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La colonisation sans les caricatures

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Photo12 via AFP

Opérations militaires françaises au Maroc, 1912.

Xavier Patier - publié le 16/11/22

L’histoire de la colonisation, faite de grandeur et de misère, n’est pas si simple. L’écrivain Xavier Patier montre qu’elle tissa des liens d’amitié, qui s’exprimèrent jusqu’au dialogue interreligieux.

Quand un président de la République décide, épousant l’air du temps, que la colonisation fut un « crime contre l’humanité », non seulement il insulte les millions de victimes des folies totalitaires du XXe siècle, mais il humilie tous ceux qui, colons ou peuples conquis, ont vécu ensemble un moment de l’histoire de l’humanité plein de grandeur et de misère, de noblesse et d’abjection, comme sont tous les moments de l’histoire de l’humanité, mais un moment qu’il faut avoir le courage de regarder comme il est. 

Des histoires d’amitié

L’idéologie décoloniale repose sur un fantasme, celui d’abolir le passé, et sur une imposture, l’idée que la colonisation n’a apporté que de la brutalité, du racisme et du pillage. Comme si c’était aussi simple ! Plutôt que d’écouter les professeurs de morale amnésiques, mieux vaut se référer aux sources directes, les mémoires et les commentaires des acteurs de terrain comme Mac Mahon, Lyautey, Abd el Kader ou le chef malgache Rabezavana. On y découvre cette chose aujourd’hui inimaginable et censurée : l’aventure coloniale fut pour une large part l’histoire d’une amitié entre les peuples. Amitiés aussi entre des chefs qui s’étaient combattus. Lyautey a ces formules : « Être colonial, c’est faire de l’amitié. Ouvrir des routes, stimuler les écoles, faire de la vie. Respecter non seulement la religion, les femmes, les biens, mais aussi les coutumes. » Le musulman Abd el Kader ne dit pas autre chose. 

La colonisation est un crime qui s’est traduit par un dialogue interreligieux dont nous sommes aujourd’hui incapables

Un exemple concret ? Au soir de sa vie coloniale, Lyautey a reçu du Maroc un singulier témoignage. Cloué au lit par la maladie au palais de Bou Jloud à Fez, il reçoit la visite d’une délégation de 200 imams, oulémas et moqqadems venus lui annoncer que toutes les mosquées du pays sont en prière pour demander la guérison du grand chef chrétien. Pendant ce temps, il entend par la fenêtre la foule prier pour lui dans la cour du Palais. Quelques jours plus tard, Lyautey, convalescent, après avoir entendu la messe se rend à la mosquée pour remercier les musulmans de leur élan d’amitié. La colonisation est un crime qui s’est traduit par un dialogue interreligieux dont nous sommes aujourd’hui incapables, par une liberté qui nous manque, par une sécurité qui fuit nos villes, par les dispensaires, les ponts, la fin de l’esclavage, la connaissance apportée aux plus démunis. Cela n’efface pas le côté obscur de la force coloniale, mais cela a existé. 

« Ils ont fait des sacrifices »

Dans ma paroisse rurale, depuis des années les prêtres sont presque tous des hommes venus des pays francophones d’Afrique. Grâce à ces religieux qui ont quitté leurs familles et leurs amis, nous recevons le Christ et les sacrements chaque dimanche. L’un d’eux, Ivoirien, à qui je demandais s’il n’était pas trop éprouvant de passer un hiver chez nous dans un presbytère humide, me fit cette réponse : « Tes aïeux sont venus chez moi apporter le message de Jésus, ils ont fait des sacrifices pour cela ; c’est à notre tour de venir chez vous pour vous apporter le Christ, c’est bien la moindre des choses. » On peut répéter que la colonisation fut un crime, mais alors, felix culpa : sans elle, mon église serait vide.

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