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Peut-on se réclamer de la génération d’un pape ?

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AFP

JMJ de Madrid, 2011.

Mathilde de Robien - publié le 08/01/23

Depuis le décès de Benoît XVI, une génération de catholiques se fait particulièrement entendre. Il s’agit des trentenaires et des quadra, exprimant leur attachement au défunt pape, qui aura marqué les jeunes de son pontificat par sa douceur, ses brillants écrits et sa spiritualité ancrée dans le Christ en tant que Personne. Mais qu’est-ce qui permet, au juste, de se déclarer de la génération d’un pape ? Et est-il juste de se réclamer de la génération d’un seul pape ?

Avoir, depuis l’annonce de la mort de Benoît XVI, ce refrain lancinant dans la tête : « Bééééé-nédé-tto ». C’est peut-être cela qui définit le mieux la « génération Benoît XVI », à laquelle s’identifient les trentenaires et les quadragénaires d’aujourd’hui. Un refrain bien particulier, traînant sur la première syllabe et mettant l’accent sur la dernière, que des milliers de jeunes ont scandé avec enthousiasme à Cologne (août 2005), à Sydney (juillet 2008), à Paris (septembre 2008) ou encore à Madrid (août 2011). Une clameur enfouie dans la mémoire de ceux qui sont désormais à peu près installés dans la vie, et qui a ressurgi ce dernier jour de l’année 2022 où le monde entier a appris le décès du pape émérite Benoît XVI.

Rattacher ainsi une génération à un pape remonte à Jean Paul II. On ne parle pas de la « génération Paul VI » ni de la « génération Jean Paul Ier ». Sans doute parce que Jean Paul II a toujours manifesté une attention particulière envers les jeunes, et que ces derniers l’ont écouté en retour. Le soir même de son élection, il leur avait lancé : « Vous êtes l’avenir du monde et l’espérance de l’Église ». Puis en 1984, il invite les jeunes à se rassembler, à Rome, afin de célébrer un jubilé spécial pour la jeunesse. L’esquisse des JMJ, qui seront lancées officiellement à Buenos Aires en 1987. En faisant de la jeunesse une cible prioritaire de la pastorale pontificale, il a éveillé une génération, profondément unie derrière « son » pape, à une foi plus ferme et plus personnelle.

Le pape de sa jeunesse

Se réclamer de la génération d’un pape, c’est reconnaître que son exemple et ses enseignements ont façonné, guidé sa propre personne durant ces années décisives que sont le passage à l’âge adulte. « C’est le Pape de nos jeunes années, lorsqu’on a entre 15 et 25 ans », estime Louis Manaranche, professeur agrégé d’histoire, directeur des classes préparatoires du Collège Stanislas et co-responsable de l’Observatoire de la modernité du Collège des Bernardins. « Benoît XVI a accompagné mes années de prépa, puis mes études à Normale Sup. Ce sont des années où j’ai beaucoup lu, j’ai été touché par sa démarche intellectuelle, son style d’enseignement. Ses livres m’ont permis de lier ma vie de foi et ma vie intellectuelle, pour qu’elles avancent au diapason. J’ai travaillé, étudié ses encycliques avec les groupes de jeunes que je fréquentais, Even notamment. Ses textes, exigeants certes, mais clairs et faciles d’accès, représentaient une nourriture fondamentale pour la vie spirituelle et intellectuelle des jeunes chrétiens. Ils ont mis à l’unisson des groupes entiers de jeunes dans la réception d’un enseignement pontifical déterminant. C’est tout cela qui fait qu’on est de telle ou telle génération de pape ».

Un attachement plus prégnant encore pour les prêtres ordonnés sous son pontificat. Benoît XVI, « c’est le pape que j’ai nommé dans ma première messe quand j’ai été ordonné », confie le père Olivier Foulon, du diocèse de Nanterre, tandis qu’il se recueillait à Rome le jour de ses obsèques, se remémorant « l’exemple de tout ce qu’il a pu nous enseigner par sa vie et par ses paroles ». Un lien presque filial. « C’est aussi le pape qui a institué l’Année du sacerdoce et tous ses enseignements sont pour moi un fondement », ajoute-t-il.

C’est cette même admiration mêlée d’affection qu’éprouve le père Timothée Besson, 32 ans, vicaire à Villefranche-sur-Saône. « Benoît XVI, c’est le pape de mes années de séminaire », confie-t-il. « Je me suis intéressé de près à ses écrits, cela crée un attachement. Pour moi, Benoît XVI est un saint homme, d’une grande douceur et plein d’humilité, un peu comme un grand-père. Son intimité avec le Christ était édifiante. Et ses textes laissent penser qu’il avait basé sa vie sur cette intimité ».

Des gestes forts

Des écrits qui marquent une génération, mais des gestes, aussi. C’est là où les JMJ se révèlent être une expérience fondatrice pour bon nombre de jeunes chrétiens. Le pape est là, présent au milieu d’eux et témoigne sous leurs yeux de la foi qui l’anime. Louis Manaranche se souvient de ce nouvel élan insufflé par Benoît XVI aux JMJ de Madrid en instaurant une veillée d’adoration : « Benoît XVI nous a plongés au cœur du mystère chrétien, tant par son enseignement que par une vie liturgique très déployée ». Importance du silence, sens du sacré, respect de la liturgie… Autant d’aspects qui auront façonné toute une génération de fidèles.

Joseph Buchet, 36 ans, chef d’entreprise, a quant à lui été touché par le caractère de Benoît XVI, courageux, debout dans la tempête : « A plusieurs reprises, il a été incompris par la société, malmené par les médias, mais il n’a pas faibli. La plus belle illustration a été ce geste, aux JMJ de Madrid, de rester debout sous la tempête alors que son équipe lui intimait de partir pour se mettre à l’abri. Il a choisi de rester avec les jeunes. Pour moi, c’est un magnifique exemple ».

Un héritage à explorer

Se réclamer d’un pape, n’est-ce pas aussi se montrer particulièrement disponible à recevoir son héritage ? Certes le pape d’une génération accompagne d’abord cette dernière de son vivant, à travers ses encycliques, ses enseignements et sa présence aux JMJ. Mais il leur lègue dans le même temps un précieux héritage, à découvrir au fil du temps. Ceux qui l’ont connu se sentent ainsi investis de la mission d’explorer de fond en comble cet héritage pour le faire rayonner et fructifier. C’est le cas d’Alexia Vidot, journaliste à La Vie, convertie au tout début du pontificat de Benoît XVI, à l’âge de 20 ans. Dans son récent ouvrage Cher Benoît XVI (Editions Emmanuel), elle s’adresse à « son » pape sous forme de lettres et confie : « Je ne suis qu’un membre parmi tant d’autres de la « génération Benoît XVI » qui sait n’avoir pas encore tout reçu de ce que tu as voulu lui transmettre. Or, je me refuse à perdre une quelconque miette des huit riches années que tu as passées sur le trône de Pierre ». Une invitation, lancée à une génération toute entière, à explorer son œuvre théologique foisonnante.

Les limites de se réclamer de la génération d’un pape

S’il est légitime de se réclamer de la génération d’un pape en particulier, parce qu’il a marqué une jeunesse par ses écrits, ses gestes et lui a transmis un héritage, cet attachement ne peut être exclusif, ni se définir par opposition à une autre génération. « Etre de la génération d’un pape ne signifie pas être rétif à l’égard du pontificat de son successeur », précise Louis Manaranche. « Si je me reconnais dans la « génération Benoît XVI », cela ne signifie pas que je n’essaie pas de me laisser façonner aussi par le pontificat du pape François, d’écouter son enseignement, de comprendre ses priorités, d’observer une certaine continuité… Lorsque la continuité n’est pas évidente, je m’efforce de voir les nuances, de comprendre d’où elles viennent ».

Etre de la génération d’un pape ne signifie pas être rétif à l’égard du pontificat de son successeur.

Le risque de s’identifier à un seul pape, c’est finalement de se fermer aux autres, qui pourtant apportent tous quelque chose à l’Eglise universelle. Depuis le concile Vatican II et grâce aux papes qui se sont succédés, l’Eglise est riche de puissantes intuitions évangéliques. Si Paul VI insistait sur la vocation essentielle de l’Eglise à évangéliser ceux qui ne connaissent pas le Christ, Jean Paul II a davantage œuvré en faveur de la « nouvelle évangélisation », initiant de nouvelles méthodes et un nouveau langage. Quant à Benoît XVI, il est le pape de la relation personnelle avec le Christ, clé de la rencontre avec Dieu. Enfin, le pape François n’a de cesse d’appeler chaque baptisé à devenir un « disciple-missionnaire » et à aller aux périphéries de l’Eglise.

Si un lien nécessairement plus étroit se tisse avec le pape qui a formé notre jeunesse et contribué à façonner la personne que nous sommes aujourd’hui, cela n’empêche pas de continuer à se nourrir des apports propres à chaque pontificat, et, éclairés de la sorte, grandir dans la foi.

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