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Joseph Ratzinger, entre foi et raison, à la recherche de la paix

Cimetière en Normandie

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Le cimetière de La Cambe où Benoît XVI s'était rendu en 2004 pour les 60 ans du Débarquement.

Jean-Baptiste Noé - publié le 06/01/23

Représentant du Saint-Siège lors des commémorations du 60e anniversaire du Débarquement en Normandie, le cardinal Joseph Ratzinger a prononcé à Caen une conférence sur le sens de la paix. Le géopoliticien Jean-Baptiste Noé commente cette réflexion peu connue mais lumineuse sur la science politique, l’ordre des nations et la paix dans le monde.

Enfant, Joseph Ratzinger a connu la guerre, celle des bombardements, des pénuries, des hommes envoyés au front. Enrôlé de force, comme tous les enfants de son âge, il a vécu les derniers mois de la guerre dans les troupes opérationnelles. C’est une partie de cette expérience et de son long compagnonnage intellectuel avec saint Augustin qui transparaît dans cette conférence de juin 2004 sur le sens de la paix. En Allemagne, nous dit Ratzinger, des voyous ont accaparé les fonctions de l’État pour le mettre au service d’une idéologie criminelle : 

« Un criminel et ses comparses avaient réussi à prendre le pouvoir de l’État en Allemagne. Et cela créa une situation où, sous la domination du Parti, le droit et l’injustice s’imbriquaient l’un dans l’autre et souvent passaient, presque inséparablement, l’un dans l’autre. Car le régime conduit par un criminel exerçait aussi les fonctions classiques de l’État et de ses ordonnances.« 

La force n’établit pas la paix

Cette confusion de l’ordre politique a permis de créer un système fondé sur le mensonge qui, en obscurcissant les consciences, a abouti aux drames de la guerre. « Aussi fut-il de fait nécessaire que le monde entier intervienne pour faire sauter l’anneau de l’action criminelle, pour rétablir la liberté et le droit. » L’action militaire, celle du Débarquement notamment, a donc une finalité, rétablir la liberté et le droit, ce qui est le propre de la guerre juste. « S’il y a eu jamais, dans l’histoire, un bellum justum, c’est bien ici, dans l’engagement des Alliés, car l’intervention servait finalement aussi au bien de ceux contre le pays desquels a été mené la guerre. Une telle constatation me paraît importante, car elle montre, sur la base d’un événement historique, le caractère insoutenable d’un pacifisme absolu. »

On ne peut pas venir à bout de la terreur, c’est-à-dire de la force opposée au droit et coupée de la morale, par le seul moyen de la force.”

Face à la terreur, il peut être tentant d’opposer une autre force à la force, en espérant ainsi rétablir la paix. C’est une illusion, nous dit Ratzinger : « On ne peut pas venir à bout de la terreur, c’est-à-dire de la force opposée au droit et coupée de la morale, par le seul moyen de la force. Il est sûr que la défense du droit contre la force destructrice du droit peut et doit, en certaines circonstances, se servir d’une force exactement soupesée, pour le protéger. […] Mais pour que la force du droit ne devienne pas elle-même iniquité, il faut qu’elle se soumette à des critères stricts qui doivent être reconnus comme tels par tous. »

Entre la raison et la religion

Face aux guerres improprement attribuées à « la religion », Ratzinger évoque la nécessité de ne pas dissocier la foi de la raison. Face à la terreur islamiste et aux dangers que représente une religion violente, seule la raison peut donner à la foi les bornes et les limites pour l’empêcher de sombrer dans la violence. Mais à l’inverse, et c’est là l’un des autres grands thèmes ratzingérien, une raison sans la foi, devenue rationaliste, cède elle-aussi à la violence en détournant le sens de l’éthique et de la morale. La guerre est donc tantôt le fruit d’une foi sans raison, tantôt d’une raison sans foi, et l’authentique paix ne peut donc venir que d’une union entre les deux. Un thème cher à Ratzinger, qu’il a repris tout au long de son pontificat, notamment dans son discours de Ratisbonne : « […] Il ne peut y avoir non plus de paix dans le monde sans la véritable paix entre la raison et la foi, parce que sans la paix entre la raison et la religion, les sources de la morale et du droit tarissent. »

La fin de la théocratie politique

La foi chrétienne, nous rappelle Joseph Ratzinger, a supprimé la théocratie politique. Ce faisant, dans l’ordre politique, les chrétiens cheminent avec leurs libertés et cohabitent avec des personnes issues d’autres traditions religieuses. Cela permet un État laïque, c’est-à-dire un État qui « inclut en son essence cet équilibre entre raison et religion ». Un État donc qui s’oppose au « laïcisme idéologique qui voudrait en quelque sorte établir un État de la pure raison, un État qui est coupé de toutes les racines historiques et ne connaît plus, dès lors, que les fondements moraux s’imposant à cette raison ».

Face à la guerre des civilisations qui menaçait en 2004, marquée par les attentats de 2001, Ratzinger était convaincu que ce serait en redevenant pleinement chrétien que les Occidentaux pourraient désarmer les haines à leur égard. Et le cardinal de conclure : « C’est un fait : si nous ne faisons pas mémoire du Dieu de la Bible, du Dieu qui s’est fait proche en Jésus Christ, nous ne trouverons pas le chemin de la paix. » Une paix authentique, qui est à la fois celle des personnes et celle des nations. 

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