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Gautier de Pontoise, l’abbé condamné aux premiers rôles

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LEEMAGE VIA AFP

Gautier de Pontoise

Anne Bernet - publié le 08/04/23

Érudit et pieux, Gautier ne manquait pas de caractère : il avait tout pour être l’abbé de son monastère, mais il fuyait les premiers rôles. Au point que la Sainte Vierge dut le remettre à sa place. Il est fêté le 8 ou le 9 avril.

“L’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau”, dit l’évangile (Mt 5, 15). Cette évidence, les saints la vivent parfois mal, car ils se regardent plus souvent comme un puits de ténèbres que comme un phare… Mis malgré lui à la première place, Gautier, abbé de Pontoise, ne cessera d’essayer de la fuir. Jusqu’à mettre en colère la Sainte Vierge elle-même, ce qui, en principe, ne va pas de soi ! On dit que, exaspéré des réticences de l’évêque Aubert de Coutances, l’archange Michel, venu par trois fois lui demander de construire en son honneur un sanctuaire sur le Mont Tombe, a fini par lui percer le crâne de son index furibond. Les proches de sainte Françoise Romaine ont témoigné, ébahis, avoir — un soir que, distraite, elle laissait dire du mal de quelqu’un dans son salon — entendu claquer une gifle magistrale administrée par l’invisible main de son ange gardien, et constaté, sur sa joue, la marque bien visible de ce soufflet. Il est vrai que le monde angélique peut se montrer parfois un peu brutal avec ceux qui ne lui obéissent pas… Il est beaucoup plus singulier, en revanche, de recevoir une claque assenée par la main maternelle de Notre-Dame ! C’est pourtant, semble-t-il, ce qui est arrivé à Gautier.

Encombrant abbatiat

Nous sommes vers 1092 à l’abbaye de Pontoise dont Gautier est, depuis plus de vingt ans, abbé. À son corps défendant. Né dans les premières décennies du XIe siècle à Andainville en Picardie, Gautier, au terme de très brillantes études universitaires qui l’ont conduit, à travers l’Europe, à recevoir l’enseignement des meilleurs professeurs, est devenu lui-même maître en philosophie et rhétorique, attirant à son tour l’élite estudiantine et brillant parmi les intellectuels de son temps. Il a passé la quarantaine lorsqu’il s’avise que cette vie facile, confortable, et les honneurs qui l’accompagnent sont contraires aux voies évangéliques et à son salut. Il quitte tout, se retire dans une abbaye de la Brie, s’y impose les pires pénitences afin d’expier ses fautes, s’attirant sans le vouloir une nouvelle réputation, de sainteté cette fois. Cela lui vaut, lorsqu’ en 1069 une abbaye est fondée à Pontoise, d’être choisi pour l’abbatiat. Gautier, confus, refuse à plusieurs reprises puis cède enfin, sous la pression conjointe des moines et des bienfaiteurs, parmi lesquels se trouve le roi de France, Philippe Ier.

N’est-ce pas, d’ailleurs, l’une des raisons qui, outre l’humilité, l’ont poussé à refuser la charge ? En effet, Philippe n’est pas au mieux avec l’Église. Il dispute au pape le droit de nommer évêques et abbés, tolère la simonie, l’une des plaies du clergé de son temps, et le nicolaïsme, le fait pour un prêtre de vivre en concubinage, seconde plaie de l’époque. Enfin, il a été excommunié pour avoir renvoyé sa femme légitime afin d’épouser, avec la complicité d’évêques prévaricateurs, la comtesse d’Anjou, la merveilleusement belle Bertrade de Montfort qu’il a ravie à son mari… 

Il s’enfuit derechef

Dans ces conditions, l’on comprend que Gautier regimbe à accepter un abbatiat conféré par ce roi bien peu catholique. Il va se tirer de l’affaire avec une habileté prouvant sa grande intelligence, et sa pieuse audace. Lorsque Philippe, selon l’usage, lui remet la crosse abbatiale, Gautier, au lieu de s’en saisir en plaçant sa main sous celle du roi, la prend en la plaçant au-dessus et déclare à haute et intelligible voix : “C’est de Dieu, non de vous, Sire, que je reçois le gouvernement de cette maison.” Ce ne sera pas l’unique occasion où il osera rappeler le souverain à ses devoirs puisqu’il lui reprochera publiquement de trafiquer des choses saintes ou d’entendre la messe d’un prêtre concubinaire.

Abbé de Pontoise, Gautier ne se sent pas à sa place. Il a retrouvé dans le cloître les honneurs et la notoriété qu’il a fuis dans le monde. Comment, dans ces conditions, faire son salut ? En 1072, il s’enfuit et trouve refuge à Cluny, où ses moines vont le récupérer. Il s’enfuit derechef, se cache sur une île de la Loire, où sa piété et ses miracles attirent bientôt les foules. Un pèlerin le reconnaît et le dénonce ; ses moines viennent le reprendre. En 1075, il se rend à Rome, se jette aux pieds du pape et le supplie de le délivrer de cet abbatiat qui l’écrase. Grégoire VII, loin de l’exaucer, lui déclare que, s’il s’obstine à se dérober aux volontés de Dieu sur lui, il le frappera d’anathème. Ne reste à Gautier qu’à se soumettre et regagner Pontoise tout piteux. Il assumera son rôle jusqu’à sa mort mais continue à s’en estimer indigne.

La gifle de la Vierge

Aussi, lorsque la Sainte Vierge lui apparaît, une nuit de 1092, et lui demande de fonder en son honneur un monastère de femmes à Bertaucourt, Gautier, considérant imméritée une telle faveur et n’ayant aucune preuve qu’il n’est pas le jouet de son imagination, voire d’une diablerie, ne bronche pas. D’ailleurs, il ignore où peut se trouver Bertaucourt. Peu après, Notre-Dame revient et lui donne une gifle dont la marque restera plusieurs jours bien visible sur sa joue… Ainsi saura-t-il qu’il n’a pas rêvé.

À L’Île-Bouchard, en 1947, Marie, comme preuve de son passage, laissera sur la main des fillettes la trace dorée du baiser qu’elle leur a donné. Il est vrai que les petites voyantes ont moins regimbé à lui obéir. Faut-il s’étonner d’une brutalité inattendue de la part de notre Mère céleste ? Peut-être, et l’on n’est pas obligé de croire à cette gifle mariale. Reste que la leçon donnée à Gautier est claire : un excès d’humilité peut devenir excès d’orgueil. On n’y reprendra point l’abbé. Il partira pour Bertaucourt sans en connaître le chemin, et la Providence le lui fera trouver. C’est ainsi que l’on arrive au Ciel, pas autrement.

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