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[Homélie] Pourquoi la prière de demande est belle

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Leemage via AFP

Parabole du pharisien et du publicain - Gravure colorisée de Gustave Dore (1832-1883), 19eme siècle

Jean-Thomas de Beauregard, op - publié le 22/10/22

Le Fr. Jean-Thomas de Beauregard op, qui vient de faire paraître "La Spiritualité de la bûche - L'art de mettre le feu sur la terre" (Cerf), commente l’évangile du 30e dimanche ordinaire (Lc 18, 9-14). Entre le pharisien pieux et généreux et le publicain honteux de son péché, Jésus préfère la prière de celui qui a besoin de Dieu.

Dans l’opéra Carmen de Bizet, et l’air fameux de l’amour enfant de bohème, Carmen chante : « L’un parle, l’autre se tait ; et c’est l’autre que je préfère, il n’a rien dit, mais il me plaît. » Carmen n’a pas les mêmes goûts que le bon Dieu. Car dans la parabole du pharisien et du publicain, c’est le pharisien qui se tait, et c’est le publicain qui parle. Et pourtant, à la fin, c’est le publicain qui était devenu juste, et donc aimé de Dieu, plutôt que le pharisien. Pour être précis, l’Évangile décrit un pharisien qui prie en lui-même, tandis que le publicain dit ses paroles à Dieu. L’un se tait, l’autre parle, et c’est celui qui parle qui plaît à Dieu.

Voyage autour de mon nombril

Le pharisien est un homme de bien. Il coche toutes les cases. Il jeûne deux fois par semaine alors que le jeûne n’était requis qu’une fois par an. Qui parmi nous peut en dire autant ? Il donne le dixième de tout ce qu’il gagne, aux pauvres ou au Temple. Qui parmi nous donne 10% de ses revenus aux œuvres ou à l’Église ? Bien des chrétiens gagneraient à imiter ce pharisien ! Et pour faire bonne mesure, rien ne permet d’inférer que ce pharisien soit hypocrite, sa démarche est très probablement sincère. Oui mais voilà, le pharisien prie en lui-même. Dans le miroir qu’il se tend à lui-même, le pharisien adore sa propre perfection. Le mouvement de son âme est incurvé sur lui-même, à la manière du serpent… Et c’est terrible parce qu’il nous ressemble beaucoup. À part peut-être quelques moniales dans leur monastère, et encore sans doute pas tout le temps, qui peut dire que sa prière n’est pas celle du pharisien ? Le plus souvent, notre prière est en fait une introspection, où Dieu fait office d’observateur, de témoin, voire de surmoi culpabilisateur pour les plus névrosés parmi nous. Voyage autour de mon nombril ! C’est moins cher que la psychanalyse et ça remplit à peu près la même fonction… On est loin du cœur-à-cœur avec le Dieu vivant évoqué par Thérèse d’Avila !

Le pharisien prie en lui-même, il ne s’adresse pas réellement à Dieu. Pourtant, il semble bien s’adresser à Dieu, puisqu’il rend grâces pour les bonnes œuvres que Dieu lui donne d’accomplir. C’est magnifique ! Si vraiment il attribue tout son mérite à l’œuvre de Dieu en lui, plutôt qu’à ses propres forces, en quoi cette prière est-elle mauvaise ? Ce ne serait déjà pas mal, si tous ici nous avions le réflexe de rendre grâce à Dieu pour tout ce que nous faisons de bien.

Le démon de la comparaison

Mais il n’est pas sûr que l’action de grâces du pharisien soit aussi belle. Il y a même carrément une inversion des rapports entre Dieu et l’homme : Dieu devient débiteur du pharisien ! Le pharisien estime qu’il mérite par lui-même, qu’il a droit à ceci, titre à cela. Il insère sa carte de crédit dans le divin terminal, confiant dans son compte en banque rempli de bonnes actions. Il attend que Dieu, la caissière du Ciel, lui donne en retour ce qu’il a acheté, et avec un sourire en plus si possible. L’action de grâce du pharisien n’est donc pas si pure. Surtout, le pharisien remercie Dieu pour le bien qu’il a fait, mais c’est aussitôt pour se comparer. En l’occurrence, c’est lui contre le reste du monde. Car le pharisien ne dit pas : « Je te rends grâce parce que je ne suis pas comme de trop nombreux hommes qui, etc. », ou « je te rends grâce parce que je ne suis pas comme tel homme qui, etc. ». Ce serait déjà le démon de la comparaison, qui ronge la vie spirituelle, mais ce serait encore compréhensible. Non, le pharisien dit : « Je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes » (Lc 18, 11). Le pharisien s’estime différent, et supérieur, non pas de tel ou tel, ou même d’une majorité, mais des hommes en général, de tous les hommes !

Le démon de la comparaison est redoutable parce qu’il est mauvais quel que soit le sens de la comparaison.

Que je me crois supérieur à tous ou que je me crois inférieur à tous, que je m’aime trop ou que je me déteste, dans tous les cas je me prête trop d’attention.

Le démon de la comparaison est redoutable parce qu’il est mauvais quel que soit le sens de la comparaison. Que je me crois supérieur à tous ou que je me crois inférieur à tous, que je m’aime trop ou que je me déteste, dans tous les cas je me prête trop d’attention. Il y a une manière de se rabaisser sous prétexte d’humilité chrétienne qui cache beaucoup d’orgueil, même lorsque ça reste tout intérieur. 

Attention au malentendu !

La prière de ce pharisien est donc une introspection nombriliste, et lorsqu’il remercie Dieu, c’est pour mieux mettre en relief sa propre perfection et mépriser tous les autres hommes. Tous les éléments d’une spiritualité autocentrée sont réunis. Mais il y a un élément supplémentaire que saint Augustin remarque : c’est que le pharisien ne demande rien à Dieu. C’est peut-être cela qui est le plus grave et le plus triste. Un pharisien habite dans mon cœur lorsque je ne demande rien à Dieu.

Ici, il faut s’arrêter un tout petit instant. La spiritualité moderne, marquée entre autres par les grands saints du Carmel, a élevé l’oraison au sommet de la prière chrétienne. Et c’est très vrai que cette conversation silencieuse et amoureuse avec le bon Dieu, où l’âme se laisse envahir par le Seigneur dans la passivité, le laissant la transformer, est une forme éminente et excellente de la prière. Mais attention au malentendu ! L’excellence de l’oraison ne tient pas, contrairement à ce qu’on croit parfois, au fait qu’elle est désintéressée. D’ailleurs l’oraison, la vraie, n’est pas désintéressée. Car l’amour, le vrai, attend quelque chose de l’autre, et c’est bon ! La prière n’est pas meilleure parce qu’on n’y demande rien de particulier à Dieu. Ne rien demander à Dieu de précis, de concret, n’est-ce pas, au contraire, manquer de confiance en Dieu ? N’est-ce pas considérer, au fond, que Dieu ne peut pas transfigurer ma misère en joie ?

La prière de demande est belle

La prière de demande est belle parce qu’elle est la prière de la foi : celui qui demande croit que Dieu existe et qu’il est provident. La prière de demande est belle parce qu’elle est la prière de l’espérance : celui qui demande sait que Dieu veut lui donner tout ce qui peut faire de lui un saint. La prière de demande peut même être la prière de la charité lorsqu’on demande pour quelqu’un d’autre. Quand ma prière devient nombriliste, un bon moyen d’en sortir est d’ailleurs de prier pour quelqu’un d’autre. C’est souvent plus facile que de revenir au bon Dieu directement : le plus court chemin vers Dieu passe par le prochain. En demandant quelque chose au Seigneur, je reconnais que je ne peux rien sans lui, je me place dans le creux de sa main. Au demeurant, la prière que Jésus lui-même nous a appris, le Notre-Père, est avant tout une prière de demande…

Le pharisien ne demande rien à Dieu. Le publicain, lui, supplie Dieu : « Montre-toi favorable au pécheur que je suis » (Lc 18, 13). L’humilité du publicain est double : d’une part il se reconnaît pécheur, et d’autre part il reconnaît qu’il a besoin de Dieu et n’hésite pas à lui demander sa faveur. Et c’est ainsi que le publicain est un saint ! Finalement, c’est simple d’être un saint : confesser ses péchés — il y a un sacrement exprès pour ça —, et livrer à Dieu les désirs de notre cœur — et c’est toute la vie de prière, en particulier la prière de demande. Ou pour le dire autrement, une bonne confession et un Notre-Père ! À celui qui vit de cela régulièrement et de tout son cœur, le Ciel lui tend les bras !

Pratique :

La Spiritualité de la bûche – L’art de mettre le feu sur la terre, Fr. Jean-Thomas de Beauregard op,  Éditions du Cerf, septembre 2022, 187 pages, 16 euros.
Tags:
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