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« Des pierres pour le ciel », l’incroyable pari de l’abbaye d’Ourscamp

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Cécile Séveirac - publié le 01/11/22

Le 18 octobre dernier, la congrégation des serviteurs de Jésus et Marie a posé et béni la première pierre du chantier de restauration de l’aile de Lorraine. Un chantier tout entier pensé pour mettre en œuvre les enseignements de l’encyclique Laudato Si’. Un sacré défi à relever. Reportage.

Elle est campée là depuis le XIIIe siècle, dans une nature picarde parée des couleurs chatoyantes de l’automne. Un joyau sacré dans un écrin divin, à l’écart du tumulte du monde. Fondée en 1129, Ourscamp porte les stigmates de l’Histoire. C’est l’une des plus anciennes abbayes cisterciennes de France. Sous ses airs de dame éternelle, les outrages du temps sont pourtant les premiers ennemis de ce site classé monument historique. Lutter contre l’effondrement : c’est la tâche de longue haleine à laquelle se dévouent les Serviteurs de Jésus et de Marie depuis plus de 70 ans. Aujourd’hui ils se lancent dans un projet de restauration ambitieux, celui de l’aile de Lorraine endommagée par des bombardements de la Première Guerre mondiale, la laissant inoccupée. Ambitieux, car le chemin sera long, mais aussi novateur, puisqu’il s’agit du premier chantier de restauration d’un monument historique privé en France à s’inscrire dans l’esprit de l’encyclique Laudato Si’ du pape François.

Le 18 octobre, la congrégation a béni et posé la première pierre de l’aile de Lorraine, un élément du logis abbatial construit dans le plus pur style classique au XVIIe, en présence de plusieurs représentants de l’État : « Cette restauration marque une nouvelle ère qui va permettre à l’abbaye d’Ourscamp de retrouver sa symétrie d’antan », se félicite Teresa Dias, conseillère départementale chargée du patrimoine. Il s’agit selon elle d’un « projet de territoire qui fait battre le cœur de nos villes et de nos villages ». Mais pas seulement. Une fois l’aile restaurée, elle comportera une chapelle d’hiver, des confessionnaux, une sacristie et une hôtellerie pouvant accueillir 87 personnes, réparties sur plusieurs étages. Une manière pour l’abbaye de répondre à sa vocation d’accueil à l’égard de tous ceux qui poussent ses portes. Près de 5.000 retraitants y viennent déjà chaque année, en plus de milliers de touristes.

Un chantier vertueux

Ce chantier sera surtout le premier en France à conjuguer un engagement à la fois social et environnemental sur un site privé classé monument historique, en appliquant les enseignements de l’encyclique Laudato Si’ du pape François, qui prône le respect d’une écologie intégrale. Pour le père Pierre-Marie, maître d’ouvrage, « ce document a été une véritable lumière. Nous avons tout de suite voulu nous en emparer pour l’appliquer à nos travaux. » Si la dimension « éco-responsable » est presque systématique dans le secteur public, elle demeure exceptionnelle dans le secteur privé, ou au mieux partielle, ne prenant en compte bien souvent que l’aspect écologique. Or, « tout est lié », avait expliqué le Pape dans son encyclique, car « toute approche écologique doit incorporer une perspective sociale ». Côté environnemental, il s’agit de favoriser des filières de proximité, avec des entreprises limitant le transport pour venir sur le site, et des circuits courts d’approvisionnement énergétique. Sont privilégiés également les matériaux et équipements durables : par exemple, une production d’énergie grâce à une chaudière à miscanthus, un combustible ayant peu d’impact en termes de consommation et d’émissions de gaz à effet de serre. Les peintures sont choisies avec soin pour comporter un minimum de composés volatiles nocifs.

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D’autre part, le cahier des charges fait de la réinsertion professionnelle un des objectifs majeurs du chantier. Il s’agit d’intégrer une main d’œuvre au parcours souvent chaotique, sans qualification et éloignée de l’emploi. Âgés de 25 à 60 ans, la très grande majorité des travailleurs sont des hommes, natifs de la région ou y vivant. Certains ont été sans domicile fixe, d’autres ont abandonné leurs études ou sont au chômage depuis plusieurs années. Pour ce qui est des étrangers issus de l’immigration, « nous essayons de leur parler en français pour qu’ils progressent et qu’ils puissent s’insérer complètement », explique Carole, encadrante technique d’insertion. Pour eux, un parcours spécifique d’apprentissage du français est prévu. Le chantier fait donc appel à des prestataires qui s’engagent à former des personnes en besoin de réinsertion. Un partenariat avec Pôle Emploi a été mis en place à cet effet. « Le but est de permettre un accompagnement concret vers un emploi pérenne et de redonner une chance aux plus fragiles » explique Marie-Christine Hazard, directrice du Pôle emploi de Noyon. 

Ce sont des blessés de la vie qui réparent un bâtiment blessé de guerre. Plus qu’un chantier, c’est aussi une main tendue.

Les entreprises concernées par ces accords pourront embaucher à l’issue du chantier les ouvriers qu’elles ont formés. Toutefois, tous ne sont pas voués à rester dans le secteur du bâtiment : « le chantier est plus un support qu’une finalité en soi. Nous recherchons des gens motivés pour s’investir dans cette entreprise de restauration et ensuite trouver leur place dans la société, quelle qu’elle soit. Nous les accompagnons sur un projet que l’on définit ensemble : cela va des métiers de l’entretien, à la sécurité en passant par la logistique ».

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Si le taux d’insertion à l’issue de cette mission n’est pas de 100%, certains y trouvent souvent une nouvelle vocation. Christophe, 60 ans, ne travaillait plus depuis environ 5 ans. Il est arrivé en mars 2022 sur le chantier de l’aile de Lorraine en tant qu’ouvrier, « un poste qu’il n’est pas prêt de quitter car il y est très bien intégré », selon Carole, d’autant que l’entreprise chargée de son insertion lui propose un CDI d’inclusion, donc un emploi jusqu’à sa retraite. Il s’agit d’un contrat signé entre une structure d’insertion pour l’activité économique (SIAE) et une personne d’au moins 57 ans sans emploi. « Finalement, ce sont des blessés de la vie qui réparent un bâtiment blessé de guerre. Plus qu’un chantier, c’est aussi une main tendue », estime le père Pierre-Marie.

Le défi du financement

La restauration doit durer 4 ans. Son coût total est évalué à 8,7 millions d’euros, dont 4,7 millions ont déjà été collectés auprès de donateurs, des collectivités locales et de la DRAC. L’Etat contribue au projet à hauteur de 1 million d’euros par son plan de relance, mais quatre millions d’euros sont encore à trouver. L’Association pour la Restauration de l’Abbaye d’Ourscamp (ARAO), créée en 1995 et engagée dans la restauration des différents édifices de l’abbaye, est mobilisée aux côtés de la Congrégation pour trouver les fonds nécessaires à l’aboutissement du chantier. Elle est chargée de sensibiliser les pouvoirs publics, les entreprises et les particuliers, ainsi que de rechercher des mécènes. Pour Gilles d’Evry, ambassadeur et membre de l’association, les dons du grand public joueront un rôle essentiel dans la poursuite du projet. Ils seront nécessaires, pour ne pas dire primordiaux : un million d’euros par an devra être collecté pour parvenir jusqu’au bout des travaux. Pour ce faire, la congrégation organise une levée de fonds qui permettra à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice

Un labeur de long terme pour la préservation d’une histoire millénaire, qui veut relier la terre au Ciel, et le passé à l’avenir. Car le patrimoine, déclare le père Pierre-Marie, « n’est pas seulement une nostalgie du passé. Le préserver, c’est être bâtisseurs d’avenir. Le patrimoine est devant. »

En savoir plus

Le chantier est prévu pour durer 48 mois. Pour le suivre au quotidien et faire un don, les Serviteurs de Jésus ont réalisé un site dédié.

En partenariat avec

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Tags:
AbbayePatrimoinerestauration
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