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Promesses d’été

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© CIRIC

Henri Quantin - publié le 31/08/22

Le chant de la promesse aura résonné souvent cet été durant les camps, comme il résonne aussi de plus en plus durant les mariages. L’écrivain Henri Quantin se demande jusqu’où peut aller le rituel scout durant une cérémonie liturgique.

Combien de temps es-tu prêt à servir ? — S’il plaît à Dieu, toujours. Un certain vertige saisit à l’idée que des centaines de jeunes gens ont prononcé ces mots cet été, lors de leur promesse scoute. Combien y seront fidèles ? Combien n’en garderont qu’un souvenir attendri et diront un jour, en anciens combattants spirituels, qu’eux aussi ils ont « fait les scouts« , quand ils étaient jeunes et idéalistes ? « Toujours dure longtemps », comme le savent les lecteurs du père Jérôme. Aussi ces promesses d’été sont-elles appelées à avoir plus d’avenir que l’« histoire d’amour vacances qui finit dans l’eau », chantée par Elsa et Glenn Medeiros dans les années quatre-vingt. Cela suppose de croire que les mots ont un sens et que les paroles engagent. Ce n’est pas rien de promettre de respecter la loi scoute : avoir pour vocation de « servir et sauver son prochain », ne rien faire à moitié, sourire dans les difficultés, être pur dans ses pensées, ses paroles et ses actes… 

« Devant tous, je m’engage »

Ce programme de vie n’est sans doute pas compatible avec tous les plans de carrière. Le scout lucide découvre rapidement que la fidélité est un combat, qu’il faut mener « sans souci des blessures ». Prononcées à 12 ans, ces promesses d’été peuvent donc être l’apprentissage des engagements sacramentels qui exigent l’âge adulte : mariage et ordination sacerdotale. Après tout, le scoutisme accomplirait largement sa mission s’il offrait au monde des époux, des prêtres et des consacrés fidèles.

Est-ce pour cela que le chant de la promesse scoute résonne si souvent lors des mariages ? Les paroles, de fait, peuvent s’appliquer à une alliance pour la vie. Les jeunes mariés peuvent légitimement chanter « devant tous je m’engage » ; ils bâtissent sur un roc solide en reprenant : « Je veux T’aimer sans cesse, de plus en plus. Protège ma promesse, Seigneur Jésus. » Conscient de l’importance du passé scout des mariés, un prêtre précisa un jour à l’assistance, mi amusé, mi désabusé : « Pour le chant de la promesse, j’ai vite compris que ce n’était pas négociable. » Soit. L’habitude de faire le salut scout pendant le refrain, en revanche, n’est pas forcément très inspirée. Un geste liturgique n’a-t-il pas vocation à unir l’assemblée ? Devant les mains droites levées, on a parfois le sentiment que le but est avant tout de permettre à une partie des participants de proclamer ostensiblement : « J’en suis. » Qu’on le veuille ou non, une messe de mariage n’est pas un rassemblement et le salut des uns, quelle que soit son intention, tend à exclure les autres.

Conserver l’esprit scout

On objectera peut-être que s’unir à l’engagement des mariés implique de savoir s’adapter à l’esprit qu’ils ont souhaité donner à leur mariage. Parfait, mais alors qu’ils aillent au bout de leur démarche. Saluer en chantant le refrain du chant de la promesse, très bien, mais à condition de conserver l’esprit scout dans la suite de la journée : dîner dans des gamelles autour d’un feu de bois, invités en chaussures de marche, soirée sans alcool ni DJ… On doute qu’il soit bien accueilli, celui qui entonnerait : « Avant d’aller dormir, sous les étoiles, doux Maître, humblement à genoux, Tes fils t’ouvrent leur cœur sans voile, Si nous avons péché, pardonne-nous. » Plus sérieusement, il est bien sûr légitime qu’une réception, qui unit tous les âges et comporte une dimension sociale, ait peu à voir avec une veillée, mais l’esprit scout invite au moins à ne pas se soumettre à la surenchère festive qui exige qu’un mariage soit « instagramable » : la peste soit du mot et plus encore de la chose !

Nul doute que le scoutisme puisse être une excellente école de vie chrétienne pour de futurs époux. « Le scout est fait pour servir et sauver son prochain » : ce « prochain » est aussi à l’évidence un mari ou une femme. En revanche, quand saluer revient à mettre à l’écart une partie de l’assemblée, il semble préférable de s’abstenir. Ce n’est pas parce que le mot « salut » peut renvoyer aussi bien à « sauver » qu’à « saluer » qu’il faut confondre les deux verbes.

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