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Karonga au Malawi, les défis d’un des plus jeunes diocèses du monde

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AFP

Jurij Blazejewski - AED - publié le 23/09/22 - mis à jour le 23/09/22

Mgr Martin Mtumbuka, évêque de Karonga au Malawi, décrit le dynamisme de l’Église africaine, notamment dans son jeune diocèse de Karonga, au Malawi, sans toutefois éluder les combats à mener. 

Situé au nord du Malawi, avec le grand lac Malawi à l’est et des montagnes à l’ouest, le diocèse de Karonga a été créé en 2010. Ses 24 prêtres – 17 prêtres diocésains et sept religieux – ont la charge des âmes de plus de 60.000 catholiques sur un territoire d’environ 12.000 km2, plus grand que le Liban. La principale préoccupation de Mgr Martin Mtumbuka dans cette vaste région est l’évangélisation : « Nous devons nous assurer que les gens ne nous cherchent pas, mais que nous les cherchons. Nous devons essayer d’être aussi proches d’eux que possible », dit-il.

« Les gens ne partageront pas leurs problèmes et leurs inquiétudes avec quelqu’un qu’ils connaissent à peine, explique-t-il, ce qui signifie que la proximité des prêtres avec leurs paroissiens est la clé. C’est pourquoi, même s’ils sont peu nombreux, chaque prêtre essaie de rendre visite à chacun dans ses paroisses au moins une fois par an et le plan stratégique du diocèse prévoit la présence constante d’un prêtre dans un rayon d’au moins 20 km de chaque paroisse de Karonga ».

Mais les distances ne sont pas le seul défi. La majeure partie du diocèse est vallonnée et montagneuse rendant difficile aux personnes âgées l’accès à l’église. Les prêtres sont obligés de se rendre auprès des malades pour leur donner les sacrements. Sans compter que l’état des routes est déplorable à tel point que se déplacer en voiture n’est pas toujours la meilleure option, surtout pendant la saison des pluies : « La route est en si mauvais état que, dans certains cas, des prêtres sont restés bloqués et ont dû passer la nuit à la belle étoile. Néanmoins, nous devons faire tout notre possible pour rejoindre nos paroissiens : si on ne vous rejoint pas par la route ou en voiture, on va le faire en moto, à vélo, à pied ou par radio, pour que personne ne nous reproche de ne pas lui avoir apporté le message du Christ. Nous devrions pouvoir dire que nous sommes allés dans tous les villages. ». A la demande de Mgr Martin, l’AED a contribué à l’achat de neuf motos pour aider au travail pastoral.

Surmonter les distances avec créativité

Améliorer la mobilité aide, mais, comme l’explique l’évêque, la radio reste l’outil le plus puissant pour l’effort catéchétique en Afrique. Tuntufye FM Radio a été créée en 2014, avec le soutien d’ACN. Le tumbuka est la langue officielle utilisée dans le diocèse, mais la population locale utilise également le lambya, le ndali, le nyakyusa, le ngonde, ainsi que plusieurs dialectes. Les prêtres essaient d’utiliser la langue de la communauté locale et les émissions de radio sont dans les trois langues principales du diocèse.

L’utilisation du téléphone mobile et d’Internet est extrêmement rare, mais ce n’est pas un obstacle à la créativité. Par exemple, l’un des missionnaires, le père Federico, emporte toujours un téléphone portable avec lui lorsqu’il se rend dans un village isolé pour rencontrer le chef. À la fin de la réunion, il lui donne le téléphone et lui envoie tous les jours un message avec un verset biblique à chacun des chefs qu’il a rencontrés et ceux-ci le partagent ensuite avec tout le village. La foi des gens est profonde et vivante. Même si le prêtre ne peut pas être présent dans certains endroits, les habitants se rassemblent pour prier par eux-mêmes. Chaque paroisse compte entre 15 et 60 petites églises ou chapelles. « Quand une si petite communauté n’a pas d’endroit où se rassembler, elle construit elle-même l’église », explique Mgr Martin. Les gens apportent du ciment et des briques et se mettent en quatre pour la construction, mais n’étant pas des professionnels, après un peu de temps, de nombreux bâtiments s’effondrent. Pour éviter les problèmes, le diocèse a adopté une approche unifiée, avec des normes pour construire des églises et d’autres infrastructures paroissiales.

Des laïcs engagés

Les grandes distances et le faible nombre de prêtres exigent en réalité la pleine participation des laïcs dans le ministère. Mgr Mtumbuka croit qu’ “on ne peut pas tout donner aux prêtres. Par exemple, toutes les funérailles ne peuvent pas être présidées par un prêtre ; ce n’est pas possible dans notre situation. Ainsi, les laïcs responsables ont été formés en tant que ministres des funérailles. L’idée est que les laïcs puissent assumer toutes les responsabilités que l’Église permet. Nous devons nous assurer que les gens reçoivent une très bonne formation en catéchèse. Nous voulons avoir autant d’agents d’évangélisation que possible ». Il y a un long chemin à parcourir, mais au cours des 12 années qui se sont écoulées depuis sa création, il y a eu une croissance significative des paroisses, de 5 à 16, et de nombreux jeunes prêtres ont rejoint le diocèse, qui compte actuellement 28 séminaristes. Certains prêtres étudient à l’étranger pour devenir futurs formateurs et enseignants. Le diocèse a également bénéficié de la générosité des bienfaiteurs de l’AED qui ont permis de réaliser une centaine de projets différents, totalisant près de 1,5 million d’euros, entre autres pour la construction de 25 bâtiments, dont 12 églises.

De nouveaux défis à relever

Cependant, le diocèse de Karonga est confronté aujourd’hui à un nouveau défi. Étant une zone rurale, les gens avaient l’habitude de contribuer à l’entretien du clergé avec des produits plutôt qu’avec des collectes d’argent. Or, à cause de l’invasion russe de l’Ukraine, le prix des denrées alimentaires a doublé, tandis que celui du carburant a triplé. Les engrais, qui proviennent généralement d’Ukraine et de Russie, sont maintenant inaccessibles. La guerre a également affecté les activités de l’Église locale : « l’huile de cuisson coûtait entre 1.000 et 2.000 kwachas (entre 1 et 2 euros), maintenant elle en coûte 9.000. Les gens n’ont plus les moyens pour l’acheter ! Et cela cause un autre problème : très bientôt, les prêtres ne seront plus soutenus par les fidèles », prévient Mgr Martin.

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