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Le Noël meurtri des chrétiens d’Arménie 

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KAREN MINASYAN / AFP

Des chrétiens arméniens à Noël (2018)

Cécile Séveirac - publié le 21/12/22

Entre les attaques de l’Azerbaïdjan en septembre sur le territoire de la République d’Arménie et le blocus au Haut-Karabagh, les chrétiens retiennent leur souffle à l’approche de Noël, fêté le 6 janvier par l'Église apostolique arménienne.

C’est un Noël qui s’annonce, une fois de plus, difficile pour le peuple arménien. Ce pays du Caucase, dont la population est à 90% chrétienne, est encore la proie des intimidations azéries, manifestées par une nouvelle agression les 13 et 14 septembre 2022, cette fois-ci directement sur le territoire de la République d’Arménie. Si le climat général semblait s’être un peu apaisé après ces attaques, la République d’Azerbaïdjan a changé de méthode. Depuis une dizaine de jours, elle opère un blocus du corridor de Lachin, au Haut-Karabagh. Ses habitants sont donc coupés du reste du monde, puisque cette bande de terre est le seul moyen de relier cette enclave à la République d’Arménie. Ce sont en tout 120.000 personnes, dont 30.000 enfants et 20.000 personnes âgées, qui sont prises en otage et s’apprêtent à passer un Noël douloureux (les chrétiens d’Arménie fêtent généralement Noël le 6 janvier, ndlr).

« Ce qui se passe aujourd’hui au Haut-Karabagh est l’application dans toute sa splendeur d’une politique de pression et de harcèlement menée par la République d’Azerbaïdjan, aidée par la Turquie et le Pakistan, contre les Arméniens du Haut-Karabagh », explique à Aleteia Maxime Yevadian, historien et membre associé du laboratoire CNRS d’HiSoMA (Lyon). L’Arménie est le verrou qu’il faut écraser, le caillou dans la chaussure de la continuité du monde turcique rêvée par ses voisins turcs et azéris.

Une crise humanitaire volontairement déclenchée

Jeudi 22 décembre, cela fera dix jours que le blocus a débuté, fermant toutes les routes. Les stocks de nourriture s’épuisent progressivement. Les malades graves ne peuvent être transférés à Erevan, la capitale, et demeurent bloqués à l’hôpital de Stepanakert. Un patient est déjà mort, et quatre autres sont dans un état grave, selon le quotidien Nouvelles d’Arménie. 24 opérations chirurgicales sont en suspens, les accouchements sont compliqués voire dangereux pour certains. En dehors de l’agriculture, plus aucune activité économique ne permet à l’Artsakh de vivre correctement. « La population est emprisonnée, enfermée », poursuit Maxime Yevadian, l’Azerbaïdjan est en train de créer volontairement une grave crise humanitaire. » 

Si le gaz a été rétabli assez rapidement avec la pression exercée par la Russie, la réaction internationale n’est pas suffisamment forte pour contraindre les Azéris à rouvrir le corridor et permettre le ravitaillement. Si aucune tentative de négociation n’est amorcée de la part de la communauté internationale, la situation risque fort de s’aggraver. « Si rien n’est fait d’ici-là, on peut le dire, Noël sera amer le 6 janvier pour l’Artsakh », estime Maxime Yevadian.

« La conjoncture actuelle est effectivement angoissante », reconnaît Mgr Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, auprès d’Aleteia. « Nous appelons les autorités françaises à prendre contact avec les autorités du Haut-Karabagh pour trouver une solution. Ceux qui encerclent le Haut-Karabagh sont les mêmes que ceux du génocide de 1915. Il faut réagir. » 

En République d’Arménie, Noël comme refuge 

La situation est un peu plus réjouissante en dehors de l’enclave, tout du moins à Erevan, à en croire les témoignages de volontaires français de l’Œuvre d’Orient sur place : « On s’apprête à fêter Noël relativement normalement », témoigne auprès d’Aleteia Félix, volontaire depuis septembre au séminaire catholique d’Erevan. « L’ambiance est plutôt festive, il y a énormément de décorations dans les rues. »

« Le souvenir de la guerre de 2020 a resurgi en septembre lorsque l’Arménie a été de nouveau attaquée, mais depuis l’ambiance est un peu plus apaisée », raconte de son côté Elisabeth, elle aussi volontaire depuis 3 mois. « Les Arméniens ont la foi chevillée au corps, ils font preuve d’une résilience extrême », poursuit-elle. « La joie de Noël demeure présente ici à Erevan, les gens cherchent à tout prix à maintenir en vie ce qui peut apporter de l’espérance et de la lumière. Ils sont viscéralement attachés à ces traditions qui constituent presque un refuge. Malgré tout, la guerre rôde toujours en arrière-plan, un peu comme une ombre, surtout avec ce qui se passe au Haut-Karabagh. Je me fais du souci pour une famille de Lachin que j’avais rencontrée à Erevan à l’hôpital, ils avaient fait 7 heures de route pour venir à l’hôpital », se souvient Elisabeth. « Je me demande comment ils vont fêter Noël là-bas ». Cette pression exercée par l’Azerbaïdjan, les habitants continuent de la ressentir. Mardi 20 décembre, une manifestation à Erevan demandant la fin du blocage du corridor a témoigné de ce climat délétère.

Pays menacé d’effacement, « éclat de nous-mêmes fiché en Orient » selon l’expression de Sylvain Tesson, le martyre silencieux de l’Arménie semble ne pas vouloir trouver de fin. Plusieurs dizaines de milliers de familles déplacées depuis la guerre de 2020 continuent de vivre dans des conditions précaires. « Ces familles n’ont plus de perspectives de vie. Sans emploi, elles vivent dans des hébergements d’urgence », déclare Mgr Gollnisch. On célèbre Noël évidemment; mais Noël n’estompera pas la situation d’extrême difficulté dans laquelle se trouvent les chrétiens. » 

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ArménieChrétiens d'OrientGuerreNoëlPersécutions
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