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Et si l’âne des Rameaux nous racontait la Semaine sainte ?

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Agnès Pinard Legry - publié le 01/04/23

Alors que les fidèles s’apprêtent à entrer dans la Semaine sainte avec foi et espérance, c’est un livre pour le moins insolite que viennent de publier les éditions du Cerf. "Moi, l’âne de Jérusalem" d’Élisabeth de Lambilly, propose de revivre les événements du dimanche des Rameaux à la Semaine sainte à travers le regard de l’âne qui porta le Christ lors de son entrée dans Jérusalem.

Chaque année, c’est la même chose. À la fin du carême, les fidèles entendent à la messe l’évangile des Rameaux et la Passion du Seigneur. Ils réécoutent les douloureux derniers instants de Jésus sur Terre et les épreuves qu’il a subi pour le salut de l’humanité. Puis vient Pâquesla résurrection, le soulagement et la victoire de la Vie sur les ténèbres. Les enseignements à tirer de ces événements sont inépuisables. Mais le récit est connu. Et si, cette année, vous le reviviez sous un prisme nouveau ? C’est en tout cas ce que propose Élisabeth de Lambilly dans son dernier ouvrage. Moi, l’âne de Jérusalem n’est autre qu’un récit des derniers jours de Jésus sur Terre, mais du point de vue de l’âne sur lequel il est entré dans Jérusalem.

“Dès qu’il est monté sur mon dos, j’ai senti que cet homme n’était pas ordinaire. Une grâce particulière, mélange de sérénité et de gravité, émanait de lui”, raconte ainsi l’âne. “Quelle fierté pour moi de porter un monarque ! Je me voyais déjà vivre dans son palais, choyé, promis à un destin exceptionnel. Hélas, je me trompais. Je n’étais pas le seul. Aveuglés par nos rêves de gloire, nous n’avions rien compris. Ce Rabbi n’était pas un roi comme les autres.” C’est ainsi que le lecteur est plongé dans la liesse de l’entrée de Jésus dans Jérusalem, dans cette foule qui acclame Jésus porté sur son âne.

Un fidèle compagnon qui l’a accompagné chaque jour dans les plus petites choses du quotidien, partageant la vie des disciples de Jésus. “J’étais heureux. J’avais de quoi être confiant en l’avenir”, lit-on :

Visiblement, le Rabbi ne comptait pas m’abrutir de charges et de travail. Quand il allait vers moi, ce n’était pas pour me donner un ordre ou m’assigner une tâche. Il me caressait et s’arrêtait un instant, sans dire un mot. Il était alors si présent que, à plusieurs reprises, j’eus l’idée incongrue qu’il inversait les rôles et que c’était lui qui, pour moi, se rendait disponible.

Mais rapidement l’âne, parce qu’il est précisément un âne et que personne ne se méfie de lui, entend les messes basses et les complots qui commencent à enfler pour faire tomber Jésus. Il décide alors de ne plus quitter Jésus d’une semelle. Mais un soir, alors que Jésus et ses amis sont rassemblés pour partager un repas ensemble, l’âne, demeuré dehors dans l’obscurité, a un pressentiment. “Nous autres animaux ne sommes pas doués de parole, mais nous possédons un sixième sens.” Et de reprendre : “Je sus ainsi qu’il se passait là-haut quelque chose de sombre, de douloureux. C’était comme si une chape de tristesse était tombée sur la maison et que, dans le même temps, elle enflait, s’étalait et me recouvrait tout entier.” Alors que le repas se termine, il distingue une silhouette qui sort de la maison : Judas. Croyant que ce dernier allait faire un malaise, l’âne s’approche pour lui venir en aide. Mais au lieu d’une caresse, c’est un grand coup que Judas lui donne. Plongeant alors son regard dans le sien, ce qu’il y découvre l’effraie.

Et c’est ainsi que l’âne assiste, impuissant, aux tragiques événements qui vont suivire, de l’arrestation de son maître à sa flagellation en passant par le douloureux chemin de croix. Ne supportant pas la vue de la souffrance de son maître ployant sous le poids de la croix, l’âne a alors l’idée de trouver quelqu’un pour l’aider à la porter. “Le plus urgent à faire était de le libérer de ce morceau de bois impossible à transporter dans son état”, conte-t-il. “C’est alors que je remarquais un individu dont la taille était inhabituelle.” Parvenant à se faufiler jusqu’à lui, il l’attrapa par le bas de son manteau sans ménagement et le tira vers son maître. “Cherchant à reprendre son équilibre, il se cogna violemment dans un des soldats. Ce dernier se retourna puis, toisant celui qui l’avait bousculé, il eut une idée (c’était en fait la mienne) et il le somma d’aider Jésus à porter son fardeau.” Cet homme s’appelait Simon de Cyrène.

Des mots justes et simples

L’âne ne réussit néanmoins pas à empêcher le supplice ultime de son maître, sa mort sur une croix. Un passage que l’auteur décrit avec une grande émotion. Le choc est tel pour son fidèle compagnon que ce dernier s’évanouit. Ce n’est que plusieurs heures après, alors même que le corps de Jésus est déjà recouvert d’un linge, que l’âne reprend connaissance. “Il fallait bien admettre mon échec. Je mastiquais paresseusement quelques racines trouvées ça et là”, raconte encore l’âne. “J’avais cru démarrer une nouvelle vie facile, pleine de richesses et d’honneurs, mais c’était sans compter sur tous ces événements.”

Puis vient une nouvelle aube, un nouveau matin. Tandis que l’âne broute tranquillement l’herbe d’un pré, la journée s’écoule lentement, l’angoisse et le désarroi ne le lâchant pas. Là encore, l’auteur a trouvé les mots justes, les mots simples, pour décrire ce vide du Samedi saint, jour du silence de Dieu. Une nouvelle nuit se passe. Au petit matin pourtant, tout semble différent pour l’âne. “Au tapage qu’ils faisaient, les oiseaux semblaient s’être multipliés comme par miracle. Leur chant me perçait le crâne et me vrillait les tympans.” Se levant doucement, l’animal sent alors dans l’air une fraicheur inouïe, “une fragrance neuve inaltérée”. C’est alors qu’il réalise que l’entrée du tombeau est dégagée. Sentant la peur l’envahir et tous ses poils se dresser, l’âne recule et trouve Madeleine, adossée à la roche, le visage baigné de larmes et désespérée de savoir le corps de Jésus disparu.

Un homme alors approche. “À l’instant où il tourna vers moi son visage, je le vis”, raconte l’animal. “C’était lui, en chair et en os. Cependant, sans pouvoir l’expliquer, je percevais davantage. Quelque chose de nouveau et d’infini. Non seulement il existait, mais il était.” “Lorsqu’il m’effleura le dos, je sus sans la moindre hésitation que tout se tenait là, au creux de sa main.” Sur son dos, il traça deux lignes formant une croix. Une croix que l’âne, désormais au service de Madeleine, porte fièrement sur son dos et va transmettre en héritage à ses fils, et aux fils de ses fils qui, tous, “avancent à pas lents sur les chemins du monde”. Une semaine qui a radicalement changé l’histoire de l’humanité et qui nous est ici donnée de redécouvrir avec un regard neuf, celui de l’humble animal qui porta le Sauveur du monde.

Moi, l’âne de Jérusalem, d’Élisabeth de Lambilly, Éditions du Cerf, 156 pages, 15 euros, 9 mars 2023.

Tags:
AnimauxrameauxSemaine sainte
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