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Pleurer la reine et les malheureux

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żałoba po królowej Elżbiecie II

DANIEL LEAL/AFP/East News

Benoist de Sinety - publié le 11/09/22

Ce n’est pas d’encenser une reine défunte qui pose question, c’est plutôt de ne pas regarder les vrais drames de notre époque. Les souverains chrétiens exemplaires, rappelle le père Benoist de Sinety, curé de la paroisse St-Eubert de Lille, affirmaient avec force que le plus pauvre de leur sujet était comme eux, un enfant de Dieu.

Communiqués émus, prises de paroles les yeux embués, course à la palme de la meilleure « Une », chacun cherche depuis l’annonce du décès d’Elisabeth II, la souveraine britannique, à gagner le prix de l’emphase et la couronne du mélo. Croyante, la voici devenue une sainte catholique, y compris pour ceux qui méprisent toute idée œcuménique… Monarque, qui n’hésita pas à manifester son attachement à l’Union européenne en apparaissant vêtue de ses couleurs au moment du Brexit, elle est présentée comme la Protectrice inébranlable de l’identité de son archipel, y compris par les plus souverainistes… Dirigeante d’un trust familial totalement refermé sur lui-même, la voici désormais la grand-mère d’une foule immense qui ne se lasse pas de noyer son chagrin en regardant des séries télévisées et des soirées spéciales destinées d’abord et avant tout à justifier les écrans publicitaires qui nourrissent de plus en plus nos cerveaux.

Ceux qui ne vendent pas du papier

Et nous voici donc, pleurant ensemble, une femme certainement respectable et probablement remarquable en bien des points, mais une femme que nul parmi nous ne connaît vraiment. Nous ne savons d’elle que ce que les images soigneusement sélectionnées ne cessent de nous raconter depuis soixante-dix ans. Même la plus haute autorité de notre République se laisse aller à parler, en anglais, de la noble douairière : « Pour vous elle était votre reine, pour nous elle était La Reine… ». On se pince… on se dit que tout cela ne peut être qu’un moment d’illusion collectif et que nous nous réveillerons. Mais nous ne nous réveillons pas. 

Et dans le même temps, chaque jour ou presque, on repêche en haute mer des corps d’hommes, de femmes, des jeunes, qui parfois viennent même s’échouer sur nos rivages. Ces gens-là, nous ne les connaissons pas non plus, mais nous n’en parlons pas. Ils n’ont ni la richesse, ni les couronnes, ni les place d’honneur ni le droit au respect. Ils ne sont pas grand-chose, en fait ils ne sont rien : ni médiatiquement, ni socialement, rien… Ils ne « vendent pas du papier », ils ne font pas rêver. Lorsqu’ils meurent, ils ne causent aucune peine : même leurs familles, souvent, ignorent leurs décès.

Nous savons tous très bien que la vie des puissants a toujours été un spectacle destiné à fasciner ceux sur lesquels il leur faut régner à défaut de gouverner. Il faut des artifices et des belles histoires pour que les individus deviennent peuple, que les égoïsmes soient contrebalancés par une appartenance commune, que les rêves de chacun se retrouvent sur un horizon commun. Mais en occupant ainsi tout l’espace, au risque de le saturer, en organisant ainsi l’émotion collective à des fins mercantiles ou bassement politiciennes, on prend le risque de laisser apparaître une béance morale.

Le plus pauvre de leurs sujets

Car ce n’est pas d’encenser une reine défunte qui fait question, c’est bien plutôt de ne pas regarder les vrais drames de notre époque en leur préférant les contes dorés. Si Édouard, Edwige, Éric, Louis, Marguerite, Olaf et beaucoup d’autres furent déclarés saints, cela ne tient pas d’abord au fait qu’ils aient régnés sur l’Angleterre, la Silésie, la Suède, la France, l’Écosse ou la Norvège. Mais c’est parce qu’ils ont cherché à mener une vie juste, inspirée par l’Évangile et qu’ils ont affirmé ainsi avec force que le plus pauvre de leur sujet était comme eux, un enfant de Dieu. Je ne doute pas qu’Élisabeth II ait, elle aussi, éprouvée ce désir et cherchée à vivre cela. 

C’est en cela qu’elle est ou qu’elle sera exemplaire, et non pas en fonction du nombre de diamants qui reposaient sur son chef, ni d’une longévité exceptionnelle… C’est en cela qu’elle pourra nourrir le désir de tous ceux qui la pleurent de se tourner vers leur prochain, quel qu’il soit, et de le reconnaître comme un frère. J’aime cette prière de bénédiction dite sur les jeunes mariés, à la fin de la célébration de leurs noces :

« Ouvrez vos portes aux malheureux et aux pauvres qui vous recevront un jour avec reconnaissance dans la Royaume de Dieu. »

Et je prie pour que ceux qui nous dirigent en découvrent la puissance afin de nous donner l’exemple auquel nous avons droit.

Elisabeth II, les cinq papes qu’elle a rencontrés :

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