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Les 15.000 km inoubliables en camping-car de Fiona et de sa grand-mère de 101 ans

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Fiona Lauriol

Fiona et sa grand-mère.

Anna Ashkova - publié le 24/10/22

Il y a deux ans, Fiona Lauriol n’a pas hésité à embarquer sa "mémé" centenaire dans un road-trip à bord d’un camping-car, convaincue qu’il faut la croquer la vie jusqu’au bout. Aujourd’hui, elle parcourt la France pour raconter son histoire et changer le regard sur la vieillesse.

À 40 ans, Fiona Lauriol est guidée par deux choses : les voyages et l’envie de lutter contre l’isolement des personnes âgées. Un combat qu’elle mène grâce à sa grand-mère Dominique, avec laquelle elle a parcouru durant deux ans 15.000 km à bord d’un camping-car. Pourtant, en 2017, rien ne présageait un tel voyage. « On m’a annoncé qu’elle en avait pour une semaine », explique Fiona à Aleteia. « J’ai donc décidé de l’amener chez moi à La Faute-sur-Mer, en Vendée, pour éviter qu’elle meure loin de sa famille car sa maison de retraite était en région parisienne ».

Sa grand-mère a alors un carcinome sur la tête, prend beaucoup de médicaments et a du mal à se déplacer toute seule. Un infirmier vient quotidiennement pour lui prodiguer des soins. Fiona apprend tous les gestes et prend à son tour soin de sa grand-mère, malgré leurs relations assez compliquées. « Ma grand-mère est née en Italie en 1917. Elle est arrivée à ses 35 ans à Paris où elle a vécu toute sa vie. Elle était sédentaire, tandis que moi je voyage depuis mes 15 ans », explique Fiona. Mais ce que Dominique n’arrivait surtout pas à comprendre, c’est le fait que sa petite-fille soit toujours célibataire à son âge. 

Un premier voyage à Lourdes 

Six mois s’écoulent et Dominique déjoue tous les pronostics des médecins. Elle va mieux ! Fiona a alors une idée : l’emmener en voyage. D’autant plus, que Dominique a toujours voulu aller en Côte d’Azur et surtout visiter son village natal en Italie, Boccolo di Nocce. « Un jour, je me suis demandé : Quelle avenir offres-tu à ta mémé ? » Pour cette passionnée de voyage, la vieillesse n’est pas la fin de vie. « Attendre la mort chaque jour, ce n’est pas comme ça que je vois la fin de la vie. Au contraire, il faut la croquer jusqu’au bout, vivre pleinement. »

Si la jeune femme n’avait pas peur d’embraquer sa grand-mère centenaire à bord d’un camping-car capucine avec plus de 200.000 bornes au compteur, sa mère, Fosca, n’était pas aussi enthousiaste qu’elle. « Grand-mère n’arrêtait pas de dire : “Je fais ce que je veux !” », se souvient Fiona. Finalement, l’équipe mémé/petite-fille a eu raison sur Fosca qui a accordé sa permission pour ce voyage mais à condition de suivre en voiture la « petite caravane » tout au long de cette aventure. 

camping-car Fiona Lauriol

« Nous avons d’abord fait un test de 40 jours pour voir si mamie tiendrait la route », se souvient Fiona. Le premier voyage a donc eu lieu en octobre 2018. Et pour ce premier sacré voyagé, une sacrée direction est choisie : Lourdes. Très croyante, Dominique était contente à l’idée d’y faire un petit pèlerinage en famille. Un pèlerinage qui s’est malheureusement mal terminé, puisque Dominique s’est cassé le nez suite à une chute. Mais malgré les huit points de suture, de retour à la maison, elle demanda tout de suite : « Quand est-ce qu’on repart ? »

Deux ans de voyages et un grand confinement en Espagne 

Après une courte pause, le voyage reprend. « Nous consultions à chaque fois un médecin pour savoir si grand-mère pouvait voyager », précise Fiona. Cette fois, le périple s’avère plus long, près de deux ans, de janvier 2019 jusqu’à fin juin 2020. « Nous retournions de temps en temps chez nous quelques jours puis repartions à nouveau. Il faut aussi savoir que nous n’allions pas vite avec grand-mère. On faisait 20 km par jour », indique Fiona. 

Fiona Lauriol
Sur le chemin de saint Jacques de Compostelle.

Ensemble, elles parcourent 15.000 kilomètres. Elles visitent l’Andalousie, où Dominique souffle ses 102 bougies au bord de la mer près d’Almeria. C’est aussi en Andalousie, à Guadix qu’elles passent la Semaine sainte. Puis, toute la famille fait le chemin de saint Jacques de Compostelle. « Nous avons commencé le chemin en août 2019 à Roncevaux. Nous avons poussé le fauteuil de grand-mère sur 400 km. Ma mère nous suivait en camping-car tandis que mon père et moi faisions la route à pied avec grand-mère », précise Fiona. Durant ce périple, Dominique veille à bien faire tamponner sa crédentiale.

C’est Thierry, 61 ans, le père de Fiona qui était en charge du programme du voyage, surtout ceux qui étaient en lien avec des lieux saints. « Petit, j’étais enfant de chœur, mais avec l’âge, je me suis éloigné de l’Église. J’y suis un peu revenu grâce à ma belle-mère qui voulait découvrir de nombreux endroits », raconte-t-il à Aleteia.  

Fiona Lauriol
Dominique fête ses 102 ans à Almeria.

Et après ? Après, le nord du Portugal, où Dominique a pu tremper ses pieds dans des vasques d’eau chaude naturelles. Puis, direction l’Espagne, visite du désert des Bardenas, puis du sanctuaire Saint-Ignace de Loyola et ensuite vénération du morceau de la croix du Christ dans le monastère de Santo Toribio de Liebana. Et puis, mars 2020 : tout s’arrête.

Le 8 mars 2020, Dominique fête ses 103 ans en Espagne. Quelques jours plus tard, le monde entier est confiné. La famille se retrouve bloquée près de Valence, en Espagne. « Nous avons vécu deux mois sur une aire de camping-car à un kilomètre du village de Bellus », explique Fiona. À l’époque, ne voulant pas inquiéter sa grand-mère, née en pleine grippe espagnole, elle décide de ne rien lui dire au sujet du Covid. « Nous lui disions que nous attendons qu’elle se repose pour reprendre la route. » 

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Le 8 mars 2020, Dominique fête ses 103 ans en Espagne.

Mi-mai 2020, après deux mois de confinement en Espagne, elles sont enfin de retour à la maison. Comme à l’accoutumée, Dominique demande à repartir. Elle veut visiter les pays dont le nom se termine en « IE », comme la Roumanie ou encore l’Italie. « Le médecin nous a dit que ce nouveau voyage était possible. »

Va mémé, ne t’en fais pas, ce voyage c’est toi qui le fais seule, je te rejoindrai un jour.

Mais en cette fin du mois de juin, tout ne se passe pas comme prévu. « À 40 km de chez nous, grand-mère a commencé à montrer des signes de faiblesse. J’ai dû l’amener aux urgences de Luçon », raconte Fiona. C’est ici que le 29 juin 2020, Dominique est partie pour son dernier voyage, à l’âge de 103 ans, trois mois et trois semaines. « Va mémé, ne t’en fais pas, ce voyage c’est toi qui le fais seule, je te rejoindrai un jour, dans très, très, très longtemps, mais tu peux y aller, tu m’as beaucoup appris, on s’est bien amusées, tu vas énormément me manquer, mais tu as le droit de rejoindre Dieu pour aller l’ennuyer », lui glisse alors à l’oreille Fiona. 

Changer le regard sur la vieillesse 

Après avoir raconté son aventure avec sa grand-mère dans le livre 101 ans mémé part en vadrouille (éditions BlackLephant), Fiona Lauriol a repris la route, avec son « petit papa » et sa « petite maman ». Désormais, c’est la France qu’elle parcourt pour « lutter contre l’isolement des personnes âgées ». De Niort à Périgueux, de Tours à Arras, son camping-car s’est déjà arrêté dans une vingtaine de villes de l’Hexagone. Avec ses parents, elle organise des conférences à titre gratuit pour « changer le regard sur la vieillesse ». 

L’aventurière de 40 ans a même créé une page Facebook pour que les gens puissent suivre son parcours. « Plus nous aurons d’abonnés, plus nous aurons de crédibilité face aux députés », explique Fiona. Selon elle, il faut « laisser les personnes âgées croquer la vie jusqu’au bout, ne pas leur interdire de vivre pleinement ». « En surprotégeant nos aînés, on a tendance à les étouffer. Et c’est ainsi qu’on les fait mourir plus rapidement », note-t-elle. 

Aux familles, et surtout aux jeunes, elle conseille de (re)créer un lien affectif et de tendresse avec leurs aînés. Un lien, qu’elle a réussi, elle-même, à tisser avec sa grand-mère grâce à leur voyage. « Nous avons réussi à nous apprivoiser et à nous aimer. Ma grand-mère a aussi amélioré sa relation avec mon père. Au bout de plusieurs mois de voyages, elle a fini par l’appeler « le brave homme ». Comme quoi on peut changer à tout âge ! », confie Fiona, qui a découvert sa grand-mère durant son voyage avec elle. Deux ans au cours desquels, Dominique a aussi retrouvé sa tendresse perdue. « Grâce à ce voyage, j’ai retrouvé ma mère, confie Fosca, 67 ans. Elle a même recommencé à m’appeler par les petits surnoms qu’elles me donnait lorsque j’étais petite ».

En savoir plus

101 ans mémé part en vadrouille, edition BlackLephant, 444 pages, 16, 90 euros.
Tags:
personnes ageesvoyage
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