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Chili : la constitution devant les urnes

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JAVIER TORRES / AFP

Jose Antonio Kast après la victoire de ses candidats, le 7 mai 2023.

Jean-Baptiste Noé - publié le 11/05/23

Nouvelle élection au Chili pour désigner une nouvelle assemblée constituante. Cette fois-ci, c’est la droite qui a largement gagné, désavouant le président Boric pourtant fraîchement élu. Pour le géopoliticien Jean-Baptiste Noé, ce recentrage du vote témoigne de la volonté d’une majorité des Chiliens de sortir de la voie des extrêmes.

Depuis 2019, la vie politique chilienne est de plus en plus polarisée. Elle a connu ce 7 mai un nouvel épisode avec l’élection d’une nouvelle assemblée constituante. Petit retour en arrière. À l’automne 2019, le Chili s’embrase et de violentes manifestations parcourent la capitale et plusieurs grandes villes. L’idée est alors évoquée de réviser la constitution. Un premier référendum donne une majorité dans ce but. Ce qui est loin de régler le problème puisque tout reste à faire. En mai 2021, une élection pour élire les délégués chargés d’écrire la nouvelle constitution donne une large victoire à l’extrême-gauche. Puis l’élection présidentielle du 21 novembre 2021 place au premier tour l’avocat José Antonio Kast (JAK) devant l’ancien leader étudiant Gabriel Boric, avec 28% des voix contre 26%.

Au second tour un mois plus tard, Boric l’emporte avec près de 56% des suffrages, dans une élection qui a vu une participation record. En décembre 2021, l’extrême-gauche chilienne contrôle donc l’assemblée constituante et la présidence de la République. Mais le texte constitutionnel rédigé, en plus d’être extrêmement long et donc quasiment inapplicable, reprend tous les thèmes de l’extrême-gauche. Si bien que la gauche modérée et plusieurs anciens présidents socialistes appellent à voter contre sa ratification. Lors du référendum de septembre 2022, le non l’emporte à près de 62% des voix. Tout est à refaire, et d’abord à réélire une assemblée constituante. 

La gauche désavouée

C’est le sens de l’élection de ce 7 mai. Le parti de JAK (Parti républicain, droite conservatrice, qualifiée d’extrême-droite en Europe) a obtenu 35% des voix, soit 22 sièges sur 50. La coalition menée par Gabriel Boric (Unité pour le Chili, gauche radicale) a atteint 29%, soit 17 sièges. Un autre mouvement de droite a obtenu 21%, soit 11 sièges. Entre le premier tour de la présidentielle et cette élection de l’Assemblée constituante, le parti de Gabriel Boric a donc légèrement progressé. Mais cela apparaît comme une défaite tant la progression du parti de Kast est grande. Surtout, alors que l’extrême-gauche dominait la précédente assemblée, c’est désormais la droite qui dirige la nouvelle. Avec 33 sièges sur 50, la coalition de droite atteint la majorité des 3/5 qui lui permet d’écrire le texte sans avoir besoin de l’approbation des partisans de Gabriel Boric. Pour le président en place, c’est donc une lourde défaite. Mais rien n’est achevé. Il reste d’une part à écrire le nouveau projet constitutionnel et d’autre part à le faire valider par référendum. Le processus est donc loin d’être achevé. 

Compte tenu de l’erreur du premier texte, qui était beaucoup trop radical et qui se rapprochait davantage d’un tract électoral accumulant les promesses que d’une constitution, on peut penser que la nouvelle assemblée cherchera à rédiger un texte qui soit beaucoup plus modéré et surtout juridiquement viable. C’est la seule condition pour le faire approuver lors du référendum. Le nouveau texte doit être prêt pour septembre, le référendum étant prévu pour décembre. Donc quatre ans après les émeutes de 2019. Si le texte est adopté, il faudra ensuite l’appliquer, ce qui suppose de refaire toutes les élections. Sinon, le processus repart pour un tour. On le voit, le Chili est loin d’être sorti de sa crise politique. 

La faute à la Constitution ? 

D’autant que tout l’argumentaire repose sur l’idée que s’il y a des problèmes politiques et sociaux au Chili, c’est à cause de la Constitution. Un texte toujours présenté comme datant de l’époque de Pinochet, donc de la dictature. Ce qui le marque au fer rouge. Si la Constitution actuelle date en effet de 1990, elle n’a rien à voir avec celle qui était en vigueur durant les années de la direction de Pinochet. Ce dernier a quitté la présidence de la République en mars 1990, à la suite d’un référendum perdu. Ce qui était déjà le signe d’un retour à un système démocratique classique. Depuis 33 ans, le pays vit sous un régime démocratique tout à fait valide, avec cette Constitution de 1990. Un texte qui, par ailleurs, a été amendé à plusieurs reprises. Et une vie politique qui a vu de nombreuses alternances entre gouvernements de droite et de gauche.

Se focaliser sur la Constitution est donc une erreur, que soulignent plusieurs analystes chiliens de la vie politique. Pendant ces temps de débats et de passions politiques, les problèmes sociaux et économiques du pays sont mis en sourdine. Comme le dossier de la question des migrants, qui sont de plus en plus nombreux à venir du Venezuela. Après avoir refusé de fermer la frontière avec le Pérou, par où arrive une grande partie de ces personnes, le gouvernement Boric a finalement déployé des militaires le long de la frontière pour limiter les entrées. Et il vient de renvoyer à Caracas 115 migrants qui étaient bloqués à la frontière. Une action politique qui est en totale contradiction avec ses promesses électorales. De quoi froisser son électorat et se mettre à dos ceux qui l’ont soutenu en 2022. Ce qui a contribué à sa défaite pour l’assemblée constituante. 

Le Chili, le pays le plus stable et le plus riche d’Amérique latine n’en finit donc pas de connaître une instabilité politique née des émeutes de 2019. Le principal défi de la nouvelle assemblée constituante ne sera donc pas tant de proposer un nouveau texte, que d’apporter la paix et la concorde à un pays qui vit des passions extrêmes depuis près de quatre ans. 

Tags:
chiliÉlectionsPolitique
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