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Pourquoi les écoles hors contrat ont-elles autant le vent en poupe ?

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Mathilde de Robien - publié le 27/08/22

Avec une centaine de créations d’écoles indépendantes par an depuis cinq ans, affirmer que les écoles hors contrat ont le vent en poupe est un euphémisme. Il s’agit d’une véritable explosion dans le paysage éducatif français, et les écoles catholiques ne sont pas en reste.

« Ayant eu plusieurs choix de mutations professionnelles, un de mes critères a été la proximité d’une école hors contrat de qualité ». Anne-Charlotte, 37 ans, mariée et mère de cinq enfants, cadre chez EDF, a passé de nombreux entretiens pour évoluer en interne. Un de ses premiers réflexes avant d’accepter un poste ? S’assurer de la proximité d’une école hors contrat catholique. Pourtant, elle n’est ni « tradi », ni grenouille de bénitier. « Nous n’étions pas partis pour, mais une fois qu’on y a goûté, c’est dur de s’en détacher ! », constate-t-elle, soulignant un niveau d’exigence dans le hors contrat qu’elle ne retrouve ni dans le privé, ni dans le public. Ses aînés ont suivi toute leur scolarité à l’école Saint-Bénilde, à Clermont-Ferrand, et s’apprêtent à faire leur rentrée dans une école hors contrat à Annecy. « Il y avait des listes d’attente dans les deux écoles, nous avons libéré quatre places à Clermont qui ont été prises d’assaut, et avons finalement eu beaucoup de chance d’être pris à Annecy », reconnaît-elle. Selon les Repères et Références Statistiques 2022 (SERS) de l’Education Nationale, la France compte 1.800 établissements hors contrat, accueillant quelque 92.000 élèves. Les 1.800 établissements sont répartis de la manière suivante : 1.070 écoles primaires (ce qui représente 2,2% de l’ensemble des établissements publics et privés du premier degré) et 730 établissements secondaires (soit 6,4% de l’ensemble des établissements publics et privés du secondaire).

Le nombre d’établissements hors contrat a triplé en dix ans

Une demande accrue, qui va de pair avec l’explosion du nombre d’écoles hors contrat, frappante depuis cinq ans. Les créations d’écoles hors contrat, toutes tendances pédagogiques confondues (des écoles Montessori, éco-citoyennes, bilingues aux écoles confessionnelles) ont connu une réelle croissance depuis 2005, qui s’est fortement accélérée ces cinq dernières années. Selon les recensements annuels effectués par l’association Créer son école, environ 120 créations d’écoles ont été dénombrées chaque année entre 2017 et 2021. Certes, il arrive que des écoles ferment. L’association estime les fermetures à 10-15 par an. Néanmoins, au regard des statistiques de l’Education Nationale (SERS), le nombre d’établissements hors contrat a triplé en dix ans. En 2012, la France comptait 350 écoles hors contrat, elle en compte 1070 actuellement. Selon la même tendance, 106 collèges hors contrat existaient en 2012, ils sont au nombre de 326 aujourd’hui. Les lycées professionnels et les lycées généraux et technologiques sont restés stables.

Si les premières écoles hors contrat se concentraient majoritairement en région parisienne, lyonnaise et dans l’Ouest de la France, ces dernières années ont contribué à un certain rééquilibrage. Désormais, des établissements sont créés partout en France, et implantés aussi bien dans des grandes villes que dans des petites villes. Selon la Fondation pour l’école, plus de la moitié des écoles indépendantes ouvertes à la rentrée 2021 se situent en territoire rural.

Autre fait marquant de ces dernières années, l’accélération des créations des collèges et lycées hors contrat. Aussi bien en 2021 qu’en 2022, la moitié des établissements créés sont des établissements du secondaire, alors qu’ils n’étaient que 30% en 2020. Une manière d’honorer la demande des familles qui, satisfaites d’une scolarisation en primaire hors contrat, souhaitent poursuivre en secondaire une scolarisation dans le même cadre. Anne-Charlotte, bien décidée à ce que ses enfants poursuivent leur scolarité dans le hors contrat jusqu’à la classe de 4ème, évoque la différence de niveau et par conséquent l’ennui et la déception après de si riches années de primaire.

Les écoles hors contrat ont des profils extrêmement variés, aussi bien sur le plan pédagogique que confessionnel. La grande majorité des écoles hors contrat (70%) sont aconfessionnelles, selon les chiffres de Créer son école, et 17% sont déclarées catholiques. Nous nous attacherons à ces écoles-là.

Des parents hyper convaincus et motivés

Ce sont bien souvent des parents qui sont moteurs dans la création et le fonctionnement des écoles hors contrat. A Reims, l’école du Saint Enfant Jésus s’apprête à ouvrir ses portes à une trentaine d’élèves, en septembre 2022, après de longs mois de gestation. « La volonté d’ouvrir l’école vient d’un petit groupe de parents, soucieux d’offrir à leurs enfants une instruction qui prenne en compte l’enfant dans sa globalité, pour le faire grandir en intelligence mais aussi en sainteté », explique à Aleteia Virginie de Carné, partie prenante du projet. A Dijon, c’est également une mère de famille, Carole Roumier, qui, il y a 18 ans, faisait la classe à ses propres enfants ainsi qu’à quelques enfants d’amis, et a finalement décidé de fonder une école pour accueillir 15, puis 20, et aujourd’hui 60 élèves à l’Etoile. Le collège catholique Saints François et Jacinthe de Fatima, à Lyon, lié à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, est également né, en 2003, de la volonté de plusieurs parents, déterminés à offrir à leurs enfants une instruction leur permettant de s’épanouir intellectuellement et spirituellement.

Des parents moteurs dans la création mais aussi dans le fonctionnement de l’école. Bon nombre d’écoles hors contrat ne fonctionneraient pas sans l’aide de parents bénévoles. Ne percevant aucune subvention de l’Etat, les parents se portent volontaires pour rendre quelques services, ponctuels ou non. Cela peut concerner le ménage, des heures de surveillance le temps du déjeuner, la comptabilité, l’achat de fournitures, etc… Des parents qui donnent de leur temps, et qui sont prêts à débourser des frais de scolarité généralement plus élevés que dans le privé. A titre indicatif et dans le cas où le modèle économique de l’établissement repose en partie sur le bénévolat, les coûts de scolarité vont de 1.500 à 3.000 euros par an (jusqu’à 4.000 euros pour le lycée). Ils couvrent notamment les loyers des locaux et les salaires des professeurs, les deux postes de dépenses les plus importants. Pour Virginie de Carné, c’est un « sacré » budget, mais qui représente un « investissement sur l’avenir ». Elle est en effet convaincue du rôle important de l’école pour faire des enfants des « adultes responsables, tournés vers le bien commun et au service de la société ». Pour ouvrir l’école rémoise et alléger les coûts d’inscription, les parents à l’initiative du projet ont eu recours à une collecte de fonds via CredoFunding, plateforme de financement participatif chrétien. Ils ont ainsi rassemblé près de 10.000 euros. Outre les dons, les écoles ont aussi pour habitude de mener diverses opérations pour garantir des revenus complémentaires, comme les ventes de Noël ou les kermesses.

En France, deux organismes apportent leur soutien juridique, opérationnel et financier aux écoles indépendantes : la Fondation pour l’école et Créer son école. En plus d’organiser des formations dédiées aux créateurs, directeurs et dirigeants d’école indépendante, ils subventionnent des établissements en phase de lancement ou de développement selon certains critères. En 2020, Créer son école a débloqué, en partenariat avec la Fondation Kairos, 40.000 euros d’aide au titre du Fonds d’urgence. En 2021, la Fondation pour l’école a quant à elle soutenu financièrement directement 85 écoles, collèges et lycées, et 107 établissements de plus via dix fondations abritées.

Une manière d’enseigner qui a fait ses preuves

Mais pourquoi un tel engouement de la part des parents pour le hors contrat ? Le phénomène a fait l’objet d’un rapport du Sénat publié en février 2018, dans le cadre de la proposition de loi visant à encadrer le régime d’ouverture des établissements privés hors contrat. Il pointait ainsi plusieurs éléments : une défiance croissante envers l’Education nationale et, bien souvent, envers le privé sous contrat perçu comme trop similaire, un engouement pour des pédagogies « nouvelles » (Montessori, Steiner, écoles dites « démocratiques »), le choix d’une éducation religieuse, la préférence pour une éducation donnant davantage de place aux langues étrangères ou régionales, ainsi que la recherche d’une réponse à des « besoins éducatifs particuliers » mal pris en compte dans le reste du système éducatif (dyslexiques, « surdoués », etc).

Les écoles hors contrat se caractérisent par leur liberté pédagogique. Une liberté qui allie généralement des méthodes d’apprentissage « traditionnelles » (lecture syllabique, importance du par cœur et du calcul mental, découverte de l’histoire de manière chronologique) à un accompagnement personnalisé et bienveillant de chaque élève. C’est cette liberté que recherchent bon nombre de parents. Pour Anne-Charlotte, elle se résume à « de bonnes vieilles méthodes qui ont fait leur preuve, à l’Histoire de France abordée de manière chronologique et à une instruction religieuse solide. « Mes enfants sont bien plus calés que moi en histoire de l’Eglise, vies de saints et temps liturgiques ! », sourit-elle. La mère de famille souligne également le niveau d’exigence demandé aux élèves, notamment dans les devoirs à la maison, ainsi que le système de notation avec de « vraies notes ».

Chaque élève est accueilli tel qu’il est, et l’encadrement est là pour le faire grandir et développer ses talents, quels qu’ils soient.

Carole Roumier, directrice de l’école l’Etoile à Dijon, rencontre quant à elle des parents exaspérés par le niveau d’instruction du sous contrat. « Les parents saturent des textes mettant en scène des dragons et des sorcières. Au lieu d’aider les enfants à grandir, on les infantilise. Ils souhaitent pour leurs enfants l’étude de beaux textes qui élèvent l’esprit ». Au-delà des beaux textes, Carole Roumier s’attache à apprendre aux élèves à lire et à écrire à l’aide des méthodes traditionnelles, à apprendre par cœur, « pour faire travailler la mémoire », à pratiquer le calcul mental et la résolution de problèmes « en grande quantité, pour comprendre ». Elle reçoit aussi de nombreux parents fatigués de cette volonté, dans les écoles sous contrat, d’uniformiser l’instruction. Dans le cursus classique, peu de temps est donné à celui qui a des difficultés ou au contraire à celui qui peut beaucoup plus. Or une grande force du hors contrat réside dans les effectifs limités – 10 à 15 élèves en moyenne par classe -, ce qui permet un accompagnement individualisé. Chaque élève est accueilli tel qu’il est, et l’encadrement est là pour le faire grandir et développer ses talents, quels qu’ils soient. « Il nous arrive parfois de regrouper les « forts en maths » par exemple, pour aller plus loin, car il serait dommage qu’ils n’exercent pas toutes leurs capacités », explique Carole Roumier. Des petites classes, bien souvent en double voire triple niveau, qui permettent aussi de limiter les cas de harcèlement, autre motif évoqué par les parents.

Qu’en disent les inspecteurs de l’Education nationale ?

Les établissements hors contrat sont inspectés dès la première année de leur fonctionnement. Mais sur la base de quoi puisque leur liberté pédagogique est entière ? Les inspections consistent à les contrôler sur le plan administratif (diplômes des enseignants, respect de la prévention sanitaire et sociale, respect de la protection de l’enfance) et pédagogique (acquisition du socle commun de compétences).

Le recteur d’académie peut prescrire chaque année un contrôle des classes hors contrat. « Il n’existe toutefois aucune obligation ou restriction quant à la fréquence des contrôles », soulève le rapport du Sénat. La circulaire du 17 juillet 2015 rappelle toutefois que « l’absence de contrôle peut engager la responsabilité de l’État » et prescrit donc « que les établissements d’enseignement scolaire privés soient inspectés au moins la première année de leur fonctionnement et, si aucun manquement n’a été constaté, qu’une nouvelle inspection soit conduite la cinquième année ».

A Dijon, Carole Roumier nous confie être inspectée environ tous les quatre ans. « Mis à part un inspecteur qui pendant quatre ans avait visiblement l’objectif de fermer l’école et nous a mis des bâtons dans les roues, les inspections se passent très bien. Les inspecteurs ne comprennent pas nos méthodes mais ils les respectent. Ils voient des enfants heureux, qui vont bien et qui savent beaucoup de choses ». Que reprochent-ils donc aux méthodes appliquées ? Bien souvent le côté « descendant » de l’enseignement, précise la directrice, dans le sens où « c’est la maîtresse qui sait, les élèves, eux, sont là pour apprendre ». L’Education nationale déplore également l’absence d’approche « transversale », cette façon de mélanger les matières pour aborder un sujet sous différents angles. Et Carole Roumier de confirmer : « Quand on fait du français, c’est du français, et quand on fait des maths, ce sont des maths. La transversalité vient naturellement, puisque pour comprendre un problème de mathématiques, il faut maîtriser la langue française. »

Autre point de divergence : le rapport au numérique. Dans la grande majorité des écoles hors contrat, il n’y a pas de place pour les écrans, ni à l’école, ni dans le travail scolaire. Anne-Charlotte confirme : « Jamais on ne demandera à un élève de faire une recherche sur Internet, tout du moins en primaire. En revanche, il doit avoir un dictionnaire ! »

Des liens plus ou moins étroits avec l’Eglise

Parmi les 17% d’écoles catholiques présentes dans le hors contrat, les profils ne sont pas les mêmes. Certaines dépendent d’une paroisse, d’autres d’une communauté religieuse, traditionnelle ou non, d’autres enfin demeurent indépendantes. La toute jeune école du Saint Enfant Jésus qui ouvre en septembre à Reims est rattachée à l’Institut du Christ Roi. Un aumônier fera le catéchisme et y célèbrera la messe une fois par semaine. « Si les familles inscrites sont essentiellement attachées au rite tridentin, l’école demeure ouverte à tous », précise Virginie de Carné.

Quelques rares établissements hors contrat bénéficient du « label » école « privée catholique » et sont soutenus par l’enseignement diocésain. C’est le cas du collège saints François et Jacinthe de Fatima, à Lyon, à qui le cardinal Barbarin a accordé le privilège, en 2013, de porter officiellement le titre de « catholique ». C’est le premier collège hors contrat, en France, à être reconnu par un diocèse.

La majorité des établissements ne le sont pas, ce qui ne les empêche pas d’avoir un projet pédagogique très ancré dans la tradition catholique. C’est le cas de l’Etoile, à Dijon. Un prêtre de la communauté Saint-Martin vient à l’école toutes les trois semaines, lire des vies de saints ou apporter un éclairage sur un texte de l’Evangile aux élèves. Cependant, le catéchisme n’est pas fait à l’école. « La plupart des familles sont pratiquantes, mais nous ne proposons pas l’instruction religieuse à l’école afin que les enfants puissent être inscrits au catéchisme dans leur paroisse, pour ne pas les dépeupler », explique la directrice Carole Roumier. Ceci étant, la vie spirituelle des enfants n’est pas mise de côté. Ils sont notamment portés par des thèmes qui les accompagnent tout au long de l’année. L’année dernière, ils se sont efforcés d’être des « enfants de lumière », en référence à plusieurs phrases de la Bible (Lc 16,8 et 1Th5,5) : « Soyez des enfants de lumière ». Pour concrétiser cela, un élève par niveau était désigné pour la semaine et portait un foulard jaune, signe qu’il devait être particulièrement attentif à la bonne ambiance au sein de la classe et dans la cour : « Etre bienveillant avec celui qui est laissé de côté, organiser un jeu pour tout le monde… », explique une institutrice de l’école. « Bien sûr, tous les autres savent qu’eux aussi doivent être des enfants de lumière, mais l’enfant au foulard jaune agit comme un rappel ». Une belle et exigeante mission, qui rapproche finalement tous les élèves du Christ !

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