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Martin Steffens : « Dans l’épreuve, la confiance en Dieu est la règle d’or »

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Marzena Devoud - publié le 22/11/22

Comment affronter la peur et la confusion, quand ressurgissent les fantômes que l'on croyait définitivement passés comme la guerre ou les épidémies ? Comment, en tant que chrétien, continuer à aimer la vie ? Le philosophe Martin Steffens pose un regard sur les enjeux qui se dressent devant nous.

En période de chaos et de crise il faut avant tout lire les livres, avait coutume de dire l’imminent mythologue Joseph Campbell. En suivant sa pensée, il semble urgent de (re)plonger dans les livres de Martin Steffens dont la réflexion porte particulièrement sur la manière d’accueillir le réel tel qu’il est, sans s’y résigner, mais au contraire en se sachant aimé depuis toujours et pour toujours par Dieu. Même si les nuages s’accumulent, ceux des guerres et des différentes crises qui refont surface de façon particulièrement menaçante. Rencontre avec Martin Steffens, professeur agrégé de philosophie, auteur notamment de « Rien d’autre que l’amour » (Salvator) qui esquisse des repères lumineux pour trouver la sérénité en allant la puiser à l’essence de vie chrétienne. Le premier repère ? Savoir, de tout son cœur, que le meilleur est désormais sûr.

Aleteia : Face au présent qui nous envoie dans la guerre et les menaces de multiples crises, il est difficile de ne pas succomber à la peur. Comment ne pas s’y pas enfermer ?
Martin Steffens : Avec les réseaux sociaux, Internet, nous sommes dans une épreuve que l’humanité traverse en même temps, sur tous les continents, avec cette simultanéité qui est une première dans toute son histoire. C’est ce qui démultiplie les peurs. La tentation, à travers ces images, c’est de nous mettre dans un temps et un espace qui ne sont pas humains. Ce qui nous est donné de vivre, c’est l’épreuve, et la question est : comment la vivre, comment en sortir vainqueur avec le Christ qui, Lui, a déjà gagné? Quand le Christ fait appel à notre pouvoir d’action, il tient compte de notre prochain et du fait qu’à chaque jour suffit sa peine.

Si nous pouvons avoir très mal pour les Ukrainiens ou les chrétiens persécutés, et si nous avons peur des lendemains avec les menaces qui pèsent de plus en plus, nous sommes dans une géométrie qui nous dépasse. Quand on est débordé, il faut confier à Dieu ce qui nous dépasse. C’est la part de Dieu, celle qui lui revient. Celle qui, en fait, nous ramène au niveau du prochain, à un amour d’autant plus fort, à une présence plus offerte à l’instant présent. Si on se coupe du prochain, on devient l’otage des forces du mal.

Mais comment ne pas avoir peur alors que la guerre s’inscrit déjà dans nos mots ?
Le Christ nous dit : ne vous faites pas tant de soucis, soyez libres. Surtout, veillez à restituer toujours le périmètre réel de votre action. Si l’épreuve vient, la question restera la même, celle que pose Etty Hillesum (jeune femme néerlandaise d’origine juive, morte en 1943 à Auschwitz, ndlr) : « Aujourd’hui, qu’est-ce que je peux faire ? »

La question d’Etty Hllesum n’invite-t-elle pas à ce « plus de vie » dont vous parlez. C’est quoi, ce « plus de vie » ?
L’être humain est tenté naturellement de voir toujours l’accomplissement de son humanité par le haut. Il s’agit du modèle très grec de l’ascension par le haut, auquel le christianisme propose un modèle d’accomplissement par le bas. Au lieu de relever le niveau et remonter, il faut descendre dans nos peurs, percer les enfers comme le Christ l’a fait par amour de la vie. Dans la peur de la mort, il y a l’amour de la vie. Pour maintenir la vie et la joie de vivre, il faut aller encore plus dans la descente. Comme Dieu qui descend dans notre humanité : c’est là qu’il y a une source de vie très profonde. Si certaines souffrances semblent inconsolables ou insurmontables, elles poussent à ce « plus de vie ».

Par la vie que l’homme reçoit et le salut que Dieu lui offre, il ne peut rien arriver à un chrétien qui soit autre que l’amour.

Alors oui, la menace approche. Mais par la vie que l’homme reçoit et le salut que Dieu lui offre, il ne peut rien arriver à un chrétien qui soit autre que l’amour. Le chrétien est reconfiguré à l’amour. Pour se convertir à cet amour, il ne faut pas attendre que toutes les conditions soient réunies. Ainsi, il n’y a qu’en s’agenouillant devant Dieu qu’on saura qui Il est. Et il n’y a qu’en aimant absolument sa propre vie qu’on saura pourquoi cette épreuve nous est donnée.

Dans votre livre « Rien que l’amour », vous écrivez que, pour continuer à aimer la vie, il faut revenir à l’esprit d’enfance…
Pour le comprendre il faut d’abord distinguer trois âges qui ne sont pas vraiment ce que l’on croit : l’enfant, l’adolescent et l’adulte. L’état d’enfance, c’est l’adhésion spontanée au monde, à tout ce qui arrive, au réel. Il est minuit. On frappe à la porte. C’est le Père Noël. Qu’il ait les mêmes chaussures que l’oncle Christophe ne change rien. Pour l’enfant c’est le Père Noël en chair et en os. L’enfant prend le bonheur qui vient au pied de la lettre. Puis il y a l’adolescence qui est tout le contraire : ce n’est plus l’adhésion spontanée, mais le refus réfléchi et l’esprit critique. Derrière le Père Noël, l’adolescent voit une tradition ringarde et le mensonge des parents.

Cultiver l’esprit d’enfance, c’est vouloir que toute notre vie ressemble à la joie du consentement du mariage.

Enfin, il y a l’âge adulte qui, pour beaucoup, est une adolescence installée. On ne se fait plus avoir. On se laisse plus rien raconter. On est dur comme une pierre. Alors on s’aigrit et on vieillit. Le refus est de moins en moins réfléchi et de plus en plus spontané. Mais en fait, l’adulte, ce n’est pas ça. La vraie maturité c’est tout le contraire : c’est prendre le meilleur de l’enfance et de l’adolescence. C’est la rencontre heureuse de ce qu’il y a de meilleur dans l’enfant et dans l’adolescent. C’est l’adhésion réfléchie. On n’adhère plus comme l’enfant, mais on est quand-même toujours prêt à se laisser à nouveau saisir par l’émerveillement de la vie. C’est l’esprit d’enfance : l’enfance selon l’esprit, si nécessaire pour continuer à aimer la vie.

Comment retrouver cet esprit d’enfance ? Comment le cultiver ?
Il faut le décider. Dire « oui » d’emblée. Quand on se décide, il y a quelque chose qui n’attend pas toutes les raisons de le faire. C’est ce qui arrive à Pierre quand Jésus l’appelle à le suivre. Il n’attend pas que toutes les raisons soient réunies, mais il jette ses filets. Faire le choix, alors même qu’on devrait attendre d’en savoir plus, c’est la foi ! Je marche vers toi, je ne sais pas très bien pourquoi, mais je continue, je fais le pas de plus. C’est le « oui » de Marie. C’est aussi le oui des mariés : ils ne savent pas exactement comment toute leur histoire va s’inscrire à l’intérieur de leur oui et de leur consentement. Notre foi doit s’inscrire à l’intérieur de notre alliance, de notre « oui ». Cultiver l’esprit d’enfance, c’est vouloir que toute notre vie ressemble à la joie du consentement du mariage.

Si vous deviez donner un conseil, une piste, pour réussir à garder cette attitude du « oui » d’emblée, malgré toutes les turbulences… ?
C’est celui de saint Thomas d’Aquin : « Dieu ne permet aucun mal dont il ne puisse tirer un bien plus grand. » Le mal n’excède jamais le bien. L’art, c’est de tirer un bien du mal. Le mal ne défigure pas le plan de Dieu. En temps d’épreuve, il faut se demander comment vivre comme saint Pierre qui marche sur l’eau, sans sol ferme sous ses pieds, et ne pas couler. La réponse se trouve dans la confiance. C’est ainsi que nos parents nous ont appris à marcher. Nous y sommes tous arrivés parce que nous étions avant tout habités par la confiance en nos parents. La confiance en Dieu est la règle d’or.  

Découvrez aussi douze pensées lumineuses des grands saints sur la paix comme don de Dieu, tirées du livre La paix (Magnificat) :

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