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Meta et métaverses, rêves et controverses

META, WOMAN, PHONE

Boumen Japet | Shutterstock

Tugdual Derville - publié le 28/10/22

Sans foi ni loi, mais encore loin d’être aussi attractif que la réalité, tel apparaît l’univers parallèle imaginé par les ingénieurs du ou des "métavers". Co-initiateur du Courant pour l’écologie humaine, Tugdual Derville a lu le rapport de la Mission exploratoire sur le développement des métavers.

En renommant son groupe Meta, Marc Zuckerberg, patron de Facebook, Instagram et WhatsApp, préemptait il y a un an un concept émergeant : le « métavers », présenté comme « la nouvelle frontière de l’humanité ». Il s’agit d’un monde virtuel parallèle, qui entend ressembler de plus en plus à la réalité, et permet de voyager, d’échanger, d’apprendre, d’entrer en relation, dans un univers digital, sans sortir de chez soi ou de son bureau. Un monde irréel… si réel que la police discute déjà de la façon d’enrayer la criminalité virtuelle (du vol ou viol) qui peut envahir le métavers ! Chez Meta, confronté aux plaintes de certains utilisateurs, on a déjà décidé d’imposer entre les avatars une distance de sécurité d’un ou deux mètres pour prévenir la violence…

Un univers sélectif et sans foi ni loi

Zuckerberg affichait en 2021 une ambition démesurée, et annonçait des investissements à la mesure de ces ambitions. Un an plus tard la situation économique de l’entreprise californienne mondialisée (87.000 collaborateurs) ne semble pas à la hauteur des espérances, si l’on en croit la presse économique : son bénéfice net a baissé de 52% et son chiffre d’affaires de 4%. Ce projet a déjà engendré des dépenses abyssales : 20,9 milliards d’euros ont été investis en deux ans, près d’un milliard par mois. La valeur du groupe a été divisée par trois en douze mois : la bourse semble douter de l’orientation imposée par le patron de Meta à ses investissements. Seul l’avenir dira si l’audace de Zuckerberg aura été payante. 

Pour le moment, « l’expérience immersive » la plus pointue que propose Meta nécessite un casque de réalité augmentée, même si divers types d’écrans connectés donnent aussi accès à des pans de « son » métavers. Le modèle de base, vendu en 10 millions d’exemplaires fin 2001, semble surtout intéresser les utilisateurs de jeux. Un nouveau casque, le Quest Pro, vient d’être présenté : destiné aux professionnels, pour un usage mixte virtuel-réel, il coûte 1.500 dollars. Il n’est pas certain que les utilisateurs soient aussi convaincus que le voudraient les inventeurs. Mais ces derniers n’en démordent pas : s’ils estiment désormais que la transition numérique qu’ils appellent de leurs vœux peut demander des années, ils tablent néanmoins sur un retournement brusque, à partir de la découverte, par les utilisateurs privilégiés, d’un usage profitable. Ce sera alors le moment de démocratiser l’accès au metavers de Meta. Pour le moment ce dernier semble à la fois sélectif (financièrement) et sans foi ni loi. Nous sommes loin de la transition solidaire, mais aussi écologique qu’impose la situation de nos sociétés. Car le métavers est singulièrement énergivore mais aussi polluant. Selon Raja Koduri, un des responsables de l’innovation chez Intel, la généralisation du métavers nécessiterait une puissance de calcul 1000 fois supérieure à l’actuelle alors que, déjà, en France, selon un rapport du Sénat, 70%, de l’empreinte carbone du numérique est due à la fabrication des terminaux.

Expériences immersives

Pendant ce temps justement, en France, le rapport sur les métavers commandé par le ministère de l’Économie et le secrétariat en charge de la Transition numérique vient d’être rendu public. Question posée : le gouvernement français doit-il investir dans le « métavers » ? La « mission exploratoire sur les métavers » a d’ores et déjà choisi le pluriel pour manifester la complexité d’un concept très discuté. Ses auteurs Adrien Basdevant, Camille François et Rémi Ronfard estiment que la France, « bien positionnée dans les technologies immersives » a des atouts indéniables en la matière. Ils ne cachent pas leur intention de « résister à l’étroite vision de la Silicon Valley » dans leur quête d’une définition : « C’est à la fois avec humour et sérieux que nous utilisons librement l’adjectif métaversique, pour souligner les possibilités plurielles et les horizons multiples des technologies sociales immersives, et inviter imagination et créativité sur ces sujets. » Ils explorent par exemple l’intérêt d’une « Joconde métaversique », intégrant un voyage dans les diverses couches de la peinture. Ils expliquent alors que la réalité augmentée, en 3D, pourrait mêler divertissement et apprentissage culturel. Ils proposent même aux autorités françaises de saisir l’opportunité des Jeux olympiques de 2024 « pour rassembler les acteurs français des métavers autour de projets concrets, […] pour proposer des actions de grande visibilité autour d’expériences immersives pouvant être partagées avant, pendant et après les Jeux olympiques et paralympiques (entraînement/compétitions, transport/tourisme, coulisses/échanges avec les athlètes). » 

En attendant, les curieux pourront bientôt visiter à nouveau Éternelle Notre-Dame qui se présente comme « l’expérience de réalité virtuelle la plus aboutie au monde ». En pause depuis le 4 septembre, ce spectacle en réalité virtuelle (qu’on découvre casqué) sera proposé à nouveau dans le cadre de la Cité de l’Histoire (à La Défense) ou à proximité de la cathédrale, sous son parvis. À partir d’images virtuelles du grand incendie, une fascinante promenade dans l’édifice et son histoire est proposée. Occasion de découvrir la réalité virtuelle avant de répondre à la question : est-elle vraiment augmentée ? Voire, est-ce vraiment la réalité ? 

Le monde parallèle n’est pas pour demain

La plongée dans le métavers sera-t-elle bienfaisante ou pas ? Tout dépend, certes, de l’usage que nous en ferons, mais pas seulement. Car une technique n’est pas forcément neutre, comme l’a montré Jacques Ellul.

Les avis sur le métavers sont bien sûr partagés : des responsables de formation (…) affirment que 30 minutes d’immersion quotidienne facilitent la mémorisation et récusent le risque d’une noyade dans le virtuel à la façon Matrix.

Les avis sur le métavers sont bien sûr partagés : des responsables de formation plaident pour son accès généralisé pour les étudiants ; ils affirment que 30 minutes d’immersion quotidienne facilitent la mémorisation et récusent le risque d’une noyade dans le virtuel à la façon Matrix. D’autres observateurs stigmatisent au contraire le caractère déconnecté de la « réalité vraie » de ce genre d’immersion, alors que l’isolement et la sédentarité des nouvelles générations, accrocs aux jeux en ligne, sont déjà patents. 

Indépendamment de ce débat, il semble que l’on soit encore très loin de proposer un monde parallèle aussi attractif que la réalité. Que l’immersion digitale apporte un supplément — instructif ou distrayant — pour appréhender le réel, n’est pas discutable. Qu’il ne soit pas en mesure de le remplacer, pour le moment, est finalement rassurant.

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