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Sans complexe sur le sexe

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Jean Duchesne - publié le 06/12/22

La banalisation du sexe sans limites produit moins de joies que de frustrations et de mensonges qui brouillent les relations entre les hommes et les femmes. Pour l’essayiste Jean Duchesne, la foi chrétienne invite à une lucidité qui résiste aussi bien à l’idéalisation qu’au mépris.

L’Église a la réputation d’être mal à l’aise face au sexe. Elle ne reconnaîtrait pas la place qu’il occupe dans l’existence humaine, l’enfermant dans le cadre du mariage indissoluble et ouvert à la procréation, imposant à ses prêtres un célibat dont nombre d’entre eux s’avèrent incapables, et préférant camoufler leurs incontinences sans s’inquiéter de leurs victimes. Cette attitude peut alors être présentée comme non seulement irréaliste et impraticable, mais encore hypocrite. Reste à se demander si les opinions généralement reçues aujourd’hui en la matière sont tellement plus raisonnables et plus bénéfiques.

La doxa actuelle semble être que toute activité sexuelle est légitime pourvu que ce soit entre adultes consentants. On ne se donne même plus la peine de déculpabiliser les pratiques solitaires. Tout cela serait d’ordre aussi ludique qu’irrépressible, et sans conséquences à subir, bien que des dimensions affectives et des attachements sentimentaux (mais pas forcément durables) ne soient pas à exclure. 

La banalisation en échec

Ce qui révèle cependant que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur possible des mondes « libérés » du joug de la morale traditionnelle, c’est l’émergence, dans les années 1960-1970, d’une science nouvelle : la sexologie, devenue depuis une spécialité médicale et clinique. Elle offre des consultations et traitements remboursés par la Sécurité sociale à l’hôpital, dans des cabinets privés et sur Internet, et produit aussi des études universitaires sur l’impact (généralement néfaste) des frustrations érotiques aux niveaux économique ou social (et pas seulement du couple ou de l’épanouissement personnel).

Avec les rapports Kinsey (1947) puis Masters et Johnson (1957) aux États-Unis, on a commencé à s’intéresser aux dysfonctionnements usuels (et non plus seulement pathologiques comme au temps de Sigmund Freud et de Wilhelm Reich) de la sexualité, autrement dit aux problèmes en quelque sorte inhérents à son exercice « normal » ou « ordinaire ». Cette prise de conscience a coïncidé, alors que s’achevaient les « Trente Glorieuses », avec la « révolution sexuelle », où les inhibitions ont été attribuées aux conformismes renforcés par la « société de consommation », tandis que l’apparition de la contraception permettait de faire de la sexualité une fin en soi, déconnectée de la fécondité.

Aujourd’hui, les plaintes médiatisées de victimes d’abus rejoignent les insatisfactions confiées aux sexologues et les complications constatées dans le monde du travail et les recompositions familiales, pour confirmer que l’abolition des interdits classiques (et mal respectés) ne suffit pas à banaliser la copulation en l’installant dans un domaine clos, neutre et sécurisé, accessible à un innocent tourisme individuel. Les deux seules conditions, âge minimal et consentement, qui restent exigées pour toute excursion ou vagabondage de ce type sont d’ailleurs fragiles. 

Deux critères approximatifs

En effet, selon l’Institut national d’études démographiques, les jeunes ont en moyenne leur premier rapport sexuel avant l’âge de la majorité légale. Certes, depuis 2006, il faut en France avoir 18 ans pour se marier. Mais cette mesure illustre surtout le dogme moderne que l’accouplement n’a nul besoin d’un cadre socio-institutionnel, et elle vise essentiellement à empêcher les mariages forcés de très jeunes immigrées. Et des exceptions sont permises, puisque le droit international et les droits de l’homme parlent seulement de « l’âge nubile ». Chez Shakespeare, donc dans la réalité littéraire et artistique qui vaut bien celle des sciences humaines, Juliette a 13 ans et Roméo, à peine moins jeune, n’est visiblement pas plus mature.

D’autre part, l’assentiment n’est pas une affaire simple. Le désir n’est pas spontanément réciproque et synchronisé. Il ne dépend pas exclusivement de la circonstance immédiate, mais repose sur une information plus développée (même sans expérience directe) que par le passé, sur du tacite pudique, et aussi sur de l’inconscient (physiologique ou psychanalytique) qui submerge la volonté. Tout cela, si intimement individuel que ce soit, s’inscrit dans une culture collective, où actuellement le mimétisme tend à transformer en néo-conformismes éhontés les transgressions d’antan et à attribuer les simples réticences à une « ringardise coincée ». 

La rationalité en congé

Le plus grave est peut-être que cette culture fait fi de la rationalité primaire, basée sur la protection de l’intérêt personnel à moyen et long terme, et sur le respect d’autrui en attendant. La suspension du jugement que s’autorise le prédateur n’occulte pas seulement ce qu’il inflige à sa victime. Car en même temps il détruit ce que, par ailleurs et plus foncièrement sans doute, il veut être. Du moins en fait-il un mensonge. Cela vaut bien sûr dans le cas scandaleux du clerc abuseur. Mais est-ce substantiellement différent si le séducteur n’est qu’un « chaud lapin » anonyme et si sa proie n’est pas traumatisée ? Ce qui demeure est un moment absurde, sans signification au-delà de l’instant pour les protagonistes, indéfiniment répétable et oubliable sur terre sans que rien ne frémisse dans l’azur.

L’Église se refuse aussi bien à trivialiser le sexe qu’à le honnir.

C’est peut-être ce qui peut expliquer la position aujourd’hui incomprise de l’Église. En fait, elle se refuse aussi bien à trivialiser le sexe qu’à le honnir. Elle reconnaît d’abord la différence et l’interdépendance entre l’homme et la femme, mais sans en déduire que l’identité sexuée requiert nécessairement des actes sexuels. Car elle sait que l’homme n’est pas heureux s’il se soumet à toutes ses pulsions et que la continence et la chasteté ne sont pas fatalement mutilantes. C’est donc une vision assez objective, qui résiste aussi bien à l’idéalisation qu’à la diabolisation du sexe, et en tout cas à son isolement du reste de la vie.

Le drame de l’autosuffisance

Il faut s’empresser d’ajouter que, pour la foi, le péché — ce qui sépare l’être humain de Dieu — n’est pas, en sa source et son fond, la copulation ni l’orgasme. La Genèse est fort claire là-dessus. L’attirance mutuelle entre Adam et Ève (Gn 2, 18-25) n’est pas la cause de leur chute. Celle-ci est provoquée par l’autonomie qu’ils sont tentés de s’accorder (3, 5-6). Le dévoiement de leurs relations (3, 16) n’est qu’un aspect de cette autosuffisance, qui affecte et corrompt le reste de la création, y introduit divisions et rivalités, et brouille les rapports des créatures entre elles (et d’abord entre l’homme et la femme) aussi bien qu’avec Dieu.

Les tabous sexuels n’occupent qu’une place très marginale dans la Révélation biblique et évangélique. L’essentiel n’est pas là. Jésus n’en parle qu’à peine — et pour s’en distancier : voir les épisodes de la pécheresse pardonnée (Lc 7, 26-50) et de la femme adultère (Jn 8, 1-11). Mais la relation entre l’homme et la femme, telle qu’elle se réalise charnellement dans le mariage, apparaît comme une image ou un reflet et même un agent de la communion féconde que Dieu veut instaurer entre l’humanité et lui-même comme Père et Époux. Cela ne va pas de soi ? Le Christ a bien prévenu qu’il fallait faire un petit effort pour comprendre (Mt 19, 12).

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