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La ruine ou l’espérance ? Que la Sagrada Familia nous inspire !

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Pelin Nathalia/ Shutterstock

Tugdual Derville - publié le 10/11/22

Touché par une Église minée par les scandales, en quête de consolation, Tugdual Derville voit dans la construction de la Sagrada Familia une entreprise modèle de réparation marquée par la folie de l’Évangile. La vitalité de cette œuvre d’écologie de la beauté est propre à nous redonner la flamme intérieure.

Un jour, le jeune François d’Assise entend le Crucifié qu’il prie lui demander de « rebâtir sa maison en ruines ». C’était en 1205 dans la chapelle délabrée Saint-Damien. François entreprend alors sa restauration avec ses amis, grâce à l’argent des draps de son père. Beaucoup plus tard, quand la mort s’approche, celui qui est devenu frère François y compose son Cantique des créatures. Il a compris entre-temps que la demande du Seigneur était bien plus vaste et universelle : c’est l’Église de son temps qui menaçait ruine et méritait réparation. François y avait contribué. 

Aujourd’hui, l’esprit de ruine rôde au cœur de l’Église, en particulier en France. Ruine liée aux abus et à leur révélation, à l’extinction d’une bonne partie de la ferveur populaire, à l’effondrement des vocations sacerdotales, mais aussi à l’explosion de bien des couples et des familles. Le message de l’Évangile est parfois rendu inaudible à cause de ceux qui sont chargés de le porter et des ravages de la Modernité. L’édifice se lézarde. Il est à restaurer. Un tel constat nécessite bien sûr des réflexions poussées et des actions concrètes en termes de gouvernance notamment. Mais où puiser leur inspiration ?

Une réparation évangélique

En quête de consolation, je pense beaucoup ces jours-ci à une entreprise de réparation marquée par la folie de l’Évangile : l’édification d’une extraordinaire basilique à Barcelone, la Sagrada Familia, précisément dénommée « temple expiatoire de la Sainte Famille ». Le déjà célèbre édifice, encore inachevé, ne prétend pas répondre aux scandales dans lesquels l’Église semble empêtrée, ni la nettoyer de l’amoncellement de nos péchés. J’y vois cependant une icône rafraîchissante de l’espérance. La vitalité de son histoire est propre à nous redonner la flamme intérieure qui risquerait de s’éteindre si nous ne regardions que les ténèbres alentour.

L’édification de Sagrada Familia est l’archétype d’un foisonnement d’écologie humaine. Elle se déploie dans un contexte historique et géographique spécifique — l’écosystème naturel et culturel de la capitale catalane au bord de la Méditerranée — tout en ayant une portée symbolique et spirituelle universelle. Monument le plus visité d’Espagne, la Sagrada Familia est déjà inscrite au patrimoine mondial de l’humanité. Le mobile de sa construction rend compte de la posture éminente, au cœur de la Création à laquelle il rend hommage, de l’être humain : enjoliveur, chercheur de sens, être incarné et spirituel à la fois. Depuis cent quarante ans, l’immense sanctuaire, prêt à accueillir 14.000 fidèles s’édifie au rythme des vicissitudes de l’histoire des hommes : stoppé par la guerre, soumis aux aléas de la générosité des donateurs, un temps ralenti par la pandémie, il a été consacré par le pape Benoît XVI en 2010 alors qu’il était ouvert au culte depuis quelque temps.

Une basilique expiatoire

Ce projet ahurissant est né dans le cœur d’un homme, l’architecte catalan Antoni Gaudi, qui est inhumé dans sa crypte. D’où vient qu’une confrérie, l’Association des dévots de Saint-Joseph, décidée à bâtir une église qui risquait d’être simplement néogothique entre les mains d’un premier architecte fit confiance au projet pharaonique de cet homme de seulement 31 ans ? Commencé en 1882, sa Sagrada Familia est le cœur d’un quartier de la grande ville, ornée par ailleurs de multiples bâtiments conçus par ce génie catalan. Il paraît que l’âme catalane explique en partie qu’une telle folie ait été possible. Je suppose que si elle avait été envisagée du côté de la France, nous aurions été nombreux à crier au scandale. L’œuvre de Gaudi est un pied de nez au conservatisme étriqué. Mais elle n’en est pas moins enracinée dans la grande tradition des bâtisseurs de cathédrales. Comme eux, Gaudi a inauguré un processus puis s’est effacé dans la mort. Le temps est supérieur à l’espace : à l’époque du « tout, tout de suite » l’édifice aura mis un siècle et demi à s’édifier. Quelle « expiation » de nos péchés d’impatience, de précipitation, d’accélération forcée ! Et la réalisation de ce projet ressemble davantage à la croissance organique d’un arbre qu’au montage d’une machine. 

Lorsque la dernière et plus haute tour sera achevée — dans peu d’années, si Dieu le veut — ce sera néanmoins la plus haute église du monde. C’est dire l’ambition de son concepteur. Il n’a pas lésiné sur les moyens, optant pour des matériaux nobles, tout en ne comptant que sur l’aumône pour le financement, puis par ses visiteurs, la basilique étant expiatoire, comme celle du Sacré-Cœur à Paris. Depuis que l’édifice est visité par des millions de personnes chaque année, les travaux avancent bien. Gaudi avait compris que, comme du temps de nos cathédrales gothiques, il ne verrait pas d’ici-bas son œuvre achevée. Il a alors organisé les travaux — s’y consacrant à plein temps pendant les douze dernières années de sa vie — de telle sorte que ses bâtisseurs à venir ne renoncent pas à son ambition en se limitant à une nef. L’architecte est mort à 73 ans, en 1926, renversé par un tramway. Ses successeurs se sont… succédés, plusieurs générations poursuivant l’œuvre en y apportant leur touche personnelle, d’autant que les plans et maquettes du concepteur ont été perdus ou détériorés pendant la guerre d’Espagne.

Proche de sa mort, Gaudi, homme ascétique et mystique, dont le procès en béatification suit son cours, affirmait : « L’homme sans religion est un handicapé spirituel, un homme mutilé. »

Gaudi était célibataire : quelle fécondité ! Chercheur de Dieu, sa foi s’enracinait davantage à mesure que s’élève sa basilique : il l’a conçue comme un catéchisme liturgique à ciel ouvert avec ses douze tours des apôtres, surplombées par quatre tours des évangélistes. La tour de la Sainte Vierge, qu’orne une étoile lumineuse — inaugurée en 2021 — sera surplombée par la tour de Jésus-Christ et sa grande croix. Mais la hauteur de l’édifice : 172,5 mètres, restera inférieure d’un mètre à celle du mont Montjuïc qui domine Barcelone. Le syndrome de Babel et son esprit de grandeur sont exorcisés : l’œuvre de l’homme ne veut pas prétendre surpasser celle de son Créateur. Proche de sa mort, Gaudi, homme ascétique et mystique, dont le procès en béatification suit son cours, affirmait : « L’homme sans religion est un handicapé spirituel, un homme mutilé. »

L’écologie de la beauté

Amoureux de la Création, sans dédaigner l’abstraction, il ne s’inspire pas seulement des textes saints et de la liturgie, il y associe la mer proche, les montagnes, les arbres et les animaux qu’il incorpore à son œuvre. « L’univers se déploie en Dieu, qui le remplit tout entier. Il y a donc une mystique dans une feuille, dans un chemin, dans la rosée, dans le visage du pauvre » souligne le pape François (Laudato si’, 233). L’expérience de la visite de la Sagrada Familia est propre à réconcilier avec bien des choses : l’architecture des XIXe et XXe siècles, l’histoire de l’Église, mais aussi l’audace des hommes. Et surtout la foi ! L’intérieur de l’édifice offre une expérience esthétique et mystique inoubliable. C’est un feu d’artifice spirituel. Nous pénétrons dans une forêt lumineuse peuplée de personnages bibliques, de saints, d’animaux, de végétaux. L’écologie de la beauté, écologie à la fois poétique, liturgique et spirituelle n’a rien d’incompatible avec son pendant scientifique. L’une a besoin de l’autre pour qu’elles méritent ensemble le qualificatif d’intégral.

Entre la petite chapelle de San Damiano restaurée au XIIIe siècle et la plus haute église du monde en cours d’achèvement, que tout semble opposer, résonne une même mystique salutaire, celle du Cantique des cantiques : « La grande richesse de la spiritualité chrétienne, générée par vingt siècles d’expériences personnelles et communautaires, offre une belle contribution à la tentative de renouveler l’humanité. […] Il ne sera pas possible, en effet, de s’engager dans de grandes choses seulement avec des doctrines, sans une mystique qui nous anime, sans “les mobiles intérieurs qui poussent, motivent, encouragent et donnent sens à l’action personnelle et communautaire” » (Laudato si’, 216).

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