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Kazakhstan : François et l’espérance du dialogue

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Photo by Handout / VATICAN MEDIA / AFP

Le Pape rencontre le métropolite Antoine de Volokolamsk, président du département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, le 14 septembre 2022

Jean-Baptiste Noé - publié le 15/09/22

Le pape François a tenu à se rendre au VIIe Congrès des religions mondiales et traditionnelles qui se déroule à Noursoultan, capitale du Kazakhstan, pour lancer un nouvel appel à la paix et à la cohabitation pacifique. Si le pape essuie des échecs, observe le géopoliticien Jean-Baptiste Noé, il n’a pas d’autre choix que de batailler pour le dialogue.

Si le Kazakhstan est composé d’à peine 1% de catholiques, issus essentiellement de familles de Polonais et d’Allemands déportés à l’époque de l’Union soviétique, l’importance de la rencontre des dirigeants lors du VIIeCongrès des religions mondiales et traditionnelles à Noursoultan va bien au-delà de ce faible poids démographique. Il s’agit pour le pape de réaffirmer la primauté et la nécessité du dialogue et de l’échange entre les groupes religieux et culturels, seule voie selon lui pour éviter les ravages de la « Troisième Guerre mondiale par morceaux ». « Nous sommes condamnés au dialogue », pour reprendre la célèbre formule du cardinal Tauran, qui se rendit régulièrement à ce Congrès.

Une volonté de nouer le dialogue

Ville moderne d’à peine trente ans, construite au milieu de la steppe, faite de gratte-ciels réalisés par les plus grands architectes mondiaux, Noursoultan est une capitale atypique qui cherche à jouer les premiers rôles dans la diplomatie de la paix et du dialogue interreligieux. C’est ici qu’en 2013 Xi Jinping prononça son discours annonçant la mise en place du programme des nouvelles routes de la soie (Belt and road initiative). C’est ici également que Jean Paul II se rendit, quinze jours après les attentats du 11 septembre 2001, dans ce pays très majoritairement musulman, pour réaffirmer que le terrorisme et la violence ne peuvent être utilisés au nom de Dieu. En venant vingt-et-un ans plus tard dans la même ville, François se place résolument dans les pas de son prédécesseur, avec la même volonté d’être un artisan de paix.     

Une tentative vouée à l’échec ?

Les faits semblent néanmoins contredire ces espoirs de dialogue. Alors qu’il était initialement prévu que François et le patriarche Kirill se rencontrent de nouveau à Noursoultan après la rencontre de La Havane, ce dernier a décliné l’invitation fin août. Officiellement en raison d’un agenda chargé. Officieusement, le prélat orthodoxe n’a guère apprécié d’être présenté par le Pape comme « l’enfant de chœur de Poutine ». Cette formule renvoie à la collusion du pouvoir spirituel et politique en Russie et à la faiblesse de liberté politique pour les dirigeants orthodoxes. Dans les années 1960, en pleine Guerre froide, Paul VI avait refusé d’être considéré comme « l’aumônier de l’Occident », étiquette que cherchaient à lui coller les Soviétiques et les maoïstes. Ce rôle, le cardinal Parolin l’a de nouveau rejeté dans un entretien accordé en septembre à la revue italienne de géopolitique Limes. Dans la guerre en Ukraine comme dans les relations entre musulmans ou dans le conflit du Karabagh, le pape n’est l’affilié de personne car il doit pouvoir parler à tout le monde. 

Quand Xi Jinping se rend en Italie, il ne passe jamais par le Vatican.

Cet échec du dialogue avec Kirill se double d’un échec avec Xi Jinping. Le dirigeant chinois est lui aussi cette semaine à Noursoultan, pour sa première visite à l’étranger depuis les confinements de 2020, non pour se rendre au Congrès, mais pour traiter d’affaires économiques et énergétiques. Le Kazakhstan est en effet l’un des principaux producteurs mondiaux d’uranium, de gaz et de pétrole. La diplomatie vaticane espérait une rencontre avec lui, dans ce terrain neutre qu’est ce pays tiers. Quand Xi Jinping se rend en Italie, il ne passe jamais par le Vatican. Cette fois encore, il ne croisera pas la route du Pape, alors que l’accord diplomatique relatif à la nomination des évêques en Chine est en cours de renégociation. 

Pas d’autre choix

Échec avec Moscou, échec avec Pékin, faut-il voir cet espoir de dialogue comme un doux irénisme qui ne tiendrait pas face aux conflits du monde ? Dénué d’armée et de puissance financière, le Saint-Siège n’a guère d’autre choix que ce levier-là. À Noursoultan, le pape peut rencontrer beaucoup d’autres personnes, moins médiatiques peut-être, mais néanmoins influentes. L’islam pratiqué au Kazakhstan et en Asie centrale n’est pas celui des talibans et de l’État islamique. Si le vent de la steppe peut emporter les mots, François, comme Jean Paul II avant lui, est convaincu que semer une parole de paix et de fraternité finira, malgré tout, par l’emporter.

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KazakhstanoecumenismePape François
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