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[CONTE DE NOËL] La Belle s’est échappée !

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Bertrand Galimard Flavigny

Bertrand Galimard Flavigny - publié le 22/12/22

Ce conte de Bertrand Galimard-Flavigny est l’histoire d’une jument percheronne et d’un prêtre égaré la nuit de Noël. Que croyez-vous qu’il arriva ?

Raphaël claque plusieurs fois la langue, lançant un appel que les chevaux savent reconnaître. La jument relève la tête, secoue sa crinière blanche, s’ébroue et d’un pas tranquille et majestueux, flanqué de son poulain tout brun, toujours sautillant, se dirige vers l’homme qui vient de pénétrer dans l’herbage. « Allez la Belle. Oooh ! Ooh ! » Le souffle de l’animal se perçoit déjà, malgré la distance. Le petit folâtre derrière les jambes de sa mère, puis soudain caracole reconnaissant le maître. Il pousse un cri et s’élance dans un galop déjà affirmé. En six mois, il a gagné en force et en vigueur. À son tour, la Belle lève un antérieur, s’appuie sur ses postérieurs et se lance dans un court galop qui fait voler les mottes de terre, derrière elle. Son hennissement de contentement résonne contre la haie voisine. 

Le poulain s’éloigne

Parvenue à quelques mètres de la silhouette masculine, elle s’arrête brusquement, remue la tête de haut en bas en soufflant à travers les naseaux. Raphaël étend la main et caresse le chanfrein et les joues de la jument, tout en lui murmurant des mots comme à une aimée. Celle-là, à son tour, manifeste son contentement en donnant des petits coups de tête contre l’épaule de l’homme. Pendant ces caresses, les dernières lueurs de la soirée jettent leur éclat sur les murs dorés de la maison et s’étendent enfin dans la prairie donnant une teinte plus claire encore à la robe blanche de la jument. Le jeu s’achève. Le poulain qui est loin d’avoir atteint la taille et le poids de chevaux de sa race, les percherons, s’éloigne, suivi cette fois par sa mère.

Raphaël les regarde regagner le coin opposé de l’herbage puis tourne les talons et rejoint la maison qui a pris la demi-teinte des soirs d’hiver. Les arbres bordant le minuscule étang, pour ne pas dire la mare, car les bords ont été aménagés, frémissent sous un petit vent froid. La pluie ne va tarder. Une lumière se balance derrière l’unique fenêtre à meneaux de la salle à manger, qui donne sur la façade arrière. « Pauline et Claire ont dû demander à Jean d’allumer un feu dans la cheminée, se dit-il. Elles ont réussi à l’arracher à ses écritures et à ses livres, même en cette veille de Noël. Les enfants doivent avoir laissé tous leurs jouets traîner et déborder du petit salon qui donne sur la grande pièce. »

Il a tout rebâti de ses mains

Il franchit le petit porche. Dans la grande cour, la façade de la maison illuminée par les projecteurs surgit dans toute sa rigueur. Raphaël prend le temps de l’admirer : sa maison ! Cette partie date du XIIIe siècle, elle était en ruine, n’en restait que des murs ébréchés ; la tour écrêtée recevait toutes les bourrasques. Il a tout rebâti de ses mains, avec l’aide de quelques autres bien sûr, comme le bon Gilbert qui n’a pas épargné sa peine. Si ses confrères l’avaient vu, lui l’homme toujours élégant et discret, manier la bétonneuse, la pelle et le marteau-piqueur… Sa maison !

Louis est le maître des lieux, elle s’est aussitôt installée dans ces murs comme si elle y avait toujours vécu.

Il gravit les marches du premier perron et voit se dessiner, derrière l’une des fenêtres de la grande pièce du bas, deux petites têtes riantes : Louis et Diane, inséparables garnements. Il est le prince, elle est sa princesse. Louis est le maître des lieux, elle s’est aussitôt installée dans ces murs comme si elle y avait toujours vécu. Elle parcourt l’escalier à vis, les chambres du haut encore en jachère, tout cela sans crainte. À huit ans, pourtant, elle réclame encore une veilleuse avant de s’endormir. 

« Je suis le cocher »

La nuit est maintenant tombée ; la chapelle devenue l’église du village demeure, ce soir, dans l’ombre. Les prêtres ne sont plus assez nombreux et aucun n’est disponible pour venir célébrer ici la messe de minuit. Ils se rendront tous ensemble à la ville voisine le lendemain. Raphaël pousse la porte de la cuisine. Une bouffée de chaleur l’enveloppe aussitôt. Les filles font mine, tout d’abord, de ne pas s’apercevoir de sa présence, puis lui font remarquer qu’il ferait bien de s’occuper des enfants pendant qu’elles iraient se préparer avant le dîner. Jean entre à son tour, le visage rougi d’avoir soufflé sur les braises dans l’âtre. 

Je suis le cocher”, explique Louis à son père. J’ai attelé la Belle et nous allons chercher le curé pour la messe de Noël !

Jean et Raphaël, obéissants, s’approchent du petit couple. Les enfants ont aménagé avec des coussins et des chaises renversées une sorte de voiture, du moins c’est que l’on devine. Louis sérieux soulève en cadence ses mains en criant : « Hue ! Hue ! » tandis que Diane, très droite, se balance au rythme de cahots imaginaires. Derrière eux, la petite Marie, embarquée dans ce véhicule improvisé, joue avec des cubes sans se préoccuper de cette équipée. « Je suis le cocher », explique Louis à son père. J’ai attelé la Belle et nous allons chercher le curé pour la messe de Noël ! Raphaël et Jean se montrent intéressés et sourient amusés. Dans le coin de la pièce, une guirlande clignote autour du sapin, projetant ses lueurs multicolores contre le mur voisin ; de la cheminée une autre lumière joue de son côté. Il fait bon au chaud. Dehors, la pluie s’est mise à tomber et cogne contre les vitres.

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La cloche n’a jamais sonné aussi fort

Les enfants sont enfin couchés. Oh ! ils doivent bien, dans leur lit, se raconter des histoires et spéculer sur le nombre de cadeaux qu’ils devraient découvrir le lendemain matin, au pied du sapin. Des chants de Noël, tirés de la collection de Claire, égaient la pièce. Les adultes réunis autour de la cheminée goûtent sa chaleur et la joie de cette réunion, ce soir-là si riche en souvenirs. Les visages des uns et des autres, de leurs proches, de ceux qui sont éloignés, de ceux qui ont disparu, paraissent devant leurs yeux. La table a été dressée avec élégance. Cinq assiettes, une supplémentaire pour le voyageur qui passerait par la maison. Justement, un bruit vient de la cour. Le pas d’un cheval ! Raphaël bondit : « La Belle s’est échappée ! » Le choc des sabots sur les pierres se confond avec un grincement, celui d’une voiture d’attelage. Ils sortent et voient une carriole qui s’immobilise au pied du perron. C’est bien la Belle qui est entre les brancards, parfaitement harnachée. Le poulain est libre à ses côtés. La voiture bouge et en descend une silhouette familière. 

Ils le reconnaissent, c’est Pierre-Édouard, le cousin abbé. « J’étais seul. Cela arrive parfois aux curés qui n’ont plus de charge et sont oubliés ; alors je me suis souvenu que ton village n’avait pas de prêtre. Je me suis mis en route, pensant te faire une surprise en fin d’après-midi, mais je suis tombé en panne, en rase campagne. Puis j’ai vu arriver ce cheval attelé. Comme dans un conte, j’ai embarqué sans me soucier de la suite des évènements, quoique j’en eusse une petite idée. Et me voici. » La cloche n’a jamais sonné aussi fort, pour annoncer, dans ce minuscule village, la messe de minuit. Tous ses habitants, même ceux qui n’avaient pas envisagé d’y assister, se sont serrés dans la petite église, bien avant minuit. On n’allait tout de même pas faire attendre le père Pierre-Édouard qui avait parcouru un si long chemin pour venir jusqu’ici grâce à un véritable miracle. Sûr que le Seigneur savait une fois de plus ce qu’Il faisait. On a laissé la porte à demi-ouverte et la Belle, entre les réponds, manifeste sa présence en cognant ses sabots sur la pierre du porche.

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