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« Blessée sexuellement, j’ai connu la guérison spirituelle à l’école des saints »

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Ron Sartini | CC BY-SA 3.0

Dawn Eden Goldstein.

Dawn Eden Goldstein - publié le 04/10/22

Juive convertie au catholicisme, la journaliste américaine Dawn Eden Goldstein, docteur en théologie, a subi dans son enfance des violences sexuelles dont elle a guéri "avec l’aide des saints". Dans son livre “Je vous donne ma paix” (Saint-Paul), elle raconte ce qu’elle a subi et comment la découverte des saints qui ont connu ces violences l’a libérée. Pour Aleteia, un an après la publication du rapport Sauvé, elle dévoile les étapes de son chemin de guérison.

Je porte, dans mon esprit, mon corps et mon âme, les blessures des abus sexuels que j’ai subis dans mon enfance. Si j’ai entamé un voyage de guérison, je n’essaie en aucun cas de nier ou de minimiser le mal de l’abus. En plus d’avoir une discussion ouverte et franche sur le problème des abus, nous devons, en tant qu’Église, explorer la meilleure façon d’aider les victimes. J’ai écrit « Je vous donne ma paix » pour offrir une façon dont l’Église peut le faire. Ce n’est pas le seul moyen. Mais c’est un moyen qui m’a été profondément utile personnellement.

Les blessures de l’abus ne disparaissent jamais. Mais mes blessures ne sont pas les mêmes qu’il y a dix ans, ni même qu’il y a un an. Mes blessures sont différentes maintenant parce que je me suis engagée dans un voyage qui leur a donné un nouveau sens. Les actes mauvais que mes agresseurs m’ont fait subir seront toujours mauvais. Rien ne peut transformer un acte mauvais en un acte bon. C’est pourquoi nous devons, en tant qu’Église et en tant que société, prendre des mesures concrètes pour prévenir les abus envers les enfants et les adultes vulnérables.

Tout cela étant dit, sur mon chemin de guérison, le mal que mes abuseurs ont perpétré n’a plus de pouvoir sur moi. Le mal n’a plus le dernier mot. Au contraire, les blessures qui n’étaient autrefois que toxiques pour moi sont maintenant devenues des ouvertures permettant à la grâce de guérison de Dieu d’entrer au plus profond de moi. 

Le paradoxe de la croix

Il est difficile de décrire cette expérience de guérison à quelqu’un qui ne l’a pas vécue. Je pense aux paroles d’un ami jésuite décédé il y a plusieurs années, le père Francis Canavan, qui fut alcoolique et qui prit soin de ses compagnons alcooliques. Le père Canavan disait : « L’alcoolisme est une maladie telle qu’il est terrible d’en mourir et misérable de vivre avec. Mais c’est une maladie dont il est grand de s’en remettre. » De même, je peux dire, en tant que victime d’abus sexuels dans l’enfance, qu’il est terrible de subir des abus et que leurs effets peuvent causer une profonde misère. Je le sais, car je souffre du syndrome de stress post-traumatique.

En outre, je souffre de certaines déficiences physiques, dont le reflux gastro-œsophagien, qui, je le crois, ont été aggravées par les effets de ces abus. Mais même ainsi, je peux dire en toute honnêteté, pour paraphraser le père Canavan, que l’expérience de la guérison est une expérience de bénédiction. Il y a un paradoxe dans ce que je viens de dire. C’est le paradoxe de la Croix. C’est ce que nous entendons dans l’hymne scandé au début de la Veillée pascale, l’Exsultet :

O felix culpa ! Ô bienheureuse faute ! Du fond du mal, la Crucifixion de notre Seigneur, jaillit la joie de la Résurrection. 

Lorsque je suis devenue catholique, je ne me faisais aucune illusion quant au fait que l’Église serait un lieu parfaitement sûr pour les enfants. Je ne suis pas entrée dans l’Église parce que je croyais qu’elle était composée de personnes parfaites. Je suis entrée dans l’Église parce que je croyais que, au cours de ma vie, elle pourrait me rendre parfaite. J’y croyais, et j’y crois encore, car je savais, de par mon expérience personnelle, que les auteurs d’abus sexuels ne se limitent pas au clergé. Mon premier abus a été perpétré par un concierge de la synagogue que ma famille fréquentait. Il a abusé de moi lorsque j’avais cinq ans. Quelques années plus tard, après le divorce de mes parents, un des compagnons de ma mère a abusé de moi. Ma mère n’a pas mis fin à cet abus ; au contraire, elle l’a permis. Ma mère n’en a aucun souvenir, mais je m’en rappelle clairement. 

L’hypocrisie est un mal, mais la négation de l’existence même du mal est impardonnable. 

Lorsque j’ai rencontré Jésus pour la première fois, à l’âge de 31 ans, j’ai été baptisée protestante. Ce qui m’a décidé principalement à entrer en pleine communion avec l’Église catholique est que j’ai été profondément touchée par les enseignements de l’Église sur la dignité que toute vie humaine a aux yeux de Dieu. Ce que je viens de dire peut sembler incroyable. Nous savons que les membres de l’Église ont échoué, à maintes reprises, à reconnaître la dignité divine des enfants, à les aimer comme Dieu les aime, et à prendre soin d’eux comme Dieu veut que nous le fassions.

Pourtant, j’ai été attirée par l’Église non pas tant pour ce qu’elle pratiquait que pour ce qu’elle croyait. Je préfère adorer Dieu dans une Église d’hypocrites qui n’honorent la vérité que du bout des lèvres, plutôt que de vivre comme une agnostique dans un monde où les philosophes laïques relativisent la vérité pour la faire tomber dans l’oubli. L’hypocrisie est un mal, mais la négation de l’existence même du mal est impardonnable. 

Nos blessures sont au ciel

Je suis donc entrée dans l’Église tout en portant des blessures en moi. Et j’ai cru que s’il y avait une quelconque guérison à trouver, elle se trouvait dans l’Église, car l’Église est le lieu de la présence vivante de Jésus dans le monde. Mon voyage de guérison a commencé en apprenant qu’il y a des saints au ciel qui portent des blessures semblables aux miennes. Ce fut une révélation. Pour moi — et je crois que c’est vrai pour beaucoup, sinon toutes les victimes d’abus — la plus grande blessure spirituelle dont je souffre est celle d’une honte mal placée. Si je devais la décrire, je dirais qu’il s’agit d’un sentiment que l’on porte toute sa vie et qui consiste à croire que l’on porte une tache que rien, pas même les sacrements, ne peut effacer. Ce sentiment, je m’empresse de l’ajouter, est un mensonge. Il n’est pas fondé sur des faits.

Aucun enfant n’est jamais responsable des abus qui lui ont été infligés. On ne peut pas parler de consentement lorsqu’on parle d’une petite personne incapable de défendre ses intérêts, et même incapable de comprendre les actions auxquelles elle est censée, entre guillemets, « consentir ».

Les histoires de saints qui ont souffert d’abus sexuels sont apaisantes car les saints sont, par définition, des personnes qui, selon l’Église, sont au paradis. Lorsque des victimes comme moi apprennent qu’il y a des gens au paradis qui ont des blessures comme les nôtres, nous commençons à réaliser que le péché de l’abus n’était pas le nôtre.

Nos blessures ne nous souillent pas. Au contraire, nos blessures, comme celles des saints, sont un témoignage. Elles témoignent de la réalité du mal — le mal qui nous a été infligé. Et elles témoignent aussi de la promesse de la résurrection. Car les saints portent maintenant leurs blessures au ciel comme des insignes d’honneur. Les saints ont porté des plaies comme Jésus, des plaies, comme celles de Jésus, désormais glorifiées. Ainsi que le chante Leonard Cohen : « Il y a une fissure, une fissure dans tout. C’est ainsi que la lumière entre. » 

La déchirante histoire de la bienheureuse Laura Vicuña

Un jour, c’était en décembre 2010, quatre ans après ma conversion, je tombe sur un livre qui raconte l’histoire de la bienheureuse Laura Vicuña. Laura est née à Santiago, au Chili, en 1891. Son père meurt alors qu’elle n’a que deux ans. Lorsqu’elle a huit ans, sa mère, dans un effort pour échapper à une pauvreté extrême, déménage dans un village des Andes, en Argentine, où elle cohabite avec un riche éleveur nommé Manuel. Je me souviens de ce que j’ai ressenti lorsque j’ai lu cette histoire. Je suis une enfant du divorce, et ma mère avait l’habitude d’inviter ses petits amis chez elle.

Je me souviens alors de la façon dont ma propre mère considérait l’abus de son partenaire sur moi comme si c’était un jeu. Et j’ai été une fois de plus stupéfaite qu’il y ait pour l’Église une fille au Ciel qui comprenne ma douleur.

Avant de connaître la bienheureuse Laura, je pensais que les saints venaient tous de familles intactes. Je fus donc stupéfaite d’apprendre qu’une personne que l’Église reconnaît comme une personne d’une sainteté exceptionnelle avait une mère qui avait une relation sexuelle avec un homme qui n’était pas son mari. Puis, en poursuivant la lecture du récit de la vie de Laura Vicuña, j’apprends que le partenaire de sa mère, Manuel, avait l’intention de préparer la jeune Laura à devenir sa partenaire sexuelle. Un soir, lors d’une fête de village, Manuel, ivre, essaie de forcer Laura à danser avec lui. Laura, qui a alors dix ans, refuse. Manuel la jette dehors. Puis il ordonne à la mère de Laura de persuader Laura de revenir. L’image de la mère de Laura incitant son enfant à apaiser un pédophile est déchirante. Elle montre à quel point elle était sous l’emprise de son partenaire violent. 

Je me souviens alors de la façon dont ma propre mère considérait l’abus de son partenaire sur moi comme si c’était un jeu. Et j’ai été une fois de plus stupéfaite qu’il y ait pour l’Église une fille au Ciel qui comprenne ma douleur. À ce moment-là, je me suis sentie très proche de la petite Laura, je me suis identifiée à elle. 

Cette histoire a changé ma vie

La vie terrestre de Laura Vicuña s’est terminée comme celle d’une enfant victime plus connue, qui a vécu à peu près à la même époque qu’elle, Maria Goretti. Comme Maria, Laura est morte à un très jeune âge, quelques mois avant son treizième anniversaire. Comme elle, Laura succombe à ses blessures après avoir résisté à une attaque de son agresseur qui essayait de l’enlever alors qu’elle souffrait d’une pneumonie. Comme Maria, elle pardonne à son agresseur, tout comme Jésus a pardonné à ceux qui L’avaient crucifié. Mais Laura a fait un sacrifice de pardon encore plus grand, puisqu’elle a également pardonné à sa mère : sur son lit de mort, elle lui révèle qu’elle a offert sa vie à Dieu en sacrifice pour sa conversion. Celle-ci, en larmes, promet alors qu’elle quittera Manuel. Le visage de Laura rayonne de joie, elle prévient le prêtre présent dans la pièce de la décision de sa mère et meurt paisiblement. 

Cette histoire a changé ma vie. Elle m’a montré ce qu’est vraiment la sainteté. La sainteté n’est pas fondée sur la pureté corporelle. La sainteté n’est pas fondée sur le fait d’avoir une famille parfaite ou un passé parfait. La sainteté est fondée sur le fait d’avoir un cœur transpercé comme celui de Jésus et de Marie. Jésus a subi des violences physiques, des violences émotionnelles, des violences spirituelles — de la part des chefs spirituels de son époque — et même des violences sexuelles, car nous savons que, plus d’une fois au cours de sa Passion, il a été dépouillé de force de ses vêtements. Marie, par son empathie parfaite avec Jésus, a subi toutes les blessures que Jésus a subies. Elle a également souffert d’autres blessures, notamment celle des gens qui inventaient des histoires obscènes à son sujet, car elle savait que certains prétendaient qu’elle avait conçu Jésus hors mariage avec Joseph. 

Les blessures qui guérissent

Pourtant, qu’est-il advenu du cœur blessé de Jésus ? Qu’est-il arrivé au cœur blessé de Marie ? Les cœurs blessés de Jésus et de Marie sont maintenant glorifiés. Ces deux cœurs, unis à jamais dans l’amour, sont des fontaines de grâce. Ils rayonnent l’amour de Dieu dans le monde. C’est ce que Dieu m’appelle à faire avec mon cœur blessé. Les cœurs blessés sont particulièrement bien armés pour rayonner l’amour du Christ dans le monde. C’est le cheminement de mon propre cœur, qui est passé du port des blessures qui font mal au port des blessures qui guérissent. 

Je vous donne ma paix – Guérir les blessures sexuelles avec l’aide des saints, « My Peace I Give You », Dawn Eden Goldstein, Saint-Paul, août 2021.
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