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Lettre à la journaliste Fanny Cheyrou

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Facebook / Fanny Cheyrou

Raphaëlle Coquebert - publié le 21/01/23

Le 22 octobre dernier, la journaliste catholique Fanny Cheyrou, très en vue au sein du groupe Bayard, succombait à un cancer. Elle avait 32 ans, et une petite fille de 1 an. Notre collaboratrice, Raphaëlle Coquebert, lui rend hommage.

L’annonce de ta mort, Fanny, c’était à peine croyable. Toi la fille solaire entre toutes, qui débordait de vie, de fougue, d’enthousiasme, de projets, toi dont la chaleur était si communicative et entraînante, toi dont la foi ardente déplaçait les montagnes, tu ne pouvais pas avoir rendu ton dernier souffle ! 

Par la noblesse de tes traits, tes formes généreuses et ton appétit de vivre, tu me faisais songer aux déesse-mères de l’Antiquité, telles qu’on en voit dans les musées : ne sont-elles pas immortelles, ces déesses porteuses de vie ?

Ton enthousiasme et ta capacité d’émerveillement étaient sans bornes, à la mesure de ton indignation devant tout ce qui bafoue l’humain.

Avec toi, le journalisme catholique perd une de ses figures les plus prometteuses. Tu adorais ton métier, parce que tu étais une amoureuse des mots. Et parce que tu étais avide de rencontres, de voyages, de lectures. Ton enthousiasme et ta capacité d’émerveillement étaient sans bornes, à la mesure de ton indignation devant tout ce qui bafoue l’humain. Parce que tu croyais en un Dieu humble et tout proche, n’ayant pas craint de se mettre à hauteur d’homme, tu ne supportais pas que l’on méprise les petits, les pauvres de cœur, les pauvres de biens, les déshérités : personnes handicapées, sans-abris, migrants, victimes de guerres ou de malnutrition, malades, personnes âgées esseulées… Tu voulais te tenir à leurs côtés, lutter pour eux et avec eux, te faire leur porte-voix. C’est aussi pour ça que tu avais choisi ce métier, qui t’a menée aux quatre coins du globe, car tu voulais être sur le terrain, et non te contenter de compiler des infos derrière un écran.

Entière et déterminée, tu n’as pas traîné pour te faire une place dans le milieu si convoité du journalisme : tu fais tes armes au sein du journal numérique de Nouvelle-Aquitaine Aqui !, puis tu prends le large, évidemment ! Tu mets tes talents au service de la BBC Afrique, à Dakar et au service de l’Église, à Radio Vatican. Enfin, en juin 2014, tu rejoins le groupe de presse Bayard, qui allait devenir comme ta maison : après un passage au quotidien La Croix, tu intègres l’équipe du mensuel Panorama en 2015 et en deviens rédactrice en chef en 2018. Pas mal pour une jeune femme qui n’a pas soufflé ses 30 bougies.

C’est dans ce cadre que nous nous sommes rencontrées : pigiste pour différents titres cathos — entre autres — , j’ai découvert Panorama au sein du monastère des dominicaines de Langeac, où j’étais partie quelques jours faire le plein de vitamines spirituelles. C’est par tes articles que je t’ai connue et j’ai eu immédiatement envie de faire partie de ton équipe : je t’ai écrit, sans souci des conventions, ni CV tiré à quatre épingles… et tu as dû flairer, avec ton intuition très sûre, que nous accrocherions tout de suite. 

Je me souviens comme d’hier de notre rencontre, en février 2019, dans un café de la rue Montmartre : nous avons échangé à cœurs ouverts pendant trois ou quatre heures, à l’issue desquelles tu m’as proposé de me confier une rubrique de Panorama, deux pages sur une personnalité dont la foi est bien ancrée, mais inattendue. Je n’en revenais pas de tant de confiance, et je t’ai remerciée, deux ans après, de m’avoir offert ma plus belle opportunité professionnelle, poussée dans mes retranchements, confortée dans mon choix d’embrasser ce métier. « Fais toi confiance surtout » m’encourageais-tu. Le soir du réveillon 2019, à une amie qui m’interrogeait sur la rencontre la plus marquante de mon année, je répondais « Fanny Cheyrou ».

Je n’ai rien su de tes vertiges intérieurs pendant ces longs mois de combat, de souffrance et de renoncements, rien su de tes errements sur le fil du rasoir, mais je devine que tu t’es aussi appuyée sur cette foi pour tenir.

Tu m’as emmenée dans ton monde —  qui n’était pas le mien —  et je te dois d’avoir fait quelques belles découvertes : par exemple le déroutant Alexandre Romanes, poète ami de Christian Bobin et fondateur du seul cirque tzigane d’Europe : j’ai été frappée par sa foi vive et son aversion pour les écrans « qui sont en train de tuer le monde ». Nous avions ri ensemble du franc-parler désarmant de sa femme, Délia, gitane haute en couleur, qui m’appelait « Rrrrraphaëlle ». Tu m’as fait connaître l’univers rugueux et suintant de poésie de l’écrivain islandais Stefánsson, que tu dépeignais comme « pétri de spiritualité ». Tu adorais ses pages sur un vieux couple ayant résisté à toutes les tempêtes dans D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds (2015). Il n’est pas impossible que tu y aies songé, le jour de ton mariage… Tu m’as conduit à lire Balzac et la Petite Tailleuse chinoise de Dai Sijie, romancier chinois réfugié en France : une condamnation sans appel de la dictature maoïste, hymne à la littérature et à la culture françaises. Tu avais rencontré son auteur, un apôtre du pardon mû par sa foi chrétienne ; foi héritée de son grand-père, pasteur protestant persécuté par le régime. 

Quand tu es devenue en 2019 chef de rubrique pour La Croix L’Hebdo, notre collaboration professionnelle a pris fin, mais n’a pas sonné le glas de notre « super belle entente », pour reprendre tes propres termes. Nous avons continué à échanger par des « bulles sonores », — comprenez des messages Whatsapp — , tu avais le don d’enchanter le quotidien par des formules biens à toi, teintées de poésie. Pourtant, je n’ai rien su de ta maladie, des assauts acharnés que tu as, j’en suis sûre, mené contre elle, comme une lionne décidée à lutter. Tu me disais que ta foi avait éclairé les longs et arides mois de confinement et qu’il était toujours fécond d’être poussé dans ses limites parce que « là, beaucoup de choses se révèlent ». Je n’ai rien su de tes vertiges intérieurs pendant ces longs mois de combat, de souffrance et de renoncements, rien su de tes errements sur le fil du rasoir, mais je devine que tu t’es aussi appuyée sur cette foi pour tenir. Que tu es allée puiser chez les deux Thérèse : en te battant avec la fougue et l’entêtement de la grande tout en t’inspirant de la docilité confiante de la petite pour te remettre entre Ses mains. J’aime à penser que tu t’es replongée dans le carnet de bord d’une écrivaine que tu goûtais, Christiane Singer, elle-même emportée par un cancer, Derniers fragments d’un long voyage (2007).

Tu vas nous manquer, Fanny, mais tu nous as tant donné déjà ! 

À tous, ceux qui t’aimaient et ceux qui ne te connaissent pas, tu laisses une belle empreinte : ton livre Ils sont infirmiers de campagne (2020), un court récit alerte et pétri d’humanité — à ton image —  sur deux soignants que tu as suivis une année durant dans le village de ton enfance, Saint-Perdon (Landes) : le protagoniste, Ludo, un quadra basque au caractère bien trempé, est un peu comme ton frère de sang.  Convaincu que l’on doit prendre soin de la vie que « le Bon Dieu nous a mise entre les mains », et que « chaque vie est exceptionnelle », il se donne sans compter à ses patients. Inquiet de la déshumanisation de la médecine, il voit chaque soin comme « un cadeau fait à quelqu’un ». « Il croit aussi, assures-tu, que c’est le sacrifice qui noue les hommes entre eux, le don de chacun à plus vaste que soi. Il fait ce pari ». Ce pari, c’était le tien et il résume ta trop courte vie. Tu vas nous manquer, Fanny, mais tu nous as tant donné déjà ! 

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