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L’Arménie, abandonnée à cause du gaz ?

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Plateforme pétrolière près de Bakou, Azerbaïdjan.

Jean-Baptiste Noé - publié le 02/02/23

Mer intérieure fermée, la Caspienne regorge de gaz et de pétrole. À l’heure où l’Europe a fermé le robinet russe, ses gisements sont d’autant plus importants, ainsi que ses voies de transport. Est-ce la raison pour laquelle, se demande le géopoliticien Jean-Baptiste Noé, l’Union européenne se tait sur l’agression de l'Azerbaïdjan contre l'Arménie ?

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D’une superficie de près de 370.000 km2, la Caspienne borde cinq États et concentre une faune endémique du fait de ses particularités géographiques. Mer fermée, alimentée essentiellement par la Volga, elle fut longtemps un lac soviétique avant que l’explosion de l’URSS ne lui donne de nouveaux voisins. Ce sont ses esturgeons qui l’ont fait connaître, produisant un caviar dégusté sur les meilleures tables de Moscou et de Téhéran. Si son image d’Épinal demeure, elle prend aujourd’hui une nouvelle dimension avec la découverte et l’exploitation de ses immenses ressources d’hydrocarbures. 

Kachagan : le gisement des démesures

Situé tout au nord de la Caspienne, en territoire kazakh, ce gisement de la démesure est exploité depuis les années 1990. Bien que d’une très grande profondeur (près de 5000 mètres sous la mer), la faible profondeur de l’eau (4 mètres environ) rend impossible l’installation de plateformes classiques. À cela s’ajoute la très forte amplitude thermique, avec des températures pouvant osciller de –40C° l’hiver à +40C° l’été, ce qui met à mal les joints et les tuyaux. Néanmoins, selon les spécialistes, le gisement est très prometteur puisqu’il pourrait être le troisième gisement de gaz au monde. TotalEnergie et ENI s’y activent, dans un conglomérat qui réunit aussi BP et des compagnies chinoises et kazakhes. 

D’autres sites de production sont à l’étude, certains étant d’ores et déjà exploités. La Caspienne est un eldorado, qui a l’avantage d’être proche de l’Europe et facilement reliable à la Chine. La fermeture des vannes du gaz russe par les Occidentaux renforce l’attractivité de ces gisements. 

Où passer ? 

Mais comme toujours pour les hydrocarbures, la problématique est une rencontre entre des espaces et des points. L’espace, c’est la zone de production, les points, ce sont les lieux de consommation. Pour relier les deux, il faut des lignes, par bateaux ou par gazoducs, ce qui nécessite de passer par des territoires tiers. Impossible de transiter par l’Iran et la Russie, puisque les gouvernements sont sous sanctions européennes. Ne reste que l’Azerbaïdjan, dont Bakou est la principale ville de la Caspienne, tout en étant la capitale du pays. Une ville tout entière tournée vers les hydrocarbures : au début du XXe siècle, la région fournissait 50% du pétrole mondial. De cette époque révolue, il reste une cheminée de terre cuite et une cité historique qui est le siège de l’ancien caravansérail. 

Bakou rêve de régler au plus vite la question arménienne afin de finaliser ses projets de tube et ainsi renforcer sa position d’État gazier et pétrolier.

L’Azerbaïdjan étant la sortie inévitable des hydrocarbures de Caspienne, ceux-ci passent ensuite par la Turquie pour déboucher dans les Balkans ou en Méditerranée. La Caspienne étant fermée, ils ne peuvent être exportés que par tubes et non par bateaux. D’où l’enjeu majeur de la guerre et de la paix au Karabagh, car, d’une façon ou d’une autre, les tubes doivent passer par cette région ou bien à proximité immédiate. Bakou rêve de régler au plus vite la question arménienne afin de finaliser ses projets de tube et ainsi renforcer sa position d’État gazier et pétrolier. Quant à l’Union européenne, elle ferme les yeux sur le drame humanitaire en cours, signant dans le même temps des contrats d’achat de gaz à Bakou.  

BP en embuscade

L’entreprise britannique BP accentue sa présence dans la Caspienne. La compagnie a annoncé le forage de deux puits, dont l’un doit atteindre les 7000 mètres de profondeur, pour un investissement de plusieurs dizaines de millions de dollars et des travaux qui devraient durer au moins un an. Ces gisements renforceront la place de l’Azerbaïdjan comme hub gazier, notamment pour alimenter le sud de l’Europe, en attendant que les gisements de la Méditerranée orientale puissent offrir un mix énergétique complémentaire. Au moment où l’Europe souffre de pénuries et d’une inflation des prix énergétique, le gaz apparaît à beaucoup comme une solution d’avenir et la Caspienne comme la mer de toutes les promesses.

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AzerbaïdjanBien communmer
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