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Les mutuelles militent-elles pour l’euthanasie ?

EUTHANASIE

Robert Kneschke - SHUTTERSTOCK

Mathilde de Robien - publié le 09/09/22

Le 43e Congrès de la Mutualité Française se déroule du 7 au 9 septembre 2022 à Marseille. Parmi les nombreux sujets abordés par les acteurs de la protection sociale figure l’euthanasie. Compte tenu des enjeux financiers de la fin de vie pour les organismes mutualistes, n’y a-t-il pas un conflit d’intérêts qui leur imposerait un devoir de réserve ?

À l’aube d’une convention citoyenne sur la fin de vie, confirmée par Emmanuel Macron ce jeudi 8 septembre en marge du lancement du Conseil national de la Refondation, la Fédération nationale de la Mutualité Française (FNMF) réitère clairement sa position en faveur de la légalisation de l’euthanasie. Néanmoins, on peut légitimement se demander si les organismes mutualistes peuvent prendre part au débat. En effet, les intérêts financiers en jeu ne les empêchent-ils pas « d’avancer de manière apaisée », comme le souhaite Emmanuel Macron lui-même, sur la délicate question de l’euthanasie ?

Sous prétexte de défendre la dignité et la liberté de leurs adhérents, les mutuelles semblent prendre fait et cause pour l’euthanasie. « Le sujet de la fin de vie est d’abord une question de dignité et de liberté individuelle », déclarait Matthias Savignac, président de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN) à l’occasion de la publication d’un sondage d’opinion sur la fin de vie en juillet dernier. « Nous aurions tort de croire que les droits acquis sont intouchables ; défendons-les en allant à la conquête de nouveaux droits. Notre société est prête, le consensus est réel et les chiffres de l’enquête Ifop-MGEN en attestent », poursuivait le président à l’initiative d’un récent « Manifeste Fin de vie » qui exprime clairement l’engagement de la MGEN en faveur de l’euthanasie : « Nous, collectif mutualiste, militons pour qu’en France, toutes les personnes en situation de fin de vie soient égales en droit et en dignité ainsi que libres de leurs choix. » Sondage dont, au passage, il est permis de douter. En matière de fin de vie, la formulation des questions est bien souvent biaisée et influence grandement les réponses.

La dignité, notion controversée par ailleurs, et la liberté ne sont pas les seuls prétextes à la prise de position des leaders mutualistes en faveur de la légalisation de l’euthanasie. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la laïcité aussi ! La MGEN brandit le drapeau de la laïcité pour se positionner sur la question de la fin de vie : « La laïcité prévoit le respect des croyances de chacun, sans qu’elles ne guident ou ne dictent les règles collectives, en aucun cas. Hier comme aujourd’hui, nous soutenons le droit fondamental à la disposition de notre corps. Notre corps nous appartient et non au législateur, aux médecins, aux religieux », a déclaré Clothilde Truffaut, administratrice de la MGEN.

Une réserve à l’égard de l’euthanasie qui ne semble pas non plus être venue à l’esprit des organisateurs du 43e Congrès de la Mutualité Française. En effet, parmi les sujets abordés – grand âge, révolution numérique du système de santé, déserts médicaux, impact de la crise climatique… – figure l’euthanasie, ou plutôt « choisir sa fin de vie ». A l’instar des expressions comme « Aide active à mourir » ou « Mourir dans la dignité », « choisir sa fin de vie » a l’avantage d’édulcorer une réalité qui, légitimement, fait peur.

Au programme du Congrès, une conférence, le 8 septembre, intitulée : « Choisir sa fin de vie : l’ultime liberté ? », avec trois intervenants, dont le militantisme en faveur de l’euthanasie est connu : François Damas, membre de la commission euthanasie en Belgique, Jean-Luc Romero-Michel, Président d’honneur de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), et Matthias Savignac, Président de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN).

Dans une déclaration transmise à l’AFP, Éric Chenut, président de la Fédération nationale de la Mutualité Française (FNMF), entend « défendre une position délicate sur la fin de vie, qui fera l’objet à l’automne d’une « consultation » voulue par le gouvernement ». Souhaitant d’abord renforcer les soins palliatifs, Éric Chenut propose néanmoins de rendre « opposables » les directives anticipées et, pour ceux qui « souhaitent pouvoir être assistés », créer « une aide active à mourir », convaincu « qu’on doit permettre aux gens de choisir leur fin de vie ». Le ton du 43e Congrès est donné.

Et lorsqu’on sait que le président du Conseil économique, social et environnemental (Cese) – instance saisie par le gouvernement pour donner son avis sur la fin de vie – n’est autre que Thierry Beaudet, ancien président de la Fédération nationale de la Mutualité française qui avait signé en 2020 une tribune pour « l’aide active à mourir », le débat semble conclu avant même d’être lancé.

Conflit d’intérêts

Or n’y a-t-il pas conflit d’intérêts, lorsque les mutuelles se prononcent sur un sujet qui les engage autant économiquement ? Les derniers mois de vie coûtent cher aux organismes en remboursement de soins, d’hospitalisations, d’aides à domicile… En 2016, le philosophe André Comte-Sponville, soutien de l’ADMD, l’évoquait lui-même, en listant ses arguments en faveur d’une légalisation de l’euthanasie : « Quatrième argument : Le plus désagréable, le plus glauque, mais enfin il faut bien en parler aussi. C’est le coût économique de l’acharnement thérapeutique. » Il affirme qu’un de ses amis médecins lui aurait dit que durant les six derniers mois de notre vie, nous coûtons autant à la Sécurité sociale que pendant tout le reste de notre existence.

« Les mutuelles n’ont pas du tout envie de se retrouver à devoir financer la dépendance », expliquait le magazine l’Incorrect, après avoir mené une enquête sur l’euthanasie en Europe, mettant en évidence les enjeux financiers de sa légalisation. En Belgique et aux Pays-Bas, le coût d’une euthanasie est proche de 100 euros. Si à ce jour, en France, « le coût de la dépendance est estimé à 30 milliards d’euros par an, dont 12 milliards correspondent à des dépenses de santé », il faut noter qu’en 2050 « une personne sur trois sera âgée de plus de 60 ans ». Des prévisions qui permettent légitimement de douter de l’objectivité des mutuelles dans leur prise de position.

« Entraide et solidarité », vraiment ?

Les mutuelles ont pour ambition première de protéger et d’accompagner leurs adhérents dans leurs parcours de soins. Ce 43e Congrès marseillais s’intitule même « Mutualité : Territoires d’engagements pour l’entraide et les solidarités ». Où est l’entraide, l’accompagnement, dans l’euthanasie ? La solidarité, fondement des organismes mutualistes, n’est-elle pas galvaudée ? Les mutuelles ne se trompent-elles pas de terrain, en défendant l’aide à mourir au lieu de l’aide à vivre ?

Ne serait-ce pas là que les mutuelles, qui ont pour vocation de soutenir les plus faibles, devraient s’engager ?

D’autant plus que selon la même enquête commanditée par la MGEN, plus de la moitié des Français (52%) se déclarent insatisfaits de l’accès aux soins palliatifs pour tous. Et pour cause, seul un tiers des patients susceptibles de bénéficier des soins palliatifs y a effectivement accès, 26 départements ne possédant aucune unité de soins palliatifs, selon les chiffres du gouvernement. 55% des Français déplore également les montants remboursés par la Sécurité sociale et par les mutuelles pour les derniers soins et traitements du malade ainsi que sur l’hospitalisation à domicile. Et plus de 60% des Français regrettent l’absence d’information sur les droits du malade, le manque d’aide pour les accompagnants de la fin de vie et les carences de soutien aux familles et aux proches. Ne serait-ce pas plutôt là que les mutuelles, qui ont pour vocation de soutenir les plus faibles, devraient s’engager ?

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