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Fidélio, cet inconnu qui a donné sa vie pour sauver un otage en Somalie

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Léa Duchemin - publié le 13/01/23

Avant Arnaud Beltrame, Alain Bertoncello et Cédric de Pierrepont, un autre militaire français a donné sa vie pour libérer un de ses compatriotes otage. C’était en janvier 2013. Son identité n’a jamais été révélée. Voici son histoire.

Janvier 2013, une équipe du Service Action, unité militaire des services secrets français se prépare pour intervenir à Bulo Marer en Somalie et libérer Denis Allex, otage français retenu depuis quatre ans par le groupe djihadiste terroriste Shebabs. Agent de la DGSE en mission pour former le gouvernement de transition somalien, Denis Allex a été capturé en juillet 2009 et revendu à des islamistes avec son collègue Marc Aubrière. Ce dernier est parvenu à s’enfuir. Pas Denis Allex, traîné d’un lieu de captivité à l’autre, humilié par ses ravisseurs qui « considèrent les Occidentaux comme des chiens ». La DGSE décide de tout faire pour le retrouver et le libérer.

Fidélio rempile

Elle entame un patient travail de localisation qui finit par aboutir en été 2012. Les conditions de détention de Denis Allex sont horribles : il vit enchaîné et est quasiment privé de la lumière du soleil. Sa longue captivité pèse sur son mental. Les dernières vidéos où il apparaît le montrent émacié, en train de dépérir, les Shebabs refusant des négociations. C’est ce qui pousse ses frères d’armes à monter une lourde opération pour le libérer. Parmi eux, le sergent-chef Fidélio, c’est son surnom, dont le contrat pourtant se termine. Le jeune homme décide de rempiler avec l’armée spécialement pour mener à bien l’opération de libération de Denis Allex.

Approuvée par le Président de la République François Hollande, l’opération a lieu aux premières heures du 12 janvier 2013, lors d’une nuit sans lune pour avancer avec le plus de discrétion possible. Les hommes du commando, transportés par le porte-hélicoptère Mistral, sont déposés sur la côte somalienne, à 9 kilomètres de Bulo Marer, ville au sud de Mogadiscio où Denis Allex vit son calvaire. Après trois heures de marche dans la boue, ils arrivent devant la maison où il est détenu par « l’élite » des Shebabs. Ce bâtiment, ils le connaissent par cœur. Ils l’ont spécialement reconstitué pour s’entraîner à l’assaut. 

Le sergent-chef Fidélio arrive malgré tout à s’introduire dans la cour en premier à l’aide de son échelle télescopique pour ouvrir les portes.

Malgré la préparation minutieuse de cette opération dangereuse impliquant six hélicoptères, du renfort américain et 50 commandos entraînés, les Français sont repérés par malchance à leur arrivée. L’effet de surprise est ruiné. Un échange de tirs nourris de 45 minutes s’engage entre le commando français et les islamistes, arrivant en renfort. Il fait au moins une dizaine de morts côté Shebab. Le sergent-chef Fidélio arrive malgré tout à s’introduire dans la cour en premier à l’aide de son échelle télescopique pour ouvrir les portes. Mais il est atteint par des tirs de kalachnikovs. Si le commando n’est pas massacré grâce au soutien des hélicoptères Tigre, les terroristes abattent l’otage de quatre balles et les militaires ne peuvent récupérer leur camarade Fidélio. Le capitaine Patrice Rebout est évacué mais très grièvement atteint. Il succombera à ses blessures lors de son rapatriement. Trois autres blessés graves sont sauvés in extremis par les chirurgiens de guerre sur le Mistral. 

Consolation pour ses amis, Denis Allex a pu savoir avant sa mort qu’il n’avait pas été abandonné par les siens : « Il les a entendus arriver, a su qu’ils étaient là pour lui », résume une source qui a eu à connaître de l’opération. Vers 5 heures du matin, François Hollande, qui a suivi une partie de la nuit l’opération, est réveillé et prévenu de l’échec. Lui qui assistera fin janvier 2013 à Perpignan à la cérémonie d’hommage militaire avec les familles et les commandos blessés confiera aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme : « Est-ce que cette opération devait être décidée ? Oui. J’en ai assumé la responsabilité. La famille d’Allex, celles des deux tués pour aller le chercher, le régiment, tous m’ont dit : ‘C’était notre devoir d’aller le chercher’. Cela faisait trois ans et demi, il fallait y aller. »

Mort pour la France et témoin de la croix

Trois jours après le déclenchement de l’opération, le 14 janvier, le groupe terroriste, qui possède alors un compte Twitter, exhibe via son « agence de presse » plusieurs photos du corps et du visage du soldat français mort, avec son équipement qu’il qualifie de « Ghanima », butin de guerre du djihad. Il raille l’homme qu’ils ont tué ainsi que le Président de la République française. Sur toutes les photos, ils ont sorti la chaîne arborant la croix chrétienne en argent que le militaire porte autour du cou. Insistant sur cette découverte, ils écrivent en anglais en exposant leurs photos : « Un retour des croisades, mais la croix n’a pas pu le sauver de l’épée. » Cet homme blanc aux yeux bleus est bien le soldat français disparu, Fidélio. Ses ennemis le présentent à tort comme commandant du commando français.

Certaines réactions à ces tweets sont toujours en ligne. La plupart des messages adressés au groupe s’indignent. Mais d’autres, moins nombreux, se réjouissent. Les autorités françaises se sont refusées par avance à tout commentaire sur la « mise en scène macabre et indigne » du corps du soldat dénoncée par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. La communication officielle sur l’opération est minime.

Que garder en mémoire de cet homme à la fois exposé sur Internet dans le monde entier et resté dans l’ombre pour ses compatriotes quant à qui il était ?

Pour Denis Allex, 47 ans, on apprend qu’il était marié et avait 3 enfants. Les camarades parachutistes de Patrice Rebout dévoilent son identité : à 37 ans, il avait perdu sa première femme d’un cancer, et venait d’avoir de sa nouvelle union un fils, né deux mois avant sa mort. Ils sont nombreux à ses obsèques à l’église Saint-Paul de Perpignan. En revanche pour Fidélio, aucune information n’a été rendue publique, si ce n’est qu’il avait aussi une famille. Aux quolibets des terroristes qui ont pris son corps, la seule réponse que la France oppose est un silence.

Que garder en mémoire de Fidélio dont la mort atroce est montrée au monde entier mais qui reste un inconnu pour ses compatriotes. Il a servi son pays, il est parti volontairement au secours d’un autre en donnant sa vie, et il est mort en portant sa croix. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », a dit son Maître, Jésus (Jn 15, 13). Puis, mystérieusement, comme une préfiguration de l’ultime photo de ce soldat français : « Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement. » (Jn 15, 27), ce qui signifie « martyr ». La mise en scène des Shebabs, qui se voulait railleuse, est paradoxale puisque la croix est bien, pour le chrétien, l’instrument de son salut. Le cardinal Sarah, à qui l’on a parlé de cet homme, affirme : « Notre gloire, comme chrétiens, c’est la Croix. » De ce soldat oublié de ses compatriotes, ridiculisé à cause de ce badge d’honneur pour Jésus qu’il a choisi de porter en mission, nous pouvons être fiers. Mort pour un autre, mort en chrétien, le sergent-chef Fidélio a incarné son nom : fidélité à son service, fidélité à son compagnon d’arme, l’otage Denis Allex, en restant en son corps avec lui là-bas, fidélité à son Dieu crucifié. Plusieurs messes ont été dites à l’intention de Fidélio.

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