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Évêques, prêtres, laïcs… Une Église infantilisée ?

Messe du 25 septembre 2022 Marseille

© Diocèse de Marseille

Pierre Vivarès - publié le 03/12/22

L’Église et ses membres doivent sortir d’une culture de la conformité, entretenue par une forme d’infantilisation, estime le père Pierre Vivarès, curé de la paroisse Saint-Paul à Paris. Associer des laïcs, hommes et femmes, dans le processus décisionnel des communautés peut être une réponse.

Dans l’évangile du bon larron (Lc 23, 35-43), trois fois, il est dit au Christ par les chefs, les soldats et un des condamnés : si tu es le Christ, si tu le roi, si tu es le messie : sauve-toi ! Cela peut rappeler les trois tentations au début de l’Évangile de Matthieu : « Si tu es le fils de Dieu … » Nous savons que le Christ ne rentre pas dans ce chantage : sa puissance n’est pas à son service, elle est au service du Père. Il ne va pas nous faire un tour de magie, une manifestation de domination sur les éléments du monde ou sur les personnes qui l’entourent. Sa puissance sert à guérir, nourrir, sauver, et non pas à se sauver lui-même, à s’échapper ou à écraser l’autre. 

Une retenue existentielle

« De Jésus-Christ et de l’Église, il m’est avis que c’est tout un, et qu’il n’en faut pas faire difficulté » disait sainte Jeanne d’Arc pendant son procès. En méditant sur cette phrase, on pourrait trouver la clé des problèmes qui sont les nôtres avec cette Église dont le Christ est la tête. Mise sur le bois de la croix par les péchés, les crimes et les scandales de ses membres, elle a voulu se sauver elle-même. Elle a voulu se sauver en faisant taire les victimes, en déplaçant les coupables, en cachant les méfaits. Ce réflexe humain, trop humain, de préservation est une immaturité, comme un enfant qui va s’exclamer : « C’est pas moi ! » lorsqu’une bêtise est constatée par un adulte. Cette immaturité est le fruit d’une infantilisation de toute la chaîne hiérarchique de l’Église. La curie infantilise les évêques, les évêques infantilisent les prêtres, les prêtres infantilisent les fidèles. Chaîne d’enfants immatures et irresponsables qui ne prennent pas leurs responsabilités et considèrent toujours que l’échelon inférieur ne pourra pas comprendre les enjeux, qu’il doit être protégé et laissé dans l’ignorance, qu’il n’a pas de compétence pour saisir et agir. 

Il faut avoir reçu l’épais questionnaire envoyé à un prêtre lorsqu’un de ses confrères est pressenti pour l’épiscopat afin de sentir le poids de cette infantilisation.

Cette infantilisation verticale produit des cadres ecclésiaux terrorisés que l’on va chercher parmi ceux qui feront le moins de vagues. Malgré le travail des formateurs, très souvent de qualité, certains candidats se considèrent dès le séminaire comme des enfants, des potaches en étude, qui doivent apprendre un subtil langage ecclésial et une retenue existentielle qui les mettront entre le marteau et l’enclume pour le reste de leur vie. Il faut avoir reçu l’épais questionnaire envoyé à un prêtre lorsqu’un de ses confrères est pressenti pour l’épiscopat afin de sentir le poids de cette infantilisation. Sous peine de péché grave, sub secreto pontificio, on ne peut en révéler ni la teneur ni le nom du (mal)heureux impétrant. Mais ce n’est pas que sur la conformité doctrinale ou la pureté des mœurs que le questionnaire porte — ce qui serait normal à condition que cette consultation fût largement adressée aux laïcs avec lesquels il a vécu et œuvré — c’est aussi sur une certaine culture ecclésiale que porte le questionnaire. Sans parler des prestations de serment que nous devons régulièrement faire comme curé ou professeur, à chaque nomination : c’est une culture de conformité qui pourrait tendre à une culture d’uniformité qui étouffe l’Esprit. 

Sur une ligne de crête

Tout le monde proclame qu’il faut de la transparence, mais les vitres restent bien teintées cependant. Par capillarité, nous voyons remonter cette infantilisation au plus haut sommet de la hiérarchie catholique, car il ne faut pas beaucoup de logique pour comprendre qu’un laïc immature peut devenir un cardinal incompétent. Si les victimes d’abus peuvent devenir coupables d’abus, des fidèles infantilisés peuvent devenir des prêtres infantilisants et ainsi se perpétue un cléricalisme qui va se solidifier sur des décennies.  

L’Église ne peut correspondre à aucun schéma connu de gouvernance que l’histoire a créé ou nous a légué.

« Que faire alors ? » La démarche synodale initiée depuis plus d’un an maintenant veut être une des réponses possibles pour une aération interne de l’Église. Cela consiste à associer des laïcs, hommes et femmes, dans le processus décisionnel des communautés. Ce n’est ni une garantie de maturité, ni la certitude de ne pas faire d’erreurs, mais suivant la sagesse de la règle de saint Benoît qui invite le Père Abbé à solliciter l’avis de tous, même des plus jeunes, l’étendue de la consultation permet une plus grande justesse et ouverture des décisions. Nous sommes sur une ligne de crête entre d’un côté le fantasme d’un processus démocratique en Église (qui ne reviendrait qu’à donner un blanc-seing à l’esprit du monde lequel, avec la capacité d’agitation et de lobbies qu’on lui connaît, ne chercherait pas la fidélité à la doctrine mais céderait à ceux qui s’agitent le plus) et d’un autre côté l’absolu des décisions confisquées par une seule personne. L’Église ne peut correspondre à aucun schéma connu de gouvernance que l’histoire a créé ou nous a légué. Elle est à part mais elle est influencée par les sociétés dans lesquelles elle vit : elle est toujours tentée de suivre ou de s’opposer radicalement, dans l’exercice de son propre gouvernement, à ce qu’elle voit vivre autour d’elle. 

Le temps de l’Église

Il est donc quotidiennement question d’un discernement qui doit s’opérer, n’éludant aucune piste mais ne se satisfaisant d’aucune mode. L’urgence du changement est l’ennemi premier d’un discernement de qualité et même si les problèmes sont réels et demanderaient, pour satisfaire le temps médiatique, qu’on agisse rapidement, cela pourrait vite devenir de la précipitation. Le temps de l’Église est un temps long, mais c’est un temps sûr, qui éprouve parfois la vertu d’Espérance, qui repose sur la foi et ne peut se dispenser de la charité. 

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