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Gorbatchev, entre ambivalence et méprises

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Hemis via AFP

Campagne publicitaire de Louis Vuitton avec Mikhaïl Gorbatchev. Londres, mai 2008.

Jean-Baptiste Noé - publié le 31/08/22

Il était le dernier président de l’Union soviétique, le dernier grand dirigeant de la Guerre froide, une époque où Ronald Reagan conduisait l’Amérique et Jean Paul II la barque de l’Église. L’Europe craignait une guerre nucléaire lors de la crise des euromissiles et la Pologne une invasion militaire du Pacte de Varsovie. Le géopoliticien Jean-Baptiste Noé raconte comment Mikhaïl Gorbatchev a joué, malgré lui, le rôle de liquidateur de l’URSS.

Mikhaïl Gorbatchev a 55 ans en 1985 quand il accède à la direction de l’URSS. Son style, son âge, sa manière d’être sur la scène internationale, tranche avec la gérontocratie fossilisée qui s’est succédé au Kremlin depuis la mort de Leonid Brejnev (1982). En Occident, l’engouement est total, à tel point que les journaux parlent de « gorbymania ». Conscient des lacunes économiques de l’URSS, de son retard tant sur le plan agricole qu’industriel, il lance la perestroïka, « reconstruction » de grandes réformes qui doivent conduire à davantage d’ouverture et de souplesse afin de sauver le modèle soviétique. L’exemple vient de Chine ou Deng Xiaoping, rompant avec la politique de Mao, introduit quelques doses de capitalisme dans un pays qui n’est pas encore une grande puissance mondiale. À ces politiques de réformes, il ajoute l’ouverture, la glasnost, afin de donner de l’air à une société sclérosée. Les œuvres de Boris Pasternak peuvent être publiées en URSS et Andreï Sakharov, le père de la bombe H, est autorisé à sortir de sa résidence surveillée. Mais si Gorbatchev triomphe sur la scène internationale, son image se dégrade en Union soviétique.

Il voulait sauver l’URSS

L’Occident le voit comme le tombeur du soviétisme, comme celui qui a mis fin à la Guerre froide et à l’expérience totalitaire du communisme en Europe de l’Est. Là réside la première méprise. Gorbatchev n’a jamais voulu la fin de l’URSS ni celle du système communiste. Il a cherché à les pérenniser pour les faire survivre, non pour les faire disparaître. C’est malgré lui que les républiques soviétiques ont pris leur indépendance, même s’il s’est refusé à appliquer la « doctrine Brejnev », c’est-à-dire à intervenir militairement dans les pays sécessionnistes. Pas de chars cette fois-ci à Budapest et à Prague. Mais en Pologne, c’est l’intervention directe de Jean Paul II qui a permis d’éviter la répression politique. Gorbatchev n’a pas non plus voulu la fin de l’Union soviétique et PC de Russie, qu’il est contraint d’accorder à Boris Eltsine. Un Eltsine qu’il a toujours détesté et tenu en piètre estime. 

C’est à l’étranger que Gorbatchev a trouvé une oreille attentive, non pas en Russie.

La seconde méprise vient de l’appréciation de la période, fort différente pour les Occidentaux et pour les Russes. En Occident, la chute du communisme est vue comme une chose bénéfique et la disparition de l’URSS comme une date blanche, au même titre que la dislocation du Mur de Berlin. Toute autre est l’appréciation en Russie. Pour les Russes, les années 1980-1990 sont vues comme une période d’humiliations et de difficultés durant laquelle la population a subi une régression sociale majeure. Chez beaucoup de Russes qui ont connu la période, demeure une nostalgie des années 1970, perçues comme de « bonnes » années, à l’inverse de la période Gorbatchev. Lorsque celui-ci s’est présenté à l’élection présidentielle de 1996, il obtint à peine 1% des voix, bien loin de ses prétentions politiques. S’il a ensuite créé et dirigé un parti politique, son rôle fut inexistant. 

Une image ambivalente

C’est à l’étranger que Gorbatchev a trouvé une oreille attentive, non pas en Russie. Une célèbre publicité de Pizza Hut, datée des années 1990, montre toute l’ambiguïté de cette appréciation. Un père de famille dit tout le mal qu’il pense de Gorbatchev, quand son fils le voit au contraire comme un libérateur, avant de conclure que c’est grâce à Gorbatchev qu’ils peuvent manger une Pizza Hut. C’est certes vrai, mais c’est un bien maigre bilan politique. En 2007, c’est cette fois-ci Louis Vuitton qui le fit jouer dans une publicité, assis au fond d’une berline, passant devant le mur de Berlin, un sac Vuitton posé à ses côtés. Une image bien ambivalente, entre commercialisations à outrance et récupération capitaliste. Reconverti dans la lutte pour l’environnement, Gorbatchev n’a cessé d’être tiraillé par cette ambiguïté, à la fois fasciné par l’Occident, son argent et son mode de vie, tout en étant un défenseur passionné de l’Union soviétique. Le fait que sa mort soit davantage commentée en Europe qu’en Russie est la dernière illustration de cette méprise.  

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