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Quand le cerveau masculin devient paternel

FATHER AND SON,

Oksana Polakova | Shutterstock

Tugdual Derville - publié le 29/12/22

Pourquoi le cerveau d’un homme se transforme quand celui-ci devient père ? Si la paternité change un homme, souligne l’auteur du “Temps de l’homme” (Plon), c’est aussi parce que l’enfant a besoin d’un père.

Le cerveau d’un homme se modifie substantiellement à la naissance de son premier enfant. C’est la conclusion principale d’une étude publiée en septembre dernier par la revue Cerebral cortex. En comparaison, des scanners du cerveau d’hommes n’ayant pas l’expérience de la paternité, ceux d’une quarantaine de jeunes pères (qui découvraient la paternité pour la première fois) ont révélé des changements incontestables. Par leur intensité, ils s’apparentent à ceux qui se manifestent dans l’enfance et à l’adolescence. La « plasticité » des cerveaux adultes en général et paternels en particulier est soulignée : les zones où siègent l’attention, la sensibilité, la vigilance, la relation se densifient, alors que d’autres zones semblent régresser, au moins pour un temps. Cette recomposition psychique n’aurait rien à envier à celle des femmes enceintes, que de nombreuses études ont déjà vérifié. 

Le corps du père

Ceux qui continuent de nier la « signification du corps » seront peut-être surpris, voire choqués. Mais le bon sens devrait suffire à consentir à ce que la science confirme désormais : les expériences cohérentes que je fais vivre à mon corps en le modifiant, forgent et confirment mon identité, sans la contredire, car « je suis mon corps ». L’observation comme l’expérience d’une première paternité est à ce titre éloquente : elles sont « attendrissantes ». Quand un homme devient père — « à perpétuité », sans retour possible — il bascule dans un nouveau temps de son existence. Si trop de pères sont errants ou irresponsables, les conséquences de cette errance et de cette irresponsabilité militent a contrario pour l’implication des pères auprès de leurs enfants.

Les découvertes des chercheurs concernant les cerveaux paternels viennent corroborer l’idée que le corps s’adapte naturellement à ce qu’il est appelé à faire pour le bien : ici, entrer en relation avec son enfant, en prendre soin et le protéger ainsi que sa mère. Ces observations neurologiques rejoignent le travail de l’universitaire britannique Anna Machin : l’anthropologue a étudié la réalité biologique et psychologique de la paternité.

Le défaut de reconnaissance paternelle risque de générer une douloureuse quête ou crise identitaire.

Elle souligne qu’un homme qui devient père voit chuter son taux de testostérone, ce qui l’incite à être davantage focalisé sur sa famille, à exprimer de l’empathie pour ses enfants, à être plus sensible à ses pleurs. La fameuse hormone de l’attachement — l’ocytocine — est paternelle autant que maternelle, mais intervient aussi la bêta-endorphine : cette hormone favorise la construction de la relation entre un père et son enfant. Elle est produite quand le père s’occupe de lui, joue avec lui.

Une spécificité de ce face-à-face — que l’observation du réel, notamment par les mères, rend évidente — est le « corps-à-corps ludique  » père-enfant, ajoute l’anthropologue. Singeant la bagarre, ce « chahut » innocent est d’initiative paternelle. Source de joie et d’apprentissages précieux, il induit aussi chez le bébé une libération de bêta-endorphine. 

Le besoin de reconnaissance paternelle

De quel père l’enfant a-t-il donc besoin ? Surtout pas d’une autre mère ! Le psychanalyste Jean-Pierre Winter insiste notamment sur le besoin spécifique de reconnaissance et de transmission éprouvé par l’enfant vis-à-vis de son père. On sait que ce dernier a toujours besoin d’être désigné à l’enfant en tant que père par la mère, qui seule est incontestable. Le défaut de reconnaissance par la mère, heureusement rare, risque d’entraîner une crise existentielle qui peut être gravissime. Un être humain rejeté par celle qui l’a enfanté risque de ne pas se sentir digne d’être aimé voire d’exister. Plus courant, le défaut de reconnaissance paternelle risque de générer une douloureuse quête ou crise identitaire. Ne sachant pas qui il est, l’enfant éprouvera des difficultés à se stabiliser, s’orienter, prendre sa place dans la société.

Le père est donc « paternel » plutôt que maternel. Son rôle est aussi spécifique que sont spécifiques les mutations biologiques qui accompagnent dans son corps la survenue de la paternité. En somme, si « homme et femme il les fit », c’est pour que deux continents d’égale dignité collaborent de façon dissymétrique dans un même but : donner à la vie la meilleure chance de s’épanouir.

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ÉducationFamillepaternite
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