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Avec « un chromosome en plus », Claire-Marie veut orienter le Synode vers l’amour des plus petits

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Annie Rougier (à gauche) et Claire-Marie Rolland (à droite).

Cyprien Viet - publié le 24/09/22

Cinq personnes handicapées viennent de présenter au pape François les conclusions d’une "session d’écoute synodale" appelant l’Église à leur donner une place dans la mission et l’évangélisation. Parmi elles, Claire-Marie Rolland, que la trisomie 21 n’a pas empêchée de devenir une lumineuse jeune femme consacrée. Rencontre.

« Cela fait cinq fois que je viens à Rome ! », rappelle Claire-Marie avec enthousiasme, quelques instants après l’audience générale du mercredi. La jeune femme a déjà rencontré trois papes : Jean-Paul II, à l’occasion de sa confirmation, François, qu’elle a invité à Lourdes, et aussi Benoît XVI, un « petit ours », dit-elle avec une désarmante tendresse.

Cette vierge consacrée du diocèse de Bayonne forme une petite communauté de vie avec Annie Rougier, une ancienne fonctionnaire du ministère de la Marine, elle aussi consacrée sous la juridiction de l’évêque de Bayonne. Installées à Lourdes depuis sept ans, les deux femmes animent l’association Pôle de Lumière, dédiée à l’accueil des familles comptant en leur sein des enfants trisomiques.

Une adoption vécue sous le regard de Dieu

La démarche synodale leur a permis de partager leur expérience de vie très atypique, une « histoire de Dieu », confie Annie, qui vit dans cet accompagnement l’accomplissement d’une vocation ressentie dans sa propre enfance. « Quand j’étais petite, à Paris, j’avais été marquée par la petite fille trisomique — ou « mongolienne », disait-on à l’époque —, de nos voisins », explique Annie. 

Durant l’été 1985, Annie est invitée à visiter une communauté qui accueille des enfants handicapés abandonnés à la naissance. Une petite fille, née le 8 décembre 1984 et récemment accueillie dans ce foyer, est la seule à ne pas dormir quand elle visite la maison. Leurs regards se croisent. « Quelque chose me disait que je devais revenir la voir… Je l’ai en quelque sorte adoptée », se souvient-elle.

Un long parcours conduira à la consécration d’Annie en 1993, puis à celle de Claire-Marie, en 2013. Dès son enfance, la petite fille trisomique montrait les signes d’un désir de Dieu. « Quand on allait voir sa marraine, qui était consacrée, elle ne disait bonjour à personne mais elle allait d’abord à l’oratoire pour embrasser Jésus, et ensuite seulement, elle venait nous saluer. Elle porte cette passion pour Jésus depuis toute petite », se souvient Annie.

L’évêque de Bayonne a confié à Claire-Marie une mission de prière et d’évangélisation. Désarmante de simplicité, de tendresse et de liberté spirituelle, la jeune femme libère le don des larmes chez de nombreux interlocuteurs. En écoutant par hasard son témoignage sur Radio-Présence, le responsable de la pastorale du handicap dans le diocèse d’Albi s’arrête au bord de la route, en pleurant. Sa prise de contact avec Claire-Marie amènera la jeune femme à intervenir devant 700 pèlerins de son diocèse rassemblés à Lourdes. « Tout le monde a été touché », explique Annie. Elle se souvient de la compassion naturelle de Claire-Marie, qui « allait de fauteuil en fauteuil pour aller voir les malades ».

Claire-Marie met toute sa vie à la suite du Christ, avec intensité. « Jésus est très compatissant avec les jeunes et les enfants. Il faut prier pour les personnes seules et hospitalisées, je prie pour elles à Lourdes », raconte-t-elle. Ses priorités : « La prière et l’évangélisation. Je partage cela avec les trisomiques, et la pauvreté aussi, car l’Église est pauvre », souligne-t-elle.

Des jeunes marqués à vie par son témoignage

Partout où elle passe, Claire-Marie évangélise, notamment dans les écoles. « Je connais l’avortement depuis longtemps, car j’ai été abandonnée à la naissance, et j’en parle beaucoup aux enfants, aux jeunes et aussi aux évêques », assure-t-elle avec autorité.

Une jeune fille en larmes a confié avoir été abandonnée elle aussi, et Claire-Marie est allée la consoler.

Lors d’une visite dans un collège-lycée professionnel, « privé mais pas très catho », se souvient Annie, Claire-Marie est invitée à intervenir sur le handicap et la différence. Sans complexe, elle change d’angle et intervient sur le thème « vaincre la tentation », afin d’avertir les jeunes sur le risque de l’avortement. « On n’entendait pas une mouche voler, se souvient Annie. Tous les jeunes ont prié avec elle. Et quand son témoignage s’est terminé, elle a récité la prière du pape Léon XIII contre le diable. Je me souviens d’une musique très forte, à la provenance inconnue, et qui s’est arrêtée brutalement quand Claire-Marie a conclu son intervention en disant : « Et toi, Seigneur, sois béni de m’avoir créée » : les jeunes étaient pétrifiés. Une jeune fille en larmes a confié avoir été abandonnée elle aussi, et Claire-Marie est allée la consoler. Tous ces jeunes m’ont dit avoir été marqués à vie », se souvient Annie. Et face à l’enseignante, elle aussi en larmes, qui lui demande où elle trouve la force d’évangéliser sans filtre, Claire-Marie répond avec humour : « Pour vous, c’est vrai que c’est plus difficile car ils vous en manque un ! ».

Avec son chromosome en plus, considéré par une partie de l’opinion publique comme une honte à cacher, Claire-Marie a su abattre les barrières. « En fait je ne suis pas handicapée : j’ai deux bras et deux jambes, j’ai tout ce qu’il faut, et je suis très heureuse comme ça ! J’ai beaucoup de joie en moi, et ça se voit ! », confie-t-elle, tout à fait à l’aise devant des jeunes parfois réticents à parler de leur foi. « J’aime les timides », ajoute-t-elle avec une émouvante sincérité. De la même façon, elle réveillera les larmes d’une personne sans abri, près du Vatican, en l’embrassant avec cette simple explication : « J’aime les pauvres ». 

Dans la dynamique synodale, Claire-Marie montre le chemin d’une Église dans laquelle les personnes avec un handicap ne sont pas les simples bénéficiaires d’une attention pastorale motivée par la compassion, mais des acteurs à part entière de la mission. Les personnes handicapées « ont envie d’être prises au sérieux et d’apporter de la joie dans les communautés chrétiennes dans lesquelles elles vivent », explique Vittorio Scelzo, chargé de cette thématique au sein du dicastère pour les Laïcs, la famille et la vie. 

Dans cette perspective, les participants à cette session d’écoute synodale ont émis la demande qu’au moins une personne handicapée puisse participer à la session finale du Synode sur la synodalité, en octobre 2023 au Vatican. À cette occasion ou à l’occasion d’une visite à Lourdes, Claire-Marie aimerait pouvoir témoigner en public, devant le pape. « C’est mon vœu le plus cher », confie-t-elle, avec une assurance de la présence de Dieu qui semble illustrer cette parole de l’Évangile de Matthieu : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ».

Tags:
Pape FrançoisSynodeTrisomie 21
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