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Benoît XVI et la déraison de la polémique de Ratisbonne

DISCOURS-DE-RATISBONNE-BENOIT-XVI

MATTHIAS SCHRADER / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

Discours de Benoît XVI à Ratisbonne, le 12 septembre 2006.

Denis Lensel - publié le 16/01/23

Le discours de Ratisbonne, prononcé en Allemagne en 2006, reste comme l’un des principaux points de discorde entre Benoît XVI et les médias. Alors que le Pape développait devant des scientifiques sa vision du lien entre "foi, raison et université", la déformation médiatique d’une remarque secondaire au sujet de l’islam provoqua un tollé international hors de propos.

Dans un exposé très équilibré sur les rapports entre foi et raison devant des scientifiques allemands le 12 septembre 2006, Benoît XVI admettait l’importance d’un élargissement du domaine de la raison à la mesure des progrès de la science, mais pour montrer la nécessité d’éviter une « exclusion du divin hors de l’universalité de la raison ». En lançant cette mise en garde à l’Université de Ratisbonne où il avait enseigné auparavant comme professeur de théologie, après l’Université de Tübingen, Benoît XVI ne croyait pas si bien dire… 

Violence et religion

Pour lui, « une raison qui est sourde au divin et repousse les religions dans le domaine des sous-cultures est inapte au dialogue des cultures ». D’où la nécessité de surmonter toute « autolimitation de la raison » et d’ »ouvrir de nouveau à la raison toute sa largeur », y compris dans la dimension religieuse, la théologie « appartenant à l’Université, non seulement comme discipline relevant de l’histoire et des sciences humaines, mais comme spécifiquement théologie, comme question sur la raison de la foi, et à son large dialogue avec les sciences ». Or pour Benoît XVI, l’Occident « est menacé depuis longtemps par le rejet des questions fondamentales de la raison et ne peut en cela que courir un grand danger ». Acclamé par son auditoire universitaire, il invitait « une théologie responsable de la foi biblique » au « courage pour l’élargissement de la raison, non la dénégation de sa grandeur », et comme un « programme à assumer ». 

Relayée inconsidérément par de nombreux journaux occidentaux, cette rumeur a provoqué une flambée de colère dans beaucoup de pays musulmans.

Pour appuyer son argumentation, Benoît XVI eut recours à une controverse historique entre un empereur byzantin du XIVe siècle, Manuel II Paléologue, et un érudit persan musulman, sur le rapport entre religion et violence. Car si la raison est liée à la question de Dieu, la religion aussi doit s’interroger sur ses liens avec la raison. L’Empereur affirmait — « de manière peu amène » précise Benoît XVI — que « Mahomet n’a apporté que du mauvais et de l’inhumain, comme ceci qu’il a prescrit de répandre par l’épée la foi qu’il prêchait ». Cette citation historique rapportée par le Pape, tout en la déclarant « étonnamment abrupte », lui a été reprochée comme s’il en était l’auteur, alors qu’il s’agissait de citer les mots de Manuel II selon lequel « ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu ». Le New York Times et d’autres médias américains ont alors colporté la rumeur d’après laquelle ce Pape aurait voulu « stigmatiser » le monde musulman… Le Pape avait pourtant aussitôt ajouté que par ces mots, « l’Empereur faisait montre d’une rudesse assez surprenante ». Il était donc clair que Benoît XVI n’endossait pas la responsabilité de tels propos, qu’il ne le citait que par intérêt historique, dans cette conférence universitaire… 

Trahi par une désinformation

Mais la rumeur avait été lancée par la caisse de résonance de la presse internationale, cette machine aux engrenages irréversibles… Relayée inconsidérément par de nombreux journaux occidentaux, cette rumeur a provoqué une flambée de colère dans beaucoup de pays musulmans. Des portraits de Benoît XVI ont été brûlés dans les rues en Iran ; une religieuse a été assassinée dans un hôpital de Mogadiscio ; et un représentant du Koweït a exigé de tous les pays musulmans qu’ils rappellent leurs ambassadeurs au Vatican. Ultérieurement, devant les effets désastreux de cette désinformation, Benoît XVI a remis les choses au point : il ne s’agissait que d’ »une citation d’un texte médiéval qui n’exprime en aucune façon ma pensée personnelle », a-t-il précisé à Rome. Mais le mal était fait : sa pensée avait été trahie. Il ne restait plus qu’à renouer les liens, peu à peu, par des efforts diplomatiques laborieux du Vatican en direction du monde musulman.

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