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Comment le “droit de mourir” disqualifie ceux qui refusent de donner la mort

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AMELIE-BENOIST / BSIP / BSIP via AFP

Unité de soins palliatifs.

Louis Daufresne - publié le 26/02/23

Le débat sur la légalisation de l’euthanasie se veut un débat démocratique sans limite sur une liberté sans limite, à condition de ne pas s’y opposer. En faisant de la liberté de mourir un droit, observe le journaliste Louis Daufresne, on impose une morale qui disqualifie l’opinion de ceux qui refusent de donner la mort.

“Liberté, que de crimes on commet en ton nom !”, s’écriait Madame Roland avant la guillotine. De ce mot que lui attribue Lamartine, tirons une leçon : gare à ceux qui se réclament de la liberté ; ils sont les plus prompts à la bafouer… L’homme sans scrupule la chérit comme Don Juan le fait de ses maîtresses : il s’en sert pour tromper les autres, Dieu et sa conscience. C’est le cache-sexe de son désir de toute-puissance.

“Votre idée du Bien”

La liberté est au cœur du débat sur la fin de vie. En son nom, tout un discours se déploie pour changer le cadre légal. Si depuis 2016, la loi dite Claeys-Leonetti autorise une “sédation profonde et continue”, il est toujours interdit de provoquer activement la mort ou de donner à un malade les moyens de le faire. Or “si ce geste-là [mourir, ndlr] n’est pas libre, aucun geste ne l’est”, estiment Raphaël Enthoven et Pierre Juston, respectivement philosophe et juriste de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Dans une tribune parue dans Le Figaro, ce duo répond à Erwan Le Morhedec, avocat et bénévole en soins palliatifs. À leurs yeux, “la liberté ne dépend pas des souhaits qu’elle met en œuvre” c’est-à-dire “du bon ou du mauvais usage qu’on en fait”. Elle “ne porte pas sur la nature de nos désirs, mais sur les droits dont nous disposons”.

Ce postulat relativiste s’oppose au bien commun. Ce principe serait-il un alibi inventé par l’Église pour continuer à influencer les décisions et les mœurs ? Car le bien, fût-il commun, sera toujours celui que certains imposent à tous, comme le notent Enthoven et Juston : “La différence, écrivent-ils, entre vous et nous n’est pas une différence entre la “culture de la mort” et la “défense de la vie”, c’est la différence entre le fait de se battre, comme nous, pour le choix de tous selon la conscience de chacun, et le fait de se battre, comme vous, pour que votre idée du Bien l’emporte sur la liberté des autres.” Tout est dans le “votre”. L’adjectif possessif commande un regard condescendant sur une institution mondiale qui “n’est plus désormais qu’une association civile et privée”. De quel droit l’Église et ses représentants se prendraient-ils pour des législateurs ? Cherchant à diviser, ils avancent que “la majorité [des chrétiens, ndlr] est aujourd’hui favorable à l’aide active à mourir” et affirment même qu’en ces instants, “bien des chrétiens, abjurant leur foi, deviennent soudain romains et passent à l’acte”. Bigre.

Un droit ou un devoir ?

Prenant du champ, Enthoven et Juston jurent que “le libre choix en matière de fin de vie est au même titre que le droit à l’IVG ou le mariage pour tous, un “combat laïque””. Rien de moins. Sous leur plume, les sujets de société prennent une dimension métaphysique, comme si après avoir tué le père, Dieu, il fallait tuer la mère. La rémanence de l’Église serait encore trop forte via les interdits venus de son anthropologie. Il est temps de déconstruire tout ça, au nom de la liberté. Ce refrain simpliste masque l’essentiel : “Acquérir un certain droit de mourir, c’est renoncer à un certain droit de vivre”, selon le philosophe Henri Hude.

Pour faire exister le nouveau droit, il faudra l’assortir de trois obligations : ne pas empêcher quelqu’un de se donner la mort, l’y aider, mais aussi qu’il se la donne en certaines circonstances. “Car si un acte jugé moral devient un droit, rien n’empêche qu’il puisse devenir un devoir.” Chez les Esquimaux, celui qui se jugeait bouche inutile sortait de l’igloo mourir doucement dans le froid. En Polynésie, il partait de lui-même en pirogue pour ne jamais revenir. En posant un droit, “l’État, ajoute Hude, validera au nom de tous […] un jugement de valeur”. Contrairement à ce que disent Enthoven et Juston, la liberté dépend de l’usage qu’on en fait, c’est-à-dire de la morale. Nul n’imagine que soit jamais posé “un droit à frauder le fisc, allumer des incendies ou capter les héritages”.

Démagogie populiste

L’homme se civilise toujours par les limites qu’il s’impose. Ces limites, y a-t-il besoin d’être catholique pour les percevoir et les respecter ? Nullement. Treize organisations de soignants viennent de sortir un document de 27 pages pour dire que “donner la mort ne peut être considéré comme un soin“. Le démarche ne se perd pas en circonvolutions ; elle scrute la question au scalpel, au fil notamment d’une grille de tâches médicales précises que les professionnels auront à intégrer si injonction légale devait rimer avec injection létale : “Constituer le dossier de demande” de mort médicalement assistée, “prescription” du produit, “recueil du consentement de la personne”, “mise en place du dispositif injectable”, “administration de la substance”, “suivi du patient jusqu’au décès” : aucune de ses étapes ne va de soi et quel métier accepterait sans maugréer de se voir ainsi transformé dans ses fondamentaux ?

Que valent par comparaison l’avis des 184 membres de la “convention citoyenne” réunie à la demande du président de la République ? Est-elle autre chose qu’un alibi destiné à écarter du débat le personnel compétent et récalcitrant ? À 67% des votants, cette convention s’est prononcée pour “la possibilité” de l’euthanasie pour les mineurs malades qui la demanderaient — et à 56% pour l’ouverture du suicide assisté à des enfants ou à des adolescents ! Ne va-t-on écouter que la préconisation de ces citoyens tirés au sort ? Ce ne serait que démagogie populiste.

Tags:
BioéthiqueEuthanasieFin de vie
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