Dans la vie d’Emilio, âgé désormais de 64 ans, il y a un avant et un après. Au centre, un évènement tout bête et pourtant gravissime, à l’approche de la quarantaine : un ballon reçu en pleine tempe sur un terrain de football qui lui a valu 23 jours de coma, un mois d’hospitalisation et de lourdes séquelles. "Ce coup du sort m’a dévasté, admet-il, une pointe d’émotion dans la voix : à la fois joueur et entraineur, j’allais au foot pour m’amuser. J’étais fort, vigoureux et voilà que je me retrouvais très diminué, obligé de marcher avec une canne jusqu’à la fin de mes jours. J’en éprouvais de la honte, et beaucoup d’amertume."
Emilio a pourtant été élevé dans une famille où s’apitoyer sur son sort n’était pas de mise : fils d’immigrés espagnols qui ne rechignent pas à la tâche, il grandit dans la Marne, près du lac de Der. Influencé par son père bûcheron, il décroche un CAP de menuisier à 16 ans, trime dur jusqu’à 18 ans en abattant et débitant à son tour des arbres, s’y épuise, bifurque vers la pose de clôtures et bâtisses… Devient enfin à 22 ans ouvrier forestier pour l’Office national des forêts de Sologne. Il y fera toute sa carrière.












