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A ceux qui regrettent le manque de temps passé auprès de proches en fin de vie

STARSZA KOBIETA

pikselstock | Shutterstock

Elisabeth de Courrèges - publié le 02/01/23

Elisabeth de Courrèges, ergothérapeute, actuellement en mission avec l'Œuvre d'Orient dans une unité de soins palliatifs pédiatrique à Erevan, en Arménie, s’interroge sur la valeur du temps, notamment pour les proches de malades en fin de vie.

« Avons-nous eu assez de temps ? » Telle est la question que je me suis posée durant tout le trajet du retour de l’hôpital. Perdue dans cette interrogation, je scrutais l’horizon à travers le pare-brise fendu de la voiture qui me ramenait à la maison. 

La route nous offrait une vue plongeante sur toute la capitale, et mes yeux se sont naturellement plissés à la vue du soleil rouge vif qui enveloppait une dernière fois cette terre d’Arménie avant qu’elle ne plonge dans un profond sommeil. L’imminence de cette fin de journée n’a fait qu’accroître mon inquiétude: ai-je eu assez de temps ? 

Ai-je eu assez de temps auprès de lui ? Lui, ce petit Arsène, hospitalisé en unité intensive et que j’ai eu le droit de venir visiter pour la première fois depuis trois semaines. Depuis que nous l’avons allongé sur un brancard, aussitôt emporté en toute hâte par deux médecins et trois infirmières, et que nous avons croisé furtivement son regard, sans un mot ni un aurevoir. J’ai imaginé de nombreuses fois ces retrouvailles, autant que je les ai espérées. 

Et pourtant, elles ne se sont pas déroulées exactement comme je l’avais envisagé. A travers le judas, l’infirmière m’a dévisagée de bas en haut, puis m’a ouvert la porte et m’a tendu, presque sans un mot, une surblouse d’un bleu marial que j’ai revêtue comme un manteau. Puis elle m’a précédée sur le chemin du service de réanimation, dont le couloir désert m’a rappelé que ce type de visite était une exception.

J’ai finalement pensé que la quantité de temps n’était peut-être pas le plus important.

En entrant dans la chambre d’Arsène, en dépit des câbles de toutes les couleurs et des bruits stridents émanant des différents routeurs, j’étais d’abord gagnée par la joie de retrouver ce petit garçon si charmant qui semblait dormir paisiblement. En m’approchant de lui, je lui ai adressé quelques mots maladroitement, mêlant le français, l’anglais et l’arménien. Le regard insistant de l’infirmière à moins d’un mètre de mois expliquait en partie ce balbutiement. Bien que silencieuse et respectueuse, sa présence vigilante et pressante a quelque peu atténué l’intimité du moment. J’en ai oublié le discours que j’envisageais de réciter pour ce jour tant espéré. L’infirmière a regardé sa montre, le temps était compté: c’était le moment de laisser le cœur parler. Alors j’ai dit à Arsène tout ce qui me venait spontanément: des souhaits, des banalités, des amusements. J’ai prié. Je l’ai regardé silencieusement. J’ai déposé des affaires sur sa table de nuit. Je l’ai caressé. J’ai regardé l’électrocardiogramme et les différents cadrans. Je l’ai caressé à nouveau, et l’infirmière m’a dit qu’il était temps. J’ai finalement jeté un dernier regard en arrière en le quittant. Dieu sait jusqu’à quand. 

C’est en arrivant sur le parking de l’hôpital que j’ai commencé à me demander si j’avais fait les choses correctement, si mes mots avaient été à la hauteur de l’événement, et finalement, si nous avions eu assez de temps pour partager ce que nous voulions vraiment avec ce petit enfant ? 

Et j’ai finalement pensé que la quantité de temps n’était peut-être pas le plus important. L’important étant d’avoir traversé la ville en cette fin d’après-midi de Noël, d’avoir gravi l’escalier, d’avoir patienté en haut de ce même escalier où s’engouffrait un vent glacé, et d’avoir été là, tout simplement. Être là pour une personne qui traverse une maladie ou une période de fin de vie, c’est être une présence qui accompagne le temps, pas qui le programme méticuleusement. 

Comme pour Edoulique que j’ai accompagné seulement trois jours de sa vie, c’est-à-dire beaucoup de moins de temps que les soignants avec qui il a grandi, mais qui me manque souvent aussi. Comme pour Madame Binade avec qui j’ai partagé un dîner, et dont je me souviendrai toute ma vie. Comme mes oncles et tantes que j’ai connus beaucoup plus longtemps et qui sont partis Là-Haut, mais qui continuent de tant compter ici.

Alors si la fin de l’année civile suscite en vous cette inquiétude: « avons-nous eu assez de temps ? » que ce soit pour un proche, un projet ou une promesse, rappelez-vous que vous avez été là, et que vous avez vécu le temps de la vie.

Tags:
Fin de viemalades
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