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« La réussite de chaque JMJ tient du miracle »

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JMJ 1997

© JOEL SAGET | AFP

Les JMJ de 1997.

Charles Mercier - publié le 21/11/22

Auteur d’une histoire des JMJ, “L’Église, les Jeunes et la Mondialisation” (Bayard), l’historien Charles Mercier raconte aux lecteurs d’Aleteia comment sont nées les JMJ, quelles ont été leurs difficultés, comment elles ont évolué, quels sont leurs fruits. Depuis près de quarante ans, les JMJ témoignent du miracle de la jeunesse de l’Église.

Le coup d’envoi des JMJ 2023 de Lisbonne vient d’être lancé avec les journées diocésaines préparatoires du 19 au 23 novembre. Ces JMJ seront la dix-septième édition de ces rencontres internationales. Nées en 1984 sous le pontificat de Jean Paul II, « l’inventeur des JMJ », elles n’ont pas cessé depuis de parcourir le monde, en relevant à chaque fois des défis organisationnels périlleux. Si la fécondité spirituelle des JMJ n’est pas mesurable, leur impact dans les pays d’accueil a toujours eu un effet positif, et nombreux sont les participants à devoir leurs choix de vie aux JMJ.  

Aleteia : Quelle fut l’intuition initiale des JMJ, ces grands rassemblements mondiaux itinérants, sans équivalent dans l’histoire ? 
Charles Mercier : L’intuition initiale des JMJ, telle qu’elle apparaît dans les discours de Jean Paul II, est double. L’expérience du grand rassemblement international doit permettre aux participants de vivre une expérience spirituelle forte à même de les ancrer dans le catholicisme, alors que leur environnement familial et social (en Occident tout du moins) est de plus en plus déchristianisé.

Les JMJ font en quelque sorte le pari de la communication de la foi par les pairs, alors qu’il y a une panne générale des mécanismes permettant de transmettre la religion aux nouvelles générations. Les JMJ ont aussi une dimension géopolitique : lorsque Jean-Paul II prononce pour la première fois l’expression « Journée mondiale de la jeunesse » (avril 1985), il l’associe à des objectifs de transformation du système international par les nouvelles générations, dans un contexte de Guerre froide. Le rassemblement des jeunes peut faire de ces derniers des acteurs de solidarité et de paix.  

En dépit des apparences, aucune JMJ n’a ressemblé à la précédente. Y a-t-il eu une évolution des JMJ ? Les papes Benoît et François y ont-ils laissé leur marque ?
On retrouve un canevas commun depuis le rassemblement des Rameaux au printemps 1984, dans le cadre du jubilé de la Rédemption, qui apparaît comme un véritable prototype. Chaque édition alterne les temps forts où la foule est rassemblée autour du Pape, et les moments de dispersion en plus petits groupes au sein de la ville hôte. Dès le départ, la dimension sacramentelle (confessions, messes) est très importante.

Mais les organisateurs locaux impriment à chaque fois leur marque, en lien avec la culture du pays hôte. Sur la durée, les JMJ ont eu tendance à se rallonger, notamment avec l’insertion d’une semaine préalable d’accueil dans les diocèses, à partir de la JMJ de Paris en 1997. Benoît XVI a sans doute essayé de donner plus d’intériorité à la veillée du samedi soir, mais ce processus était déjà enclenché depuis l’édition française, où l’archevêque de Paris, Mgr Lustiger, avait bataillé contre la curie romaine pour que la veillée du samedi soir soit organisée autour des baptêmes de jeunes adultes.

Sous François, il me semble qu’on assiste à une volonté d’autolimitation du charisme pontifical, peut-être pour éviter tout phénomène de « starisation », et pour inviter les jeunes à se reconnaître eux-mêmes porteurs d’un charisme. Lors de la JMJ de Cracovie (2016), le Pape n’avait pas fait le tour des allées par exemple. Le relatif effacement du Pape semble signifier que le renouveau viendra de la base.  

Le public des JMJ est celui de la jeunesse. Comment la nouveauté de l’Église s’est-elle exprimée à travers la créativité des JMJ ? 
Dès le rassemblement de 1984, on trouve une volonté de renouveler les codes, notamment musicaux. Le chœur de la chapelle Sixtine est prié de laisser la place aux groupes catholiques de pop music, dont ceux des Focolari. Les organisateurs, notamment ceux de l’édition de Paris, n’ont pas hésité pas à faire appel à des artistes contemporains pour façonner l’événement, ni à recourir à des professionnels du spectacle et de la communication.

La créativité est le fait des jeunes eux-mêmes, nombreux dans les comités de préparation, notamment pour la JMJ de Manille, où les moins de 30 ans sont aux manettes. La créativité vient aussi des participants. Lors de cette même JMJ de Manille, une partie de la foule commence à scander « Lolek », le surnom de Wojtyla quand il était adolescent. Jean-Paul II dit alors aux jeunes gens d’arrêter car « Lolek était un jeune homme et Jean-Paul est un vieil homme », ce qui n’empêche pas les cris de continuer de plus belle. Le pape fait alors tournoyer sa canne à la manière de Charlie Chaplin, puis la laisse tomber, et prend les mains de ceux qui sont à ses côtés pour se balancer à leur rythme. Les JMJ sont faites de ces moments d’improvisation qui échappent pour partie aux organisateurs. 

Le caractère international des JMJ a fait leur force, mais aussi leurs difficultés. Les JMJ, c’est le choc des cultures, des diocèses et des mouvements, des Églises nationales et de la curie romaine, des sensibilités religieuses… Comment ces différences ont-elles été vécues et assumées ?
Oui, les JMJ sont un bon observatoire des difficultés de la gouvernance de l’Église catholique. Lors de la première édition, les organisateurs, qui étaient tous romains mais qui appartenaient pour les uns aux nouveaux mouvements, pour les autres à l’Action catholique, ont cherché à dépasser et à valoriser leurs différences en faisant de celles-ci des leviers au service du projet commun. Cela a permis de surmonter une partie des antagonismes initiaux.

Ce discours de la pluralité positive a été par la suite souvent mobilisé, et a permis de présenter ce qui pouvait apparaître un obstacle comme une richesse. Pour limiter les conflits sur les domaines de compétences, une charte organisationnelle a été élaborée après la JMJ de Toronto. Malgré tous ces mécanismes, l’organisation d’une JMJ reste un cauchemar organisationnel. Quand on découvre les conditions de préparation, et le côté parfois très sommaire des dispositifs censés permettre l’organisation d’un rassemblement mondial de jeunes, la réussite finale tient du miracle. 

Le caractère missionnaire des JMJ a visiblement dépassé la jeunesse elle-même, comme si la jeunesse est appelée à porter la mission de l’Église en s’évangélisant elle-même. Peut-on parler de la portée diplomatique, politique, sociale ou culturelle des JMJ ? 
Au cours des rassemblements, la concentration des jeunes catholiques dans un même lieu crée un phénomène de contagion émotionnelle qui ne laisse pas indemne ni les habitants de la ville hôte, ni les journalistes qui couvrent l’événement. Les JMJ ont une portée sociale et culturelle très forte sur le moment, notamment dans la région d’accueil. À Denver, en 1995, les riverains du site du rassemblement final, qui avaient exprimé leurs appréhensions et leur mécontentement avant l’événement, réagissent très positivement à l’arrivée des jeunes pèlerins.

La JMJ de 1991 à Czestochowa a représenté, pour les 80.000 jeunes Soviétiques qui y ont participé, la première occasion de franchir les frontières de l’URSS, qui vivait ses derniers instants. 

Une partie du voisinage se mobilise pour soutenir les jeunes dans leur marche, en les saluant, les applaudissant ou en leur offrant des rafraîchissements. Dans les semaines qui suivent le rassemblement, les églises catholiques de Denver sont quasiment prises d’assaut, mais l’engouement ne dure pas. Du point de vue diplomatique et politique, l’impact dépend des éditions. Les discussions entre le Pape et les chefs d’États qui l’accueillent ne sont pas déterminantes, mais le rassemblement de jeunes de toutes origines a participé au décloisonnement du monde et à l’ouverture des frontières. La JMJ de 1991 à Czestochowa a représenté, pour les 80.000 jeunes Soviétiques qui y ont participé, la première occasion de franchir les frontières de l’URSS, qui vivait ses derniers instants. 

Près de 40 ans après le lancement de la première JMJ, il est tentant de vouloir établir un bilan. La fécondité spirituelle des JMJ est-elle mesurable ? 
Si l’on prend les indicateurs statistiques dans les pays où les JMJ se sont tenues, l’effet de court terme est réel, surtout en termes de croyance. Les participants italiens à la JMJ de Rome en 2000 étaient 80% à considérer que la JMJ les avait confirmés dans la foi. L’impact spirituel d’une participation aux JMJ a été mesuré très précisément par des sociologues australiens, qui avaient mené une enquête auprès d’un échantillon de 4776 pèlerins à l’occasion du rassemblement de Sidney en 2008. Cinq mois après, ils notaient une augmentation de 50% de la prière personnelle.

Sur le moyen terme, les JMJ ont sans doute ralenti le processus d’éloignement des 18-29 ans de l’Église catholique, sans renverser pour autant le processus de désaffiliation.

La question qui se pose, c’est la durée de cet effet JMJ. Sur le moyen terme, les JMJ ont sans doute ralenti le processus d’éloignement des 18-29 ans de l’Église catholique, sans renverser pour autant le processus de désaffiliation. Elles sont sans doute trop espacées dans le temps pour contrebalancer les dynamiques des environnements du quotidien. D’un point de vue statistique, elles ne touchent qu’une minorité des jeunes (entre 0,5 et 5 % selon les pays). 

Beaucoup de participants et d’observateurs, vous en témoignez dans votre livre, ont vécu leur présence aux JMJ comme des moments de grâce, parfois totalement inattendus. Si tout événement chrétien est d’abord l’événement d’une rencontre avec le Christ, la semence des JMJ n’a-t-elle pas fini de porter du fruit ?  
Oui, et cela contrebalance la réponse précédente. La fécondité spirituelle d’un événement n’est pas quantifiable. Beaucoup de personnes que j’ai interrogées, dans des contextes très différents, aux Philippines, en Pologne, ou en Amérique du Nord, et qui sont maintenant quadragénaires ou quinquagénaires, m’ont confié que les JMJ, vécues au cours de leur jeunesse avaient orienté leurs choix existentiels, et restaient la « pierre angulaire de la vie ».  

Propos recueillis par Philippe de Saint-Germain.

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