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Julien de Lescar, évangélisateur du Béarn

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Capbourrut | CC BY-SA 4.0

Saint Julien de Lescar

Anne Bernet - publié le 03/09/22

Après Bénézet et Marie-Madeleine, Aleteia termine son tour de France estival des saints patrons de nos régions. Originaire de Trêves, le premier évêque de Lescar en Béarn devra affronter l’occupation de son diocèse par les Wisigoths et combattre leur arianisme.

Voici un cas unique, ou peu s’en faut, et tout à fait édifiant. Alors que, partout, provinces et diocèses se sont, au Moyen Âge, ingénié à se doter des origines les plus lointaines, les plus glorieuses et les plus fantaisistes, les Béarnais ne sont jamais tombés dans ce travers, pour pieux qu’il soit, et s’en sont tenus à la stricte vérité historique, laquelle, hélas, n’est pas diserte… Les historiens ecclésiastiques ont supputé avec bon sens qu’une première évangélisation du Béarn a dû se produire dans le courant du IIIe siècle, après l’installation de saint Saturnin à Toulouse. Reste que, en raison du martyre de l’évêque, des persécutions qui marquent la période ou des difficultés d’accès, cette prédication a porté peu ou pas de fruits et qu’au IVe siècle, ces vallées pyrénéennes, comme bien d’autres régions des Gaules, restent encore à christianiser ou rechristianiser. Les vocations, cependant, sont peu nombreuses.

Le Béarn aux Wisigoths

Pourtant, à une date indéterminée mais sans doute assez tard, aux entours de l’an 390 peut-être, un prêtre originaire de Trêves, aujourd’hui en Allemagne, nommé Julien, que la Tradition dit appartenir au presbyterium de l’évêque Léonce, prélat vénérable obsédé par la pensée de toutes ces âmes qui se perdent faute de connaître la vraie foi, sous l’influence de son maître, décide de s’atteler à cette mission et part vers le Béarn. Il est auparavant sacré évêque et s’en va avec deux prêtres nommés Austrilien et Alpinien. En route, mais l’aventure se retrouve à l’identique dans d’autres vies d’évangélisateurs, Julien a le malheur de voir mourir Austrilien. Découragé, se sentant incapable de continuer sans lui, il rebrousse chemin, et rentre à Trêves où Léonce lui remet sa crosse épiscopale et lui affirme qu’il pourra, grâce à elle, ressusciter le défunt, ce qui se produit en effet.

Enfin parvenu à bon port, Julien prêche l’évangile aux populations locales qui se convertissent sans difficultés. Elles viendront, les difficultés, quelques années plus tard, après le passage du Rhin en 405 par les Barbares, le siège de Rome en 410, et la cession de l’Aquitaine, laquelle englobe le Béarn, aux Wisigoths, tenants de l’hérésie arienne. Ils s’installent en maîtres dans la région, même s’il est probable que Julien, en sa cité épiscopale éloignée de Lescar soit moins exposé à leurs mauvaises façons que les évêques des grandes villes.

Le martyre de sainte Valérienne

L’époque est aux mariages mixtes, plus ou moins consentis, entre les envahisseurs germaniques et les populations locales. L’empereur Honorius a donné l’exemple, à son corps défendant puisqu’il a laissé le chef wisigoth Athaulf enlever et épouser sa jeune demi-sœur, la princesse Galla Placidia, qu’il a faite prisonnière à Rome… Après cela, les aristocraties provinciales ne peuvent pas se plaindre d’être traitées à la même enseigne. C’est ainsi qu’un jeune noble wisigoth des environs de Lescar s’entiche d’une jeune Gallo-romaine nommée Valeriana, Valérienne en français. La jeune fille appartient à l’entourage de Julien qui l’a baptisée. Il sait qu’elle souhaite conserver sa virginité consacrée au Christ et, faute de pouvoir s’opposer à ses parents, terrorisés par leur futur gendre, il lui conseille de poser ses conditions : elle se mariera si son prétendant accepte de se convertir au catholicisme.

Connaissant la haine et le mépris des hérétiques envers l’Église romaine, Julien pense épargner à sa dirigée un sort funeste ; il se trompe. Furieux de sa résistance, le tendre fiancé, qui n’a pas envisagé une seconde la conversion, l’assassine, faisant d’elle une martyre. Sainte Valérienne baigne donc de son sang sa province. L’on ne sait pas précisément à quelle date Julien disparaît à son tour, mais, cette fois, la chrétienté qu’il a fondée est solidement enracinée.

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