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Dépression : comment aider son conjoint à retrouver la joie de vivre ?

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fizkes/Shutterstock

Marzena Devoud - publié le 27/08/22

Accompagner un conjoint en dépression peut se relever très délicat et complexe notamment au moment du passage à la retraite. Voici quelques pistes pour comprendre sa souffrance et l’aider à y faire face.

Tout bascule lorsque Pierre, le mari de Nadine, part à la retraite anticipée, à la suite d’une restructuration au sein de son entreprise. Après quelques mois d’enthousiasme, celui de découvrir qu’il a enfin le temps de faire ce qu’il aime, Pierre commence à manifester des signes de plus en plus inquiétants : perte du sommeil, perte d’appétit, manque de motivation pour la moindre activité, envie d’isolement. Il est peu à peu gagné par des pensées négatives qui se transforment en idées noires, voire suicidaires… Et lorsque la question de l’hospitalisation est mentionnée pour la première fois par un médecin, Nadine prend alors conscience que Pierre souffre d’une maladie précise : la dépression. « Jusque-là, je sentais qu’il n’allait pas, mais je mettais cela sur le compte de la fatigue due plutôt à l’âge, d’une certaine paresse et d’une petite crise dans notre couple », confie-t-elle à Aleteia. « Je voyais bien qu’il sortait de moins en moins de chez lui en réduisant ses activités à l’extérieur et en s’isolant toujours plus. Mais je ne voyais pas la dimension maladive de son changement de comportement. »

La dépression, qui touche plus de trois millions de personnes en France, est complexe à diagnostiquer. « En général, elle se bâtit petit à petit, explique Camille Rochet, psychologue et thérapeute familiale, auteur de Les 5 croyances qui empêchent d’être heureux en couple(Larousse, janvier 2022). Même la personne malade met du temps à s’en rendre compte, puis à l’accepter ». Alors, quand faut-il s’en inquiéter ? « C’est au moment où le changement de comportement s’inscrit dans la durée, c’est-à-dire au moins six mois. Quand, par exemple, la personne en question n’aime plus aller voir des expositions, faire du jogging ou d’autres activités auxquelles elle tenait pourtant jusqu’alors. C’est un signe d’un probable enlisement dans la véritable maladie », analyse-t-elle. D’autant plus, que la prise de conscience peut être retardée inconsciemment. Souvent, ce type de maladie peut provoquer de la honte chez le conjoint. Nadine le reconnaît aujourd’hui : « J’étais incapable de l’admettre. Dans mon éducation, les maladies psychiques n’existaient pas, c’était un sujet tabou, tout le monde devait être fort et éclatant de bonne santé. Difficile alors de l’assumer chez son propre conjoint », reconnaît-elle.

D’autre part, le passage à la retraite peut provoquer une crise de couple. « Qui dit crise ne dit pas forcément crise du couple, mais c’est souvent le moment de l’interrogation des conjoints sur le rôle de chacun, dans cette nouvelle situation où ils se retrouvent l’un en face de l’autre 24h sur 24h. C’est compliqué de se réinventer à ce moment-là », remarque Camille Rochet. Dans ce passage doublement fragile, comment alors comprendre que l’autre est en dépression ? Comment accompagner son conjoint ? Que lui dire ? Enfin, comment l’aider à retrouver la joie de vivre ?

1Ne pas dire ce que l’autre devrait faire

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La place du conjoint aidant n’est pas évidente dans la mesure où la dépression est une question très personnelle et intérieure. « Être dans son rôle, c’est d’abord accepter que l’on n’est pas à la place de l’autre », souligne Camille Rochet. Lui dire « Allez, il faut que tu te bouges maintenant » le renvoie à un constat d’échec alors qu’il est incapable de le faire. « On a l’impression de connaître son conjoint et de savoir ce qui va lui faire du bien, mais on peut vraiment se tromper. En plus, c’est infantilisant pour la personne malade et même exaspérant pour elle. Il vaut mieux ne pas donner de conseils, sauf s’ils sont sollicités. C’est au conjoint en dépression de se prendre en main, de se responsabiliser et de se réinventer pour savoir ce qu’il veut faire dans cette partie de sa vie », appuie encore la psychologue.

2Être présent avec affection

La chose essentielle est d’être disponible et attentif auprès de son conjoint malade, en lui disant tout son soutien affectif dans sa souffrance et en lui demandant comment l’aider. Comme explique Camille Rochet, l’aidant n’est pas soignant. Son rôle est d’être présent et d’interroger cette présence, c’est-à-dire de lui poser des questions comme par exemple : « As-tu besoin que je sois plus avec toi ? » ; « Es-tu content, au contraire, que je sois moins présente parce que c’est difficile pour toi qu’on se retrouve tout le temps ensemble ? » ; « Est-ce que cela te ferait plaisir si j’invite des amis ? » Proposer des choses sans jamais les imposer, voilà la meilleure manière d’aider le dépressif. Une attitude qui demande à la fois du respect, de la patience et beaucoup d’humilité.

3Accompagner sans juger

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Il est parfois difficile de subir les dégâts causés par le comportement du conjoint en dépression. On peut même être tenté de l’accuser de détruire la vie de famille. « J’avais du mal à accepter le fait que mon mari ne se rende pas compte à quel point sa souffrance faisait souffrir son entourage, moi la première. Oui, parfois, je lui en voulais. Dans ma colère, je lui reprochais son égoïsme », confie toujours Nadine. Pour une personne souffrant de dépression, la perception de la réalité extérieure est biaisée . Et elle est tellement enfermée dans sa souffrance qu’elle ne peut pas saisir celle des autres. « Il est très important d’essayer de ne pas la juger, mais de l’accompagner dans sa souffrance. Lui dire : Je comprends ta souffrance, je reste là, je suis à tes côtés, si tu en as besoin », conseille Camille Rochet.

4Reconnaître sa faiblesse et se préserver

Nombreux sont ceux qui ont du mal à savoir jusqu’où soutenir son conjoint en dépression. Pourtant, s’épuiser à l’aider n’est pas lui rendre service… « Se préserver pour ne pas sombrer est la priorité. Au bout d’un moment, il faut savoir reconnaître son impuissance », affirme Camille Rochet. Le proche qui aide doit pouvoir lâcher prise, continuer à vivre et trouver où se ressourcer. C’est le seul moyen pour tenir à long terme et aider de façon efficace son conjoint. « Plutôt que de s’interdire de prendre quelques jours de vacances pour soi, il vaut mieux demander aux amis ou aux proches d’être disponibles à sa place. Ne pas se ressourcer, c’est finalement se donner les moyens de sombrer avec l’autre dans la maladie » ; constate-t-elle.

5Puiser dans la prière

La prière est inépuisable pour demander que le Seigneur accorde la guérison au conjoint malade et pour qu’il donne la force de bien jouer le rôle de celui qui aide. « Grâce à la prière dite en famille ou toute seule, je ne me suis jamais sentie abandonnée par Dieu. Je savais qu’il me tenait par le bras pour me dire qu’il est bien présent, à tout instant, même quand j’avais envie de tout laisser tomber ». C’est ce que confie encore Nadine, qui reconnaît que la prière et l’accompagnement spirituel lui ont permis de mesurer tous les petits pas déjà accomplis sur le chemin vers la guérison et la joie de vivre que son mari a fini par retrouver.

Dix choses à faire pour aider un proche en dépression :

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