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La chapelle de Rancourt-Bouchavesnes, mémorial des mères et des épouses

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Chapelle du souvenir français de Bouchavesne (Somme).

Anne Bernet - publié le 26/09/22 - mis à jour le 10/11/22

De toutes les nécropoles militaires de la Grande Guerre, la chapelle de Rancourt-Bouchavesnes se distingue : elle a été construite par des mères et des épouses, en pensant particulièrement aux soldats dont les corps ont disparu. À l'occasion de l'armistice du 11 novembre, découvrez le combat mené en leur mémoire par la mère du lieutenant Jean du Bos, mort pour la France le 25 septembre 1916.

Nous sommes le 25 septembre 1916. Depuis presque trois mois déjà, dans les plaines de la Somme, Français, Anglais, Irlandais, Néo-Zélandais et Australiens tentent de reprendre aux Allemands, à l’abri de leurs tranchées, quelques mètres d’une terre jadis fertile mais qui n’est plus qu’un immense et sinistre no man’s land labouré d’obus. Des squelettes d’arbres mutilés, calcinés, dressent encore parfois ici ou là leurs silhouettes martyrisées. Il ne reste rien des villages aux alentours, sinon des pans de murs à demi écroulés, du mobilier que ses propriétaires n’ont pu emporter, un livre arraché à une bibliothèque et tombé dans la boue. Des cadavres, d’hommes et de chevaux, que l’on n’a pu inhumer, pourrissent entre les lignes ennemies. Ils sont témoins de la férocité d’un affrontement qui fera plus d’un million de tués, de blessés, de mutilés. Pour des résultats militairement dérisoires.

L’attaque du 25 septembre

Ce 25 septembre, c’est au tour du 94e régiment d’infanterie de monter en ligne. Son objectif ? Tenter de reprendre le contrôle des villages fantômes de Rancourt, Bouchavesnes, Sailly-Sallisel, Le Bois Saint-Pierre-Waast, échelonnés le long de la route Péronne-Bapaume. Pour cela, il faut d’abord déloger les Allemands de la tranchée Rostow. Les Allemands s’accrochent. Le 94e RI subit des pertes terribles. Un millier de ses soldats et vingt-cinq de ses officiers sont tués avant que les Alliés ne reprennent cette ligne de défense symbolique au-delà de laquelle ils n’avanceront plus avant l’automne 1918. 

Pour beaucoup de familles, n’avoir même pas la consolation d’une tombe où venir se recueillir est un crève-cœur.

Au cœur de cet immense massacre international qui fauche la fleur de la jeunesse européenne et celle de ses colonies, il n’est guère de temps pour les deuils personnels et les drames intimes que représentent les morts de chacun de ces hommes. Les parents, les épouses inconsolables, les enfants orphelins qui, par patriotisme, sont appelés à garder leur douleur pour eux, ne sont pas censés approcher du champ de bataille en quête de la tombe d’un être cher qu’ils ont peu de chances, au demeurant, de retrouver, tant les inhumations, quand elles peuvent se faire, s’avèrent provisoires. Les projectiles, en effet, viennent souvent ravager les cimetières du front et détruire les sépultures.

Pour beaucoup de familles, n’avoir même pas la consolation d’une tombe où venir se recueillir est un crève-cœur. Les soldats le savent. Souvent, ils tentent malgré tout de marquer l’emplacement de la fosse où dort un ami, un camarade, dans l’attente du jour où les corps pourront être rendus au sol natal. C’est précisément ce qu’essaie de faire l’ordonnance du lieutenant Jean du Bos, 26 ans, tombé au bord de la route de Bapaume lorsque, le 27 septembre, il est enfin possible de relever les morts et de les identifier. Voilà ce que ce soldat explique dans la lettre qu’il adresse à la mère du jeune officier, en lui offrant une version, aussi pieusement expurgée que possible, de la mort de son enfant. 

La bataille d’une mère

Cette humble attention sera pour cette femme brisée son unique lueur d’espoir. Rares seront finalement les familles qui, après la guerre, tiendront à rapatrier leurs défunts. Pour des raisons financières, certes, mais plus souvent parce qu’elles penseront juste de laisser leur combattant reposer avec les autres, sur ce carré de terre française qu’il aura défendu au prix de sa vie. Telle est la réflexion de Mme du Bos. Elle n’entamera pas de démarches pour ramener Jean chez eux. Mais elle consacrera le reste de ses jours à l’édification, sur sa tombe de fortune, d’un sanctuaire qui rappellera la mémoire, non seulement de son fils, mais de tous ces hommes morts dans cette interminable et sanglante bataille de la Somme.

Ce projet d’une mère en deuil, un peu insensé tant il est prématuré, est d’ailleurs colossal. Mme du Bos veut, en effet, redonner au village de Bouchavesnes, rayé de la carte, une véritable église, en vue du jour où sa population y reviendra, mais qui aura de surcroît vocation à devenir un lieu de recueillement pour toutes les familles des combattants catholiques tombés sur la Somme. Elle rêve d’un cloître, d’une lanterne des morts qui dominerait ce paysage de ruines et parlerait d’espérance et de résurrection.

Bien entendu, elle ne saurait arriver seule à ses fins. Ainsi va-t-elle très vite convaincre de nombreuses femmes de la bonne société, dont les fortunes et l’entregent mondain permettront l’aboutissement du projet. Toutes sensibles à la démarche, elles ont en commun d’avoir perdu au front un ou plusieurs fils, un époux… La maréchale Foch accepte de présider le comité de souscription. La duchesse de Rohan, la princesse Murat, également endeuillées, apportent leur soutien.

L’évêque d’Amiens, Mgr de La Villerabel, bénira la première pierre le 25 septembre 1920, anniversaire de la mort de Jean du Bos. Sa mère ne verra pas l’achèvement du chantier, ni la nouvelle église, remarquable entre autres par ses voûtes charretières, évocatrices des fermes de la région. D’autres poursuivront son œuvre, soutenues par de nombreux donataires, pour beaucoup américains. Il faudra cependant renoncer au cloître et à la lanterne des morts. Peut-être parce que, dans la mémoire collective, éclipsée par la tragédie de Verdun, la Somme fait figure de champ de bataille « étranger ».

À tort car les pertes françaises, énormes, y ont été supérieures à celles essuyées par les Britanniques et l’Anzac, le corps expéditionnaire australien et néo-zélandais. Aujourd’hui gérée et entretenue par le Souvenir français, la chapelle mémorial de Rancourt-Bouchavesnes, monument voulu par des femmes au cœur brisé pour ceux qu’elles aimaient, étend sa protection sur les trois plus grandes nécropoles de la guerre de 14, unissant dans le pardon et la prière les morts de tous les camps.

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Tags:
PatrimoinePremière guerre mondiale
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