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Jacqueline de Decker, sœur spirituelle de Mère Teresa

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Shutterstock / travelwild

Un bidonville de Calcutta.

Aliénor Strentz - publié le 04/05/23

Le 5 mai 1913, il y a 110 ans, naissait Jacqueline de Decker. Inconnue du grand public, elle a pourtant joué un rôle décisif au sein des Missionnaires de la charité, au point que Mère Teresa la considérait comme sa "sœur" et son "alter ego". Portrait d’une femme lumineuse et inspirante pour les malades et personnes handicapées désirant devenir missionnaires.

Née dans la grande bourgeoisie catholique belge en 1913, Jacqueline de Decker vit une enfance heureuse et aisée, entourée de ses huit frères et sœurs, et de trois domestiques. Elle ressent très tôt l’appel à devenir missionnaire au service des plus pauvres. Pleine de détermination, elle poursuit de façon pragmatique son objectif en se formant à l’Université catholique de Louvain : elle y obtient des diplômes d’infirmière tropicale et d’assistante sociale.

La Seconde Guerre mondiale retarde l’accomplissement de son rêve. Elle s’enrôle dans une équipe de la Croix-Rouge et participe activement à la Résistance belge. Elle se dépense sans compter au service des victimes des bombardements allemands et des soldats britanniques évadés qui cherchent à retourner en Angleterre. La guerre finie, elle délivre et soigne les rescapés des camps de concentration nazis de Belsen et Buchenwald. En 1946, elle reçoit sept médailles de guerre… et n’oublie pas pour autant son plus grand désir : se rendre en Inde sitôt la guerre finie.

L’écroulement d’un rêve

La Providence aidant, Jacqueline apprend que l’évêque de Madras réclame l’aide d’une infirmière pour créer un centre médico-social. Soutenue d’un point de vue moral et financier dans ce projet par son père spirituel jésuite, elle part avec enthousiasme en Inde… mais à peine débarquée à Bombay, elle reçoit un télégramme lui annonçant la mort de son père spirituel. Elle doit donc renoncer à la création du centre médico-social. Malgré la précarité dans laquelle elle se trouve, elle choisit de rester en Inde. Elle y mène pendant deux ans une vie itinérante à travers tout le pays. Vêtue d’un sari traditionnel, elle parcourt les villages où elle apporte son expérience d’infirmière et d’assistante sociale.

Jacqueline pressent qu’elle a trouvé là son idéal de vie, mais elle souhaiterait le partager avec d’autres compagnes. Un père jésuite lui parle alors d’une jeune religieuse de Calcutta, Sœur Teresa, qui, comme elle, consacre sa vie au service du peuple indien, et tout spécialement des plus démunis. Jacqueline se sent appelée à rejoindre cette sœur. Elle rencontre Sœur Teresa en 1948. Toutes deux découvrent avec enthousiasme qu’elles partagent le même idéal, et décident d’unir leurs forces pour fonder une nouvelle communauté de sœurs.

C’est alors que Jacqueline est rattrapée par ses lourds problèmes de santé, apparus dès l’âge de 17 ans. Elle repart urgemment en Belgique pour se faire soigner. Sur le bateau du retour, elle a un affreux pressentiment qu’elle ne pourra plus jamais retourner en Inde. Assaillie par le doute et l’intime conviction que sa vie n’a plus aucun sens, elle songe plusieurs fois à se jeter par-dessus bord.

L’espoir revient… avec une lettre

Jacqueline arrive totalement désespérée à Anvers. Ses craintes s’avèrent justifiées puisqu’elle reçoit un diagnostic qui va changer son destin à tout jamais : celui d’une maladie rare de la colonne vertébrale. Elle subit quinze greffes qu’elle vit comme un véritable supplice, d’autant plus inutile que les chirurgiens ne parviennent pas à éviter le pire. Elle restera en effet handicapée tout le restant de sa vie, emprisonnée dans le carcan d’un corset de plâtre.

Pleine de vitalité et d’énergie jusqu’à présent, Jacqueline ne parvient pas à donner sens à cette épreuve. Elle traverse une longue nuit spirituelle, se sentant rejetée de Dieu. Elle écrit à son amie de Calcutta une lettre d’adieu déchirante : “Mon rêve de vous rejoindre et de revenir en Inde vient de s’éteindre.” Teresa croit encore à la possible guérison de son amie et l’encourage à persévérer dans la prière et l’espérance. Toutefois, au fil des mois, elle doit se rendre à l’évidence : Jacqueline restera handicapée à vie et ne pourra accomplir son rêve de devenir missionnaire en Inde.

Celle qui est devenue entre-temps “Mère Teresa” a alors une inspiration de génie, ou plutôt de l’Esprit Saint. En 1952, elle écrit une lettre à Jacqueline de Decker qui va littéralement bouleverser sa vie : “Aujourd’hui, je voudrais te dire quelque chose qui, j’en suis sûre, t’apportera beaucoup de joie. Tu as eu dans ton cœur le désir profond de devenir missionnaire. Pourquoi ne t’unirais-tu pas spirituellement à notre communauté que tu aimes tant ? Pendant que nous travaillerons dans les taudis, tu partageras nos mérites, nos prières et notre travail par ta souffrance et tes prières. La tâche est immense et j’ai besoin autant d’ouvriers que d’âmes telles que toi qui prient et offrent leur souffrance pour l’œuvre. Acceptes-tu d’être ma sœur spirituelle et de devenir une missionnaire de la Charité, de corps en Belgique, mais d’âme en Inde et partout dans le monde où il y a des âmes qui guettent l’amour de Dieu ?”

Une chaîne d’amour

La missive de Mère Teresa change radicalement le destin de Jacqueline de Decker. Mère Teresa lui affirme qu’elle a besoin d’elle, et que ses souffrances et ses prières offertes avec amour à Dieu fécondent son action… à Calcutta. Jacqueline retrouve aussitôt un sens à sa vie en découvrant une valeur positive à ses souffrances et à son handicap. 

Elle va pouvoir enfin réaliser son grand rêve d’être une missionnaire, mais dans une perspective toute autre que celle très active et affairée qu’elle avait envisagée. Elle accepte ce jumelage spirituel et répond avec foi à la missive de Mère Teresa : “La souffrance unie à la passion du Christ devient un don précieux. Je ne cherche pas d’explication à ma souffrance. Je lui ai trouvé un sens.” Elle devient ainsi la sœur spirituelle de Mère Teresa, offrant jour après jour ses souffrances et ses prières afin d’accompagner Teresa dans son travail quotidien en Inde.

Dès lors, Jacqueline retrouve toute son énergie et souhaite partager son nouvel idéal de vie au plus grand nombre. Mère Teresa l’encourage à poursuivre cette étonnante “chaîne d’amour” entre des personnes handicapées ou malades incurables, et les sœurs missionnaires de la Charité qui œuvrent du matin au soir dans les léproseries, les dispensaires, les orphelinats et les mouroirs créés par Mère Teresa à travers le monde. Pendant quarante ans, Jacqueline poursuivra sans relâche cette tâche immense de jumelage spirituel jusqu’à sa mort en 2009. Ainsi naît une nouvelle branche des Missionnaires de la Charité, les coopérateurs malades et souffrants, que Mère Teresa qualifie de “véritable centrale d’énergie spirituelle” de la congrégation. 

La vie de Jacqueline de Decker est un magnifique témoignage de la Miséricorde de Dieu et de ses desseins insondables. Comme Thérèse de Lisieux qui n’a jamais quitté son couvent, Jacqueline a expérimenté qu’il n’est pas besoin de partir au bout du monde ni d’avoir une santé de fer pour devenir missionnaire. Au soir de cette vie, nous révèle Saint Jean de la Croix, nous ne serons pas jugés sur la multitude ou le caractère prodigieux de nos actions, mais uniquement sur l’Amour.

Aliénor Strentz est fondatrice du blog “Chrétiens heureux” et Missionnaire de l’Immaculée Père Kolbe. Elle est aussi docteur en ethnomusicologie et formatrice pour adultes.

Tags:
Mère Teresa
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