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Col romain, soutane… L’habit ne fait pas le prêtre

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Col romain

Pascal Deloche / Godong

Confection d'un col romain.

Valdemar de Vaux - publié le 01/10/22

Rien ne ressemble plus à une chemise de prêtre qu’une autre chemise de prêtre, dirait-on. Et pourtant, l’habit ecclésiastique, lui aussi, est soumis à une forme de mode. Au-delà de la forme, retour sur le sens et l’histoire de l’habit sacerdotal.

Col romain, clergyman, soutane, rabat…l’habit des prêtres, sans être très diversifié, est soumis à une forme de mode. « Souvent, habit varie, bien fol qui s’y fie », aurait dit François Ier devant une diversité qui a presque toujours existé même si elle s’est accentuée depuis les années 1960, à la suite du concile Vatican II.

Avant le XVIIe siècle, si la nécessité d’un habit ecclésiastique distinctif a maintes fois été rappelée dans des conciles, généraux ou particuliers, ou dans des diocèses, la forme qu’il prend n’est pas unifiée. Si ce n’est par la couleur. Le noir, signe de pauvreté et de mort à soi-même, est le rappel, pour le prêtre et celui qui le voit, du don de sa vie à l’Église. La soutane, habit long d’abord porté au chœur par les clercs, devient ensuite l’habit propre des prêtres, évêques et cardinaux, et du premier d’entre eux, le Pape, qui l’a blanche.

Longtemps, la soutane a cohabité avec un habit court, voire un habit de cour à Versailles, qui servait aux prêtres en ville ou lors de leurs voyages. En France, devenue vraiment le signe du clerc et de l’Église qu’il représente, la soutane devient dès le XIXe un objet de lutte de la part des anticléricaux. Par la moquerie d’abord, les prêtres étant traités de « corbeaux », politiquement ensuite. Au tournant du siècle dernier, certaines communes, le Kremlin-Bicêtre par exemple, interdisent même le port de cet habit symbole d’obscurantisme et d’anti-républicanisme. 

Mais, même la soutane a des formes variées : nombres et forme des boutons, cachés ou visibles, ceinture à la française ou forme naturellement cintrée comme à Rome…C’est au niveau du col que les choses se compliquent. En France, la tradition est d’abord au rabat, popularisé dans nos esprits par les Lassalliens, disciples de saint Jean-Baptiste, fondateur des Frères des Écoles chrétiennes. Encore aujourd’hui, leur tenue d’apparat est une soutane à rabat, comme aux temps révolus du gallicanisme. À Rome, en revanche, le col noir laisse voir du blanc, soit seulement devant, soit tout autour du cou, avec une échancrure devant. 

Cette variété de cols se retrouve d’ailleurs sur les chemises désormais plus couramment portées par les prêtres. Cette forme d’habit appelé clergyman, chemise à col romain et costume plus classique, et sa couleur, du blanc au gris en passant par le bleu – simple question de goût, est un héritage du monde anglo-saxon. Repris dès les années 1950 pour les prêtres qui voyagent, autorisés alors à se défaire d’une soutane jugée peu pratique, il s’est généralisé très vite, alors que le concile Vatican II semblait encourager une adaptation au monde contemporain et une plus grande proximité des clercs avec leurs ouailles. 

Lorsque l’habit n’est pas la soutane, il doit être différent de la manière de se vêtir des laïcs, et conforme à la dignité et la sacralité du ministère.

Le 29 juin 1962, le cardinal Feltin, archevêque de Paris, autorise ainsi ses prêtres à porter, en ville, mais pas au chœur, un clergyman, censé aider à évangéliser la société moderne, trop éloignée de la tradition que symboliserait la soutane. Pourtant, la soutane reste l’habit ordinaire, dont l’intérêt est décrit dans le Directoire pour le ministère et la vie des prêtres de 2013 (§66) :

Dans une société sécularisée et qui tend au matérialisme, où les signes extérieurs des réalités sacrées et surnaturelles disparaissent souvent, on ressent aujourd’hui particulièrement la nécessité que le prêtre […] soit reconnaissable par la communauté, également grâce à l’habit qu’il porte, signe sans équivoque de son dévouement et de son identité de détenteur d’un ministère public. Le prêtre doit être reconnu avant tout par son comportement mais aussi par sa façon de se vêtir, pour rendre immédiatement perceptible à tout fidèle et même à tout homme son identité et son appartenance à Dieu et à l’Église.

En tout état de cause, « lorsque l’habit n’est pas la soutane, il doit être différent de la manière de se vêtir des laïcs, et conforme à la dignité et la sacralité du ministère », indique le document, qui rappelle une obligation. Le paragraphe sur l’habit ecclésiastique se trouve d’ailleurs, et c’est loin d’être un détail, dans une partie consacrée à l’obéissance, juste avant que la congrégation pour le clergé n’évoque la pauvreté, laquelle demeure l’objet de ce noir qui habille nos prêtres, qui revêtent le blanc de l’aube et de la résurrection pour la messe. Morts à eux-mêmes, les voilà vivants dans le Christ !

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