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Julien Maunoir, celui qui rêvait d’évangéliser les Indiens et réévangélisa les Bretons

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CC BY-SA 3.0

Père Julien Maunoir.

Anne Bernet - publié le 27/01/23

L’Église fête le 28 janvier le bienheureux Julien Maunoir, prêtre jésuite et missionnaire, qui réévangélisa la Bretagne au temps de Louis XIV et de la révolte des Bonnets rouges. Il ne se fit pas que des amis, mais fit de la Bretagne pour trois siècles un bastion catholique.

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Béatifié en 1951, Julien Maunoir est longtemps resté en Bretagne une figure controversée. Au défaut d’être, comme l’écrit son biographe, le chanoine Kerbiriou, « un Breton imparfait », autrement dit un natif de la partie francophone du duché, ce jésuite ajoute celui d’avoir, en 1675, lors de la révolte des Bonnets rouges, incité les paysans insurgés à faire leur soumission aux troupes de Louis XIV. Il n’empêche qu’à côté de ces « tares », Julien Maunoir aura prodigieusement œuvré pour ranimer en Bretagne bretonnante, un catholicisme qui, comme partout en France, n’en avait, souvent, plus que le nom.

Les guerres de succession de Bretagne, la Guerre de Cent ans, la peste, les guerres de religion ont ravagé un pays jadis riche et prospère, laissant des populations désemparées livrées spirituellement à elles-mêmes par un clergé dont l’ignorance est abyssale, les mœurs corrompues. Aux notions de catéchisme se mêlent erreurs, superstitions, croyances païennes jamais complètement éradiquées par l’Église qui, suivant les conseils de saint Grégoire le Grand, les a christianisées quand cela s’est avéré possible. La sorcellerie, sans qu’il soit toujours possible de bien comprendre ce qu’il faut mettre sous ce mot, du véritable satanisme aux troubles psychiatriques en passant par des réunions occultes dont les rituels démoniaques servent peut-être de couverture à des tentatives de déstabilisation de l’ordre établi, séduit beaucoup de gens. Dans un pays déchiré par l’interminable conflit, de plus en plus politisé, entre catholiques et réformés, les directives du concile de Trente, destinées à rendre à l’Église sa splendeur, sont inapplicables ; il faudra attendre Louis XIII pour qu’avec un demi-siècle de retard elles s’imposent en France.

Des missions itinérantes

L’une des premières mesures prises est l’institution de séminaires qui formeront des prêtres dignes de ce nom, pieux, vertueux et instruits ; puis s’impose l’idée, grâce à saint Vincent de Paul, d’envoyer ce nouveau clergé à l’assaut des villes et campagnes y porter la parole de Dieu. Les lazaristes de Monsieur Vincent sont bientôt relayés par nombres d’autres ordres. Les jésuites ne sont pas les derniers à s’atteler à la tâche, à partir des collèges disséminés aux quatre coins du pays. Celui que la Compagnie possède à Quimper scolarise, en 1626, presque mille élèves. C’est là que, cette même année, arrive un nouveau régent, un religieux en formation chargé d’encadrer les enfants, âgé de 20 ans. Il s’appelle Julien Maunoir.

Né dans une famille paysanne de Saint-Georges-de-Reintembault, près de Rennes, en Haute Bretagne francophone donc, Julien est entré l’année précédente chez les fils de saint Ignace avec une idée bien précise : partir au Canada évangéliser les Indiens, mission à hauts risques car, si certaines tribus accueillent le christianisme, d’autres haïssent les prêtres catholiques, « les robes noires », et, s’ils parviennent à s’emparer d’eux, les torturent à mort… C’est précisément l’appel du martyre qui fascine Maunoir. Le collège de Quimper ne saurait être, croit-il, qu’une étape avant le grand départ. Dieu a cependant pour lui d’autres projets.

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Peinture de Yan’ Dargent sur le missionnaire breton Julien Maunoir, cathédrale Saint-Corentin (Quimper).

À peine arrivé en Cornouaille, Julien reçoit une visite déconcertante, celle d’une des grandes figures de la Compagnie, le père Michel Le Nobletz, héritier d’une vieille famille noble du Trégor, qui, depuis des décennies, œuvre, seul, à une nouvelle évangélisation de la Basse Bretagne, celle où le français n’est parlé que par les élites. Pour ce faire, le père Le Nobletz utilise, dans ses instructions, de grands tableaux représentants péchés capitaux, vices, vertus, paradis, purgatoire et enfer, de façon impressionnante, destinée à marquer les esprits. Il sonne une clochette, devenue emblématique, qui appelle à ses missions. Installé, pour trois semaines dans une paroisse, car il ne faut pas créer de liens ou d’habitudes, le prêtre itinérant enseigne le catéchisme, oublié, voire jamais enseigné, prêche, confesse et termine par une procession magnifique au cours de laquelle les assistants renouvellent les vœux de leur baptême, adhèrent à une confrérie, souvent celle du Rosaire car la piété mariale est un socle solide, puis assistent à une grand-messe et communient.

Apprendre le breton

Tout cela est d’autant plus épuisant que Le Nobletz est seul, en mauvaise santé, vieillissant et qu’il ne voit pas venir le successeur qu’il supplie le Ciel de lui envoyer pour ne pas abandonner son pauvre peuple. Or, une nuit, il a la révélation que celui qu’il attend se trouve au collège de Quimper, et qu’il s’agit du dernier arrivé. Julien Maunoir, car c’est lui, est pour le moins surpris mais la réputation du père Le Nobletz est telle qu’il prend la chose au sérieux. Préférant s’en remettre au Ciel de l’éclairer, il se rend en pèlerinage à la chapelle de Ti Mam Doué, « la Maison de la Mère de Dieu » où il a la révélation que sa place est en Bretagne, nulle part ailleurs et qu’il y sera « confesseur et missionnaire. »

Il y a à cet avenir un obstacle d’importance : Julien ne sait pas un mot de breton, et, quand il demande à ses supérieurs la permission de l’étudier, on lui répond que cette langue est très difficile, d’autant qu’il existe divers dialectes, et qu’il lui faudrait des années avant d’en maîtriser les rudiments. Comme ce n’est pas d’un refus à proprement parler, Maunoir commence son apprentissage. On ne lui a pas menti : les langues celtiques sont ardues, ses efforts vains. Il pose alors au Ciel une condition : si son apostolat est d’évangéliser Trégor, Léon, Cornouaille et Vannetais, que lui soit accordé d’en parler la langue ! En moins de cinq semaines, Maunoir possède assez le breton pour prêcher et catéchiser, prodige qui ne saurait être naturel mais qui n’impressionne pas assez ses supérieurs pour ne pas l’expédier loin de Bretagne. Au cours des cinq années qui suivent, le novice passe au collège de Tours, puis à ceux de Bourges, Nevers et enfin Rouen. Tout semble vouloir contrarier ses projets : l’éloignement, une maladie très grave qui doit le condamner mais dont il guérit miraculeusement. Lui ne doute pas de revoir la Bretagne ; d’ailleurs, il fait un rêve où il se voit portant sur son dos un paysan cornouaillais, reconnaissable à son bonnet rouge, qu’il mène vers le Ciel.

De nombreux moissonneurs

En 1631, ordonné prêtre, Maunoir retourne à Quimper et se met à la prédication itinérante, avant, à partir de 1640, de s’y donner tout entier et définitivement. Les débuts, autour de Douarnenez, sont difficiles mais il s’accroche, offre ses peines, fatigues, insultes et menaces pour le salut des âmes et s’impose bientôt comme « un missionnaire céleste ». Il ne s’attribue pas le mérite de sa réussite. Pour lui, le succès vient de Dieu, de Notre-Dame, de saint Corentin, des âmes du Purgatoire, généreuses envers ceux qui prient pour leur délivrance, mais aussi de deux stigmatisées persécutées par les hommes et par le démon, Marie-Amicie Le Picard et Catherine Daniélou, dont Maunoir se fait le défenseur contre ceux qui les soupçonnent de mensonge ou de possession, et qui offrent, pour le succès de ses missions, les effrayants tourments qu’elles endurent.

Si Le Nobletz a travaillé seul toute sa vie, Maunoir comprend la nécessité de rassembler de nombreux moissonneurs.

Si Le Nobletz a travaillé seul toute sa vie, Maunoir comprend la nécessité de rassembler de nombreux moissonneurs. Lors de la mission de Saint-Elouarn, en 1646, il obtient le renfort d’autres jésuites, les pères Thomas, Huby, Rigoleuc, qui sera l’initiateur, dans les cathédrales de Quimper et Vannes d’une pratique qui gagnera la catholicité entière, l’adoration eucharistique perpétuelle, puis convainc des recteurs de la région, et quelques gentilshommes veufs qu’il conduira au sacerdoce, de se mettre à son école. Il crée le séminaire de Plouguernevel, d’où sortiront des centaines de missionnaires. En 1673, les compagnons de Maunoir se comptent 300.

La révolte des Bonnets rouges

C’est alors qu’intervient, en 1675, la révolte des Bonnets rouges, provoquée par l’instauration d’un impôt sur le papier timbré et le tabac, qui cristallise les  mécontentements et qui, partie du Poher, gagne tout le duché et s’accompagne de violences contre la noblesse, accusée de pactiser avec le pouvoir royal sur le dos des paysans. Certains seigneurs sont massacrés avec leur famille, brûlés vifs dans leur château, leurs femmes et leurs filles violées. Devant cette flambée de violence, Louis XIV réagit avec une brutalité qui se veut exemplaire. L’ordre doit être ramené sans pitié. Les insurgés seront envoyés à la potence, ou, dans le meilleur des cas, aux galères à Brest, les clochers du pays bigouden abattus pour rabaisser l’orgueil breton, une partie de la population rennaise expulsée de chez elle avec interdiction à quiconque de secourir ou loger ces malheureux. Maunoir, qui a assisté, désolé, aux exactions, assiste maintenant, horrifié, aux représailles de la soldatesque, tente de s’entremettre, de négocier, pour les insurgés qui rendront spontanément les armes, une amnistie qu’on lui laisse miroiter mais qui ne sera jamais accordée… Si Maunoir n’a pu obtenir la grâce des Bonnets rouges, il obtient la permission de les accompagner à la mort et de les aider à finir chrétiennement. Il se félicitera d’avoir sauvé bien des âmes que l’enfer menaçait.

Un bastion irréductible

Malgré cette expérience tragique, il poursuit son œuvre missionnaire, trouve le temps, comme le fera quelques années plus tard l’un de ses continuateurs, Louis-Marie Grignion de Montfort, de rédiger un recueil de cantiques en breton, longtemps très populaire, de composer plusieurs ouvrages sur la Passion et les grands mystères de la foi, de se faire le biographe du père Le Nobletz, de Catherine Daniélou et de Marie-Amicie Le Picard, et de tenir, scrupuleusement, en latin, son Journal de Missions. Fin 1682, alors qu’il prêche en plein hiver une mission aux alentours de Plévin, il prend froid. Ce rhume devient pleurésie. Maunoir s’éteint le 28 janvier 1683. Critiqué pour ses initiatives politiques maladroites, moqué pour sa croyance au diable et ses méthodes, Maunoir aura cependant réussi à refaire pour presque trois siècles de la Bretagne un bastion irréductible du catholicisme.

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BretagneÉvangélisation
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