faite que même les plus belles histoires d’amour, en ce bas monde, doivent finir. Un jour du printemps 388, Scholastique s’éteint, laissant Injuriosus désemparé, le cœur brisé. Le veuf éploré organise de belles funérailles et, à l’instant de refermer le tombeau, se penchant une dernière fois vers son épouse, soupire : “Je te rends grâce, Seigneur, Dieu éternel, d’avoir permis que je remette entre les mains de ta miséricorde ce trésor sans tache aussi pur que le jour où je le reçus de Toi !”

S’est-il rendu compte qu’il a parlé à haute voix et que ceux qui l’entourent ont entendu cet aveu extraordinaire expliquant le long secret de leur couple ? Soudain, une voix lui répond, que l’assistance reconnaît pour celle de Scholastique : “Mais mon cher ami, pourquoi t’avises-tu de dire ce que l’on ne t’a pas demandé ?”

Ainsi, même dans l’éternité bienheureuse, Scholastique préférerait, dans sa tendresse pour son époux, rester aux yeux du monde sa femme véritable, quitte à perdre les mérites et la gloire de leur incroyable et sainte chasteté. Inconsolable, Injuriosus ne survit pas longtemps à sa compagne ; il la rejoint dans la mort le 25 mai suivant, quelques semaines à peine après son trépas.

La tombe des deux amants

L’histoire, cependant, ne s’arrête pas là. Peut-être à cause du secret révélé, par distraction, ou pour quelque autre raison familiale, Injuriosus n’est pas enterré près de sa femme, selon l’usage, mais de l’autre côté du cimetière, les deux sépultures se trouvant à grande distance l’une de l’autre. Le lendemain des obsèques, de nombreux Clermontois, se souvenant de la charité du couple, et reconnaissants des legs laissés par le défunt, vont au cimetière prier sur sa tombe et là, à la surprise générale, constatent que le sarcophage où repose la dépouille d’Injuriosus s’est déplacé pendant la nuit pour venir rejoindre celui de Scholastique contre lequel il est accolé dans une éternelle embrassade. Cet étonnant miracle couronne une union qui ne l’a pas moins été.

La tombe prendra le nom de “tombe des deux amants” ou des “deux vrais amants”. Scholastique et Injurieux sont invoqués pour obtenir la concorde et l’amour conjugaux, ainsi que la solidité des mariages.

[EN IMAGES] Fortifier son mariage avec les couples saints

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