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Pourquoi utilise-t-on du vin blanc à la messe ?

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Pascal Deloche / Godong

Pierre Doat - publié le 19/11/22

Quel enfant n’a jamais posé la question en voyant le contenu de la burette de vin : "Mais pourquoi ce n’est pas du vin rouge, si ça va devenir le sang de Jésus ?" Souvent, on s’en sort en invoquant l’argument pratique: "C’est pour ne pas tâcher les linges." Cette réponse est vraie, et sans doute suffisante pour un enfant, mais il est possible de profiter de la question pour aller plus loin dans notre compréhension de l’Eucharistie.

Il est permis ici d’être catégorique : Jésus, lors de son dernier repas avec ses disciples, a utilisé du vin rouge. D’abord parce que le vin blanc était rare, mais aussi parce qu’il était cher. Les Évangiles faisant silence sur ce détail, rien ne permet d’affirmer que Jésus ait choisi autre chose que du vin ordinaire. Donc rouge. De la même façon, dans les siècles qui ont suivi, les chrétiens ont célébré l’Eucharistie avec du vin rouge. Parce que le Christ l’avait fait, sans doute, mais aussi certainement parce que la couleur rouge renvoyait de manière plus évidente au symbolisme du sang. La seule recommandation courante était de choisir un vin de bonne qualité. Ainsi, Grégoire de Tours (594) s’emporte contre un « vaurien de sous-diacre » qui a la fâcheuse habitude de remplacer le délicieux vin rouge de Gaza offert par les fidèles par « une très forte piquette », afin d’emporter chez lui le précieux nectar !

Une question d’usage ?

Peu à peu, l’Église d’Occident privilégie le vin blanc, pour des raisons pratiques, mais aussi peut-être en réaction à des excès qui survenaient parfois dans l’adoration du précieux sang, notamment au cours du XIIIe siècle, période de très forte dévotion eucharistique. Des évêques se plaignaient par exemple que des prêtres conservaient le précieux Sang en dehors de la messe pour le montrer aux fidèles dans des ampoules en verre, lesquelles se brisaient parfois, victimes de la piété pressante des fidèles. En généralisant le vin blanc, on a voulu éviter ces excès qui mettaient en péril la conservation respectueuse du saint Sacrement. Cependant, encore aujourd’hui, les liturgies de rite oriental, qu’elles soient ou non catholiques, ont conservé l’usage du vin rouge.

Mais finalement, quelle est la règle aujourd’hui ? La Présentation Générale du Missel Romain, qui est le texte normatif pour la célébration de l’eucharistie dans l’Église catholique de rite romain, n’apporte pas de précision. Il est seulement demandé, au n°322, que le vin soit un vin naturel (sans additifs, non chaptalisé). Dans l’absolu, il est donc possible de célébrer la messe avec du vin rouge ! Alors, pourquoi conserver l’usage du vin blanc ?

L’argument pratique reste significatif, par miséricorde pour les personnes chargées de nettoyer les linges d’autel. Mais on peut en évoquer un autre, qui nous aide à saisir de manière plus profonde le sens de la célébration de l’eucharistie. Quand nous célébrons la messe, la tentation est forte de croire que nous « rejouons la Cène », que nous imitons extérieurement les gestes et les paroles de Jésus au soir du Jeudi saint. Si la messe n’est que cela, alors on ne voit pas pourquoi il ne serait pas plus opportun de consacrer du vin rouge plutôt que du vin blanc. 

Ne pas « jouer à Jésus »

Mais à ce moment-là, nous devrions aussi célébrer la messe assis par terre, autour d’une table, vêtus d’une tunique et chaussés de sandales, ce qui, convenons-en, peut présenter des inconvénients dans certaines régions du monde, malgré le réchauffement climatique ! La célébration de l’eucharistie n’est pas une mise en scène de la Cène, elle n’est pas une théâtralisation extérieure du dernier repas du Christ. Par les symboles que nous donne la liturgie de l’Église, par les prières qu’elle met sur nos lèvres, nous avons accès à la réalité qui est célébrée plus sûrement que si nous nous contentions de reproduire extérieurement comme des automates les actes et les paroles de Jésus.

L’usage du vin blanc (…) offre à tous l’occasion de se rappeler qu’assister à la messe, ce n’est pas être spectateur d’un évènement du passé rejoué devant nous

Nul besoin de « jouer à Jésus », nulle nécessité d’utiliser les mêmes instruments ou le même vin pour que son mystère sauveur nous soit rendu présent. Seule compte la prière de l’Église, qui en obéissance au commandement du Christ, fait cela en mémoire de Lui, nous donnant ainsi accès au mystère pascal. Et si on y prête attention, on se rend compte que l’Église a tellement assumé sa responsabilité d’accueillir ce trésor et de le transmettre de la meilleure façon à chaque homme et femme en tout temps et en tout lieu, qu’elle se permet non seulement d’utiliser du vin blanc plutôt que du vin rouge, mais qu’elle est même allée jusqu’à transformer les paroles du Christ dans la consécration du vin.

À titre d’exemple, on peut mentionner le fait que la liturgie romaine, depuis le IVe siècle, fait dire à Jésus : « Ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle… »  Cherchez bien dans vos bibles, dans les quatre récits de l’institution contenus dans le Nouveau Testament, je vous mets au défi de trouver l’expression d’Alliance « nouvelle et éternelle » !

L’Église est responsable de faire « cela » en mémoire du Christ, mais il ne faut pas confondre mémorial et reproduction mimétique. L’usage du vin blanc, en plus de son intérêt pratique, offre à tous l’occasion de se rappeler qu’assister à la messe, ce n’est pas être spectateur d’un évènement du passé rejoué devant nous, mais c’est entrer soi-même dans le mystère d’un Dieu qui nous aime tellement qu’il a versé son sang pour nous, et qui continue à nous donner accès à la puissance de son salut par le sacrement de son Corps livré et de son Sang versé.

Tags:
eucharistieMessevin
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