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Saint André et la croix de Bourgogne

Saint Andre.

Fred de Noyelle | Godong

Saint André et la croix de Bourgogne

Anne Bernet - publié le 29/08/22

Après Maurice, Nicaise et Eutrope, Aleteia poursuit son tour de France estival des saints patrons de nos régions. Ce sera le fait du prince : saint André sera le patron de la Bourgogne et sa son emblème, ainsi en a décidé Jean Sans Peur. Mais pourquoi saint André ?

Tout est étonnamment politique dans l’histoire, tardive, du patronage de saint André sur le duché de Bourgogne. Voulu comme une revendication d’autonomie face à la monarchie française et ses saints protecteurs, mais aussi vis-à-vis de l’Angleterre dont l’alliance, en pleine guerre de Cent ans, se révèle, pour les princes bourguignons, aussi nécessaire qu’embarrassante, le choix de l’apôtre comme protecteur de leurs vastes États devient, après l’assassinat de Jean sans peur, l’un des symboles d’une lutte fratricide entre Français. Frère de Simon Pierre, avec lequel il gère l’entreprise de pêche familiale et partage une maison à Capharnaüm, André a tôt suivi l’enseignement du Baptiste. Il est présent au bord du Jourdain le matin du baptême de Jésus et c’est à lui et à son ami Jean que le Précurseur désigne « l’Agneau de Dieu », les invitant à le quitter pour le suivre, ce qu’ils font. Ainsi devient-il le premier appelé parmi les apôtres. C’est par son intermédiaire que Jésus rencontre Simon ; les deux frères quittent alors leur barque et leurs filets pour le suivre.

Glorieux en Orient

D’André, l’Évangile ne parle plus guère ensuite, sinon pour signaler qu’il conduit jusqu’au Seigneur, le jour de la multiplication des pains et des poissons, le jeune garçon précautionneux, ou qu’il introduit auprès de lui un groupe de Gentils désireux de lui parler. Quant à savoir ce qu’il précisément advenu de lui après la Passion et la Résurrection, c’est une autre affaire. Eusèbe de Césarée, dans sa monumentale Histoire ecclésiastique, en général très bien documentée, affirme qu’André est parti pour le pays des Scythes, une appellation qui recouvre alors la Crimée et la Russie au sens le plus large du terme, ce qui vaudra à l’apôtre de devenir le patron très aimé des Russes. Saint Grégoire de Naziance et saint Jérôme soutiennent, quant à eux, qu’André s’est rendu en Grèce et que c’est à Patras, en Achaïe, qu’il est mort martyr. Au demeurant, l’un n’empêche pas l’autre et l’apôtre peut parfaitement avoir porté l’évangile en Scythie avant d’aller chez les Grecs. 

André est mort crucifié, non sur la croix « classique », celle du Christ mais sur un instrument de supplice en forme de X, qui y gagnera le nom de croix de saint André.

Des textes plus ou moins apocryphes disent qu’André est mort crucifié, non sur la croix « classique », celle du Christ — peut-être, comme son frère Pierre, son humilité a-t-elle répugné à une trop parfaite imitation du Sauveur… — mais sur un instrument de supplice en forme de X, qui y gagnera le nom de croix de saint André, d’où il prêcha pendant les deux ou trois jours de son agonie, aux curieux venus assister au spectacle. Le détail n’a rien, hélas, d’invraisemblable. Alors que la dévotion à saint Jean, apportée en Gaule par Pothin et Irénée, héritiers de son disciple Polycarpe, s’y enracine vite, tout comme celle à Pierre, prince des apôtres et chef de l’Église, revendication de l’attachement des Églises gauloises à la catholicité face à l’arianisme, le culte de saint André ne perce pas réellement en Europe au premier millénaire chrétien. En revanche, sa gloire en Orient, dans l’empire byzantin hellénophone, est immense. Elle va beaucoup frapper les Croisés qui adoptent saint André et le ramènent de Terre sainte en Italie, en France, puis en Écosse dont il devient le patron.

La tentation de l’émancipation

Et la Bourgogne, dans tout cela ? La Bourgogne, en ce XIVe siècle, commence à se chercher un destin propre, européen, et indépendant du royaume de France. Prince de la Maison de Valois, oncle du roi Charles VI, malheureusement atteint d’une schizophrénie qui fera de sa vie un enfer et de son règne douloureux un calvaire, tant pour lui, car il est conscient trop souvent de son état, que pour ses sujets, Jean, dit Sans Peur pour sa bravoure au combat, a reçu, selon l’usage, la Bourgogne en apanage. Cela signifie qu’il tient ces terres du roi de France, son parent et suzerain, et doit les maintenir dans la fidélité aux Lys. 

Le problème est que des alliances habiles ont considérablement accru, peu à peu, cet apanage strictement bourguignon, faisant des ducs de Bourgogne les possesseurs de terres en Flandres, région de villes marchandes puissantes et riches. Peu à peu, se sentant plus forts et plus fortunés que le roi de France, la tentation les prend de s’émanciper et de faire de leurs vastes États une nation souveraine à part entière. Cette tentation, Jean Sans Peur la combat tant qu’il tient à la cour de France une place prépondérante dans le conseil de régence qui tente de pallier aux crises de démences du souverain. Hélas, au lieu de s’entendre, les princes qui siègent au conseil, emportés par leurs ambitions personnelles, se déchirent. Jean de Bourgogne est à couteaux tirés avec son autre neveu, Louis d’Orléans, frère cadet de Charles VI, qui conteste sa politique ; il finit par le faire assassiner. Dès lors, une véritable vendetta commence entre la Maison de Bourgogne et celle d’Orléans, qui tourne à la guerre civile et déchirera la France, déjà envahie par les Anglais, des décennies durant.

Le choix de saint André

C’est dans ce contexte que Jean Sans Peur, tout à ses rêves d’autonomie, décide de doter ses États d’un saint patron à eux. Ce sera André, l’apôtre dont le prestige rejaillira sur la Bourgogne et ses ducs. Désormais, le cri de guerre des Bourguignons ne sera plus celui des Capétiens : « Montjoie Saint Denis ! » mais « Montjoie Saint André ! » Autre avantage visible, manifeste, la croix de saint André, blanche sur les étendards de Bourgogne, se distingue aussitôt de la croix classique des Français et des Anglais. Cette « croix blanche de Bourgogne » deviendra trop souvent, sur les champs de bataille, symbole de la trahison de princes français passés à l’ennemi et à la collaboration par ambition. Après l’assassinat de son père à Montereau en 1419, assassinat imputé au dauphin, futur Charles VII, Philippe le Bon, poursuivant la politique de Jean Sans Peur, continue, comme le fera ensuite son fils Charles le Téméraire, à lutter pour imposer sur la scène nationale et internationale une Bourgogne indépendante, puissante et forte, militairement redoutable. De cette politique de prestige découle la création de l’ordre chevaleresque de la Toison d’or, dont saint André est naturellement le patron.

La mort du Téméraire devant Nancy en 1477 réduira la Bourgogne à son statut premier de province française mais la croix de saint André, emblème du duché, continuera sa propre carrière. Marie de Bourgogne, la fille unique du « grand duc d’Occident » emporte avec elle cet emblème quand elle épouse Maximilien de Habsbourg. Ainsi la croix de Saint André passe-t-elle en Espagne avec la Maison d’Autriche. Les partisans de Don Carlos, qui défendent, au début du XIXe siècle, les droits de ce prince à la couronne contre ceux de la reine Isabelle II, sa nièce, imposée par les libéraux, en feront leur drapeau, qui flottera encore sur les champs de bataille durant la Guerre d’Espagne. Bien loin de la Bourgogne et de ses princes, qui n’avaient pas vu si loin…

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