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Entretien avec le père Federico Lombardi au sujet de ses années de service auprès de Benoît XVI

BENEDICT XV1

ALBERTO PIZZOLI | AFP

Benoît XVI et le père Federico Lombardi.

Ary Waldir Ramos - publié le 02/01/23

Le père Federico Lombardi, président de la Fondation vaticane Joseph-Ratzinger – Benoît-XVI et ancien directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, raconte son rapport avec le pape émérite, décédé le 31 décembre 2022.

Aleteia :Racontez-nous vos impressions sur ce moment où Benoît XVI, à 85 ans, est monté sur l’hélicoptère blanc et a quitté sa charge de pontife pour toujours.
Federico Lombardi : Ce fut un moment de grande émotion et aussi un moment historique car jamais, à notre époque, il n’y avait eu de renonciation d’un pontife encore en vie. Ce sont des images qui restent historiques. Pour moi, cependant, le moment crucial a été la déclaration de renonciation de Benoît XVI le 11 février (2013). Je me souviens de sa déclaration faite en direct à la surprise des cardinaux présents.

Benoît XVI a fait l’annonce de sa renonciation en arguant que ses « forces, en raison de son âge avancé« , n’étaient plus « aptes à exercer de façon adéquate le ministère pétrinien« . Comment vous en souvenez-vous ?
Je l’ai vécu avec une extrême sérénité car, d’une part, je ne l’ai pas considérée comme une surprise réelle et totale. Ceux qui suivaient de près Benoît XVI se sont rendu compte qu’il accomplissait toujours son service de manière pleine et entière, conformément aux nécessités, mais avec une fatigue physique croissante, notamment en ce qui concerne les voyages ou les grandes célébrations à Saint-Pierre. Par conséquent, il réfléchissait lui-même à son état de santé afin de pouvoir bien poursuivre sa tâche.

Sa décision de démissionner a été un choix tout à fait raisonnable, pris devant Dieu dans la prière et la responsabilité devant l’Église.

Le Pape avait parlé des démissions avant le Consistoire…
Sur la possibilité de démissionner, j’avais trouvé extrêmement éclairante la manière dont le pape en avait explicitement parlé dans le livre/interview Lumière du monde, lorsqu’il a été interrogé par Peter Seewald.  Alors que sa santé et ses forces étaient encore tout à fait normales, il avait déclaré : « Lorsqu’un pape prend clairement conscience qu’il n’est plus en mesure, physiquement, mentalement et spirituellement, d’accomplir la tâche qui lui est confiée, il a le droit, et dans certaines circonstances le devoir, de démissionner. »

Un choix réfléchi…
À mon avis, cela a été un choix tout à fait raisonnable, pris devant Dieu dans la prière et la responsabilité devant l’Église. Sans agitation, non pas pour des raisons de peur ou de faiblesse spirituelle, mais pour des raisons d’évaluation de ses forces par rapport à la tâche à accomplir. C’est un raisonnement typiquement « sensé », vécu dans un climat de foi que je partageais totalement.

Quel a été votre sentiment à cet égard ?
J’ai toujours été frappé par le fait que le pontificat a été continuellement accompagné par la réflexion spirituelle et culturelle de Benoît XVI, qui a su mener jusqu’au bout sa grande trilogie sur Jésus. C’était admirable et extraordinaire qu’un pape, avec tous ses engagements, ait eu la capacité et la volonté d’écrire un œuvre sur Jésus, quelque chose lié à sa vocation théologique et spirituelle, mais aussi à son engagement en tant que pape d’être un témoin et un soutien pour notre foi.

Ratzinger a vécu tout le temps du pontificat de Jean Paul II et aussi avec une intensité particulière tout le temps de sa maladie.

Le cardinal J. Ratzinger a vécu le pontificat de Jean Paul II, y compris sa maladie. Peut-on également relier sa démission à un effet « miroir » concernant les dernières années du pontificat de Wojtyla ?
Ratzinger a vécu tout le temps du pontificat de Jean Paul II et aussi avec une intensité particulière tout le temps de sa maladie. Il aura donc mené ses propres réflexions. Il est évident que chaque pape est différent, il a sa propre expérience, et en relation avec Dieu, il vit de manière personnelle sa vocation au service de l’Église. Ratzinger a réfléchi au fait de pouvoir connaître une période prolongée d’infirmité, au cours de laquelle le gouvernement de l’Église serait affecté.

Célestin V avait démissionné après seulement quelques mois, le 13 décembre 1294, dans des temps très difficiles pour l’Église…
Dans sa déclaration de démission, Benoît XVI a également expliqué le contexte actuel de la rapidité des événements historiques, donc le contexte globalisé dans lequel s’exerce le service du pape, avec un besoin continu d’intervention et de prise de décision qui exige une énergie et une force physique et psychologique extraordinaires.

Quel a été le moment le plus difficile du pontificat ?
Une affaire que j’ai vécue avec une participation particulière a été celle des abus sexuels sur mineurs, qui a accompagné une grande partie du pontificat et sur laquelle le pape a un grand mérite pour l’histoire de l’Église car il l’a abordée sans doutes et avec une grande largeur d’horizons, tant du point de vue juridique que pastoral. Benoît XVI a indiqué la voie : rappelons la lettre aux catholiques d’Irlande (19 mars 2010), la reconnaissance des crimes d’abus et des erreurs des évêques. Il a surtout compris la gravité des souffrances et a agi avec des interventions canoniques efficaces.

Sur la crise des abus, Benoît XVI s’est retrouvé à faire face presque à une explosion, et il l’a fait d’une manière sage, véridique, courageuse et aussi concrète, en rencontrant les victimes.

Benoît XVI a déjà connu cette crise des abus lorsqu’il était cardinal…
La crise des abus avait déjà commencé à se manifester à la fin du pontificat de Jean Paul II, mais pas avec l’évidence et la clarté avec lesquelles elle s’est ensuite présentée progressivement et graduellement. Benoît XVI s’est retrouvé à faire face presque à une explosion, et il l’a fait d’une manière sage, véridique, courageuse et aussi concrète, en rencontrant les victimes. Il a posé les bases pour gérer cette crise. Le pape François a poursuivi son action aussi d’un point de vue juridique, en rédigeant des documents importants tels que le récent « VOS ESTIS LUX MUNDI » (2019). À cet égard, il a réuni les évêques du monde entier au Vatican, et a également écrit les deux lettres au peuple de Dieu.

Lors de son voyage apostolique aux États-Unis (17 avril 2008), le Pape a rencontré pour la première fois des victimes d’abus commis par des prêtres catholiques.
Benoît a toujours vécu ses rencontres avec les victimes de manière extrêmement discrète, avec son caractère très profond, attentif et impliqué, mais aussi réservé. François a des manifestations émotives et communicatives plus intenses, mais Benoît a rencontré les victimes le premier et de manière systématique lors de ses voyages. 

Benoît XVI a expulsé plus de 400 prêtres de l’Église pour abus….
Pendant son mandat comme préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, il avait commencé à comprendre la gravité de ces problèmes. Lorsqu’il est devenu pape, il avait déjà une base d’expérience et de connaissance des choses pour les traiter également d’un point de vue procédural et disciplinaire. Il avait déjà commencé à agir dans ce sens dans les dernières années du pontificat de Jean Paul II.

Benoît XVI a renoncé pour que l’Église ait un nouveau pape en pleine puissance et force.

Dans le cas des abus sexuels, de pouvoir et de conscience de Marcial Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ, Benoît XVI a ordonné une visite canonique et un renouvellement spirituel et structurel de l’Ordre des Légionnaires.
Benoît XVI est intervenu dans l’affaire des Légionnaires avec beaucoup d’attention, de fermeté et de sagesse, en essayant également de préserver ce qui était bon dans la vie et le dévouement de tant de personnes qui avaient répondu à une vocation religieuse avec de bonnes intentions.

Aux États-Unis et dans certains pays européens, certains groupes catholiques ultraconservateurs ayant des ressources et des motivations idéologiques ont utilisé Benoît XVI, le désignant comme le seul vrai pontife.
Benoît a fait son renoncement, il savait ce qu’il faisait. Il a renoncé pour que l’Église ait un nouveau pape en pleine puissance et force. D’une certaine manière, Benoît a voulu que le pape François soit là et il lui a ouvert la voie. Benoît XVI n’avait absolument pas l’intention d’interférer dans le pontificat de son successeur. Les instrumentalisations de Benoît contre François sont des positions insensées et sans fondement.

Je pense que l’histoire se souviendra de lui comme d’un pape théologien.

Comment pensez-vous que l’histoire se souviendra de Joseph Ratzinger ?
Je pense que l’histoire se souviendra de lui comme d’un pape théologien. Un serviteur de l’Église qui ne cherche en aucun cas à être le protagoniste personnel d’initiatives historiques ou extraordinaires par rapport à son prédécesseur, qui avait vraiment accompli une infinité d’actions, culminant avec un Jubilé historique. Benoît XVI n’a pas fait un pontificat avec des actes de gouvernement particulièrement évidents. On se souviendra de lui comme d’un pape de magistère et de continuité dans la substance de l’enseignement de l’Église avec son prédécesseur (Jean Paul II) et son successeur (François).

Benoît XVI ne risque-t-il pas de ne rester dans les mémoires que pour sa démission ?
Il est inévitable qu’on se souvienne de lui pour son renoncement, mais il a fait preuve d’une profonde humilité. Après lui, le chemin du renoncement d’un pontife est ouvert, il est plus facile pour ceux qui viendront. Il était déjà là avant, mais personne ne l’avait utilisé. À mon avis, il s’agit principalement d’un pontificat magistral, profond du point de vue du rapport entre la foi et la culture du monde actuel, qui devient un exemple de service humble et désintéressé de Dieu et de l’Église, sans être lié à sa personne en tant que telle.

Découvrez aussi les grandes dates du pontificat de Benoît XVI :

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MortPape Benoît XVI
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